« Israël, un poste passionnant pour un ambassadeur »

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February 5, 2017 17:21

Hélène Le Gal, récemment nommée à la tête de la chancellerie française, aborde son mandat avec envie et modestie




Hélène Le Gal, nouvel ambassadeur de France en Israël

Hélène Le Gal, nouvel ambassadeur de France en Israël. (photo credit:MARINE CROUZET/AMBASSADE DE FRANCE EN ISRAEL)

Un pays qui compte, dans le monde et dans les relations que la France entretient. » C’est ainsi que l’actuelle ambassadrice française, qui a pris ses fonctions en septembre 2016, définit sa nouvelle destination diplomatique. Pour Hélène Le Gal, Israël n’est pas à proprement parler une découverte. Celle qui succède à Patrick Maisonnave avait déjà officié comme première secrétaire de l’ambassade de France à Tel-Aviv de 1994 à 1998. Deux décennies plus tard, elle retrouve avec plaisir ce pays « si singulier et si unique ».

Ce qu’elle aime tout particulièrement dans la société israélienne, c’est sa vitalité, son foisonnement d’idées, de créativité : « On a l’impression que les Israéliens n’ont pas de frein, ils n’ont pas peur de l’échec, ils vont de l’avant et c’est stimulant. » Elle est aussi touchée par les parcours personnels au sein du peuple juif, qui racontent à chaque fois l’histoire du monde, de l’Europe. « Pour quelqu’un comme moi dont toute la famille vient du même village, c’est fascinant. »

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Les racines d’Hélène Le Gal puisent leurs sources quelque part en Bretagne, dans un milieu modeste. Enfant, cette bonne élève passionnée par la lecture, découvre le monde à travers les livres. Une partie de sa famille installée outre-Atlantique lui permet d’effectuer régulièrement des séjours d’un mois aux Etats-Unis, dès l’âge de 13 ans. C’est là que l’adolescente cultive son anglais, ainsi que son goût pour les voyages et l’étranger. Jeune fille, elle s’investit dans ses études, « fascinée par le monde dans son histoire, sa géographie et sa géopolitique ». Mais ce n’est qu’à Sciences Po qu’elle commence à se diriger vers la diplomatie : « J’ai d’abord fait le choix des études avant de faire un choix de métier », explique-t-elle.

Diplomatie vs politique

La politique n’a jamais attiré Hélène Le Gal, un monde qu’elle juge « plus dur que la diplomatie ». Elle l’a pourtant côtoyée – au sein d’un cabinet ministériel de 2000 à 2002, et à la présidence de la République, comme conseillère Afrique de François Hollande de 2012 à 2016 – mais n’a jamais été tentée de se présenter devant les électeurs.

Elle espère ne pas devoir sa nomination en Israël – une destination très prisée – à sa proximité avec le pouvoir actuellement en place. « J’aime à penser qu’elle a eu lieu parce que les autorités ont jugé que j’étais la bonne personne et parce que je connaissais le pays. » L’ambassadrice l’affirme : « Je représente mon pays, et j’ai eu l’occasion de le représenter sous différents gouvernements, de gauche comme de droite. Je sais ce que c’est que d’être élu. Et je respecte cela, quel que soit le choix des Français. » Son devoir de réserve et sa mission de représentation, elle s’en accommode très bien : « C’est le politique qui décide, et nous les hauts fonctionnaires, nous sommes là pour appliquer, cela ne me pose aucun problème de rester dans ce rôle qui consiste à exécuter une politique décidée par des gens élus.
Le choix du peuple est toujours le meilleur. Il n’est pas incompatible d’avoir des convictions personnelles tout en ayant une grande éthique de travail par rapport au gouvernement qui a été choisi par le peuple. »

