A la découverte des trésors du Néguev

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December 25, 2016 16:50

Une ancienne gare restaurée, des alpagas qui viennent vous manger dans la main et quelques chefs du cru très inspirés




Le cratère de Ramon a patienté 200 millions d’années pour voir une activité touristique

Le cratère de Ramon a patienté 200 millions d’années pour voir une activité touristique. (photo credit: SETH J. FRANTZMAN)

Alona Rahmilov est arrivée à Mitzpe Ramon il y a 22 ans. Née à Derbent, une ville du Daghestan sur la mer Caspienne, elle a récemment décidé de mettre à profit son savoir-faire dans le tissage traditionnel de tapis, en ouvrant un atelier ainsi qu’un musée, l’Ethno Center. « Je ne sais pas ce qui m’a poussée à emporter des outils de tisserand lors de notre aliya. Le fait est qu’ils sont restés longtemps dans les cartons avant de trouver leur raison d’être. » Elle explique ne pas vouloir voir disparaître cet artisanat, comme c’est le cas dans l’ensemble du Caucase.

Le musée d’Alona, qui présente notamment des personnages grandeur nature en costume caucasien traditionnel, a reçu la visite de Circassiens du nord d’Israël, autre peuple du Caucase, musulman celui-ci. Les efforts d’Alona pour redonner un nouveau souffle au tissage traditionnel s’inscrivent au cœur de la saga du renouveau du sud israélien. L’un de ses tapis, accroché au mur, est une ode à la région du cratère Ramon : son dessin rappelle la végétation locale et les couleurs du soleil.

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C’est un tout autre spectacle que le soleil levant a offert à la vue d’Ismet Bey et de ses 5 000 soldats turcs campant à Beersheva, 99 ans plus tôt, le 31 octobre 1917. Réveillés à 5 h 55 par l’explosion d’obus d’artillerie, ils ont eu la surprise de découvrir près de 50 000 militaires australiens, néo-zélandais et britanniques déployés autour de la ville du désert. Beersheva porte encore aujourd’hui les traces du combat remporté par la force expéditionnaire britannique, au cimetière militaire du Commonwealth, près de la vieille ville. Soit des rangées de soldats enterrés à l’ombre des gratte-ciel modernes.

Du puits d’Abraham...


En bas de la rue du cimetière se trouve l’ancienne gare de chemin de fer, construite par les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale. Inbal Arazi, guide touristique locale, montre de vieilles photos de la station au temps de la Grande Guerre. On y voit notamment les soldats turcs en route vers le sud à l’assaut de la péninsule du Sinaï, afin de porter un coup à l’empire britannique. La municipalité y a entreposé deux vieux wagons et une locomotive historique qui forment « l’enceinte de gare de triage de Beersheva – moteur 70414 ». La locomotive noire de jais rappelle l’engin original qui parcourait autrefois cette voie.

En hommage au rôle joué par les Turcs, on y trouve un petit monument muni d’un drapeau turc, sur lequel trône un buste du père de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk. Ce sont eux, en effet, qui ont fondé la Beersheva d’aujourd’hui en 1900, avec l’objectif de créer un centre économique régional et d’étendre leur pouvoir administratif sur les Bédouins, seuls résidents du Néguev à l’époque : une ville moderne, quadrillée autour d’un joli centre administratif. Les ingénieurs allemands, tel Heinrich August Meissner, constructeur du chemin de fer de Hedjaz, ont ensuite apporté leur contribution pour aider les Ottomans avec leur propre voie ferrée. Les premiers pionniers juifs qui se sont installés dans la ville, ont quant à eux créé le premier moulin à farine.
Dans une petite galerie au sein de l’ancienne gare, qui arbore encore son enseigne originale en arabe, d’anciennes photos de Beersheva montrent des habitants arborant fièrement leurs fez turcs, qui accueillent les chefs de tribus bédouines locales.

Entièrement remodelé en 2013, le centre d’accueil du Puits d’Abraham, situé à proximité d’une zone industrielle en déshérence, propose de se familiariser avec les tribulations du patriarche. Parti de sa ville d’Ur en Chaldée (l’Irak d’aujourd’hui), ce dernier, comme le relate la Torah, est passé par la Syrie et l’Egypte avant de creuser un puits dans le désert. Là, il rencontre un chef de guerre païen, Abimelek, à qui il offre sept agneaux en échange de l’appropriation officielle du puits. D’où le nom « Beersheva », le puits des sept (variation autour de la version originale qui parle du puits de la promesse – chevoua en hébreu). Une guide en robe blanche, peut-être semblable à celle que portait Sarah, offre une visite du centre toutes les heures, en anglais ou en hébreu. Faisant référence à l’histoire d’Abraham, elle souligne qu’aujourd’hui on continue à se battre pour les mêmes raisons qu’à l’époque : l’eau et la terre.

Dans le centre, le visiteur traverse un couloir sombre arborant des citations bibliques, pour déboucher sur une salle de projection où l’histoire du patriarche est racontée en 3D. « Le passage par un tunnel illustre le voyage du patriarche – qui part sans savoir où il va, ni ce que sera demain… », explique la guide. A la fin du court-métrage, le rideau se lève pour dévoiler le puits d’Abraham, une immense citerne reconstruite par les Turcs. Des photos du puits géant, vieilles de 100 ans, montrent comment les animaux de l’époque s’y abreuvaient.

... aux pionniers du désert

A l’intérieur d’un des anciens wagons de chemin de fer, qui fait partie du musée de la gare, une exposition montre un homme et une femme assis dans un train à destination de Beersheva dans les années 1950. L’homme se plaint, il a peur du désert. Sa femme l’admoneste : « Nous sommes de futurs pionniers et nous allons élever des enfants sabras. »
Les premiers pionniers du Néguev ont été envoyés par le gouvernement afin de faire fleurir le désert selon le souhait de David Ben Gourion. Tels ces immigrants marocains envoyés à Mitzpe Ramon, une localité située à une heure de Beersheva, débarqués au bord de la belle falaise qui surplombe l’épique cratère.
Ces cinq dernières années, la paisible petite ville de 5 000 habitants a commencé à s’épanouir. Même le Guide du Routard estime que les visiteurs ont désormais une bonne raison de faire halte ici, depuis l’ouverture en 2011 du merveilleux hôtel Bereshit.

Selon le photographe local Irus Hayoun, qui organise des safaris photos dans le désert et vend des produits cosmétiques à base de plantes, Mitzpe Ramon est aujourd’hui à la croisée des chemins. Pour cette ville très soudée malgré la diversité de sa population où se côtoient les pionniers des jours anciens, différentes communautés religieuses dont les Hébreux noirs, ainsi qu’une foule de jeunes artistes arrivés récemment du centre d’Israël, ce développement est une épée à double tranchant. Le tourisme tranquille d’antan – randonneurs, amateurs de plein air et voyageurs s’arrêtant pour une journée de halte afin de voir le cratère ou camper en son milieu – est en pleine mutation. De nouveaux hôtels sont en phase de planification, avec à la clé la création de 4 000 emplois. « Certains craignent que l’endroit finisse par ressembler à Eilat », déplore Irus Hayoun.

Nous profitons ensuite d’une pause déjeuner au bistrot InnSense, qui propose également des suites (de 600 à 1 000 shekels la nuit). Dirigé par le chef Zohar Rosenfeld, il s’inscrit dans la nouvelle mouvance culinaire de Mitzpe Ramon. Avec son intérieur moderne et ses photos du cratère recouvert de neige, il se propose d’offrir aux visiteurs une expérience différente. Au menu : une excellente soupe de patates douces au gingembre et une Siniya Mitspaïte, aubergine à la viande et à la tehina en guise de plat principal. On peut également y déguster un ragoût de viande au vin rouge et aux légumes. Ce bistrot classieux avec son service digne de Tel-Aviv se distingue nettement de certaines gargotes du centre-ville à la cuisine plus que moyenne.

Des loisirs en plein essor

Mitzpe Ramon offre tout un éventail de lieux de séjour. Les randonneurs ont le choix entre deux campings situés dans le cratère ; les autres visiteurs pourront éventuellement loger à l’hôtel Ramon Suites, un bel exemple de réussite locale. Ses suites avec piscines chauffées obtiennent la deuxième place sur TripAdvisor dans la liste des points de chute recommandés. Le directeur de l’établissement loue également des villas qui peuvent accueillir jusqu’à 40 personnes. Le prix des suites varie de 600 à 750 shekels, mais il faudra compter jusqu’à 5 000 shekels la nuit dans une villa.
Les plus courageux braveront la nuit particulièrement glaciale en ce début d’hiver pour se rendre à la nuit tombée jusqu’au « belvédère du chameau », un petit monticule qui surplombe le cratère. A l’est et à l’ouest, 40 kilomètres carrés de terres s’étendent en creux près de 300 mètres en contrebas. C’est le plus grand parc national d’Israël, un lieu à la géologie fascinante, qui révèle bien sûr que le fameux cratère n’en a que le nom et qu’il résulte bien de l’érosion.

Pour dîner, nous optons pour Hakatze, un restaurant ouvert depuis 2002, dirigé par Barak Nevo. Dehors, un petit renard du désert se bat avec un chat. Nous profitons d’un bon repas maison : goulasch et cuisses de poulet au riz.
La plupart des visiteurs passent par Mitzpe Ramon pour se livrer à des activités de plein air qui connaissent également un nouvel essor. Assis dans son restaurant Tzokim situé au bord du cratère, Alkrnawi raconte que pendant des années la ville est restée en sommeil. Il a passé 16 ans à la direction du campement bédouin de Beerot, un terrain de camping au fond du cratère. Il propose aujourd’hui de multiples activités, comme des randonnées au mont Adon, des virées en 4X4 sur la route historique des épices et de l’encens, des promenades jusqu’à d’anciens khans (caravansérails) ou des tours de chameau. Durant notre conversation, un bouquetin de Nubie, avec ses longues cornes dignes d’un safari, chemine à proximité tandis que des joggeurs courent à l’orée du cratère. Les cuisiniers du restaurant préparent une chakchouka et du café glacé. Alkrnawi est constamment au téléphone, jonglant entre les touristes qui cherchent un endroit pour dormir et l’organisation des activités.

Léopards, scorpions et alpagas

Yoash Limon travaille ici depuis 10 ans. Il organise des excursions en jeep (4Xdesert.com) et fournit des services pour le trekking (Negevtrek.com). Il conseille aux familles de réserver une excursion de quatre heures en jeep, avec pause-café et en-cas sur le chemin. Bien que le tarif pour une jeep de six à huit personnes dépasse parfois les 1 400 shekels, c’est vraiment le moyen idéal pour découvrir le désert. Aux randonneurs qui partent plusieurs jours explorer la région, il propose également d’amener chaque soir le matériel nécessaire afin de leur permettre d’apprécier les longues journées de marche, délestés du fardeau pesant des tentes et de l’équipement.

A quelques pas de Tzokim et sa vue magnifique sur le cratère, se trouve un petit musée : Bio-Ramon, géré par l’Autorité de la protection de la nature. Pour 22 shekels, les visiteurs peuvent profiter d’expositions qui ne semblent pas avoir été mises à jour depuis une dizaine d’années : elles sont censées montrer la faune du désert, mais la plupart des grands animaux qui vivaient ici autrefois, comme les ours et les lions, ont disparu. On comptait encore jusqu’à dix léopards du Néguev dans les années 1980, mais depuis ils ont été exterminés par les gentils humains, ou se sont tout simplement éteints. Alors que reste-t-il de la faune locale ? De petites tortues, des hiboux, des hérissons, des porcs-épics, mais aussi des caméléons, tellement semblables aux rochers qu’il est difficile de les distinguer, ainsi que des serpents et des scorpions.

A sept minutes de route au nord-ouest de la ville, se trouve la ferme des alpagas, ancrée dans l’histoire de la région depuis une trentaine d’années. Outre les quatre chalets (de 700 à 800 shekels la nuit), la véritable attraction est de pouvoir batifoler avec les alpagas (30 shekels l’entrée). La ferme compte environ 100 alpagas et 20 lamas d’Amérique du Sud, dont les ancêtres sont arrivés en Israël par avion il y a plusieurs décennies. « A première vue, les alpagas ressemblent fortement à leurs cousins camélidés, les lamas », affirme la brochure de la ferme. Un lama, cependant, peut peser jusqu’à 90 kg de plus qu’un alpaga, et le dépasser de quelque 25 centimètres. Le profane aura toutefois du mal à les distinguer. Les visiteurs peuvent nourrir les animaux qui viennent leur grignoter dans la main en toute sécurité, et se promener parmi eux en toute liberté, dans les nombreux enclos disséminés entre les collines mordorées. Les visiteurs peuvent également s’offrir un « pique-nique en lama », au cours duquel ils emmènent une des bêtes de somme pour porter leur matériel, tandis qu’ils arpentent les bords du cratère à quelques kilomètres de là. Les propriétaires confient en toute quiétude leurs animaux laineux aux touristes. Les enfants de moins de 20 kg peuvent monter les alpagas ou les lamas. A la fin de chaque hiver, certains d’entre eux sont tondus et une petite usine traite les fils de laine qui sont assemblés en pelotes pour être vendus. Au sein de l’exploitation se trouvent également un atelier de tissage, un manège de chevaux et un petit café.
Les initiatives qui se multiplient afin de développer la région rappellent le combat des premiers pionniers pour établir un foyer dans le désert. Abraham, qui a lutté pour posséder un puits à Beersheva, peut être fier de ses descendants.

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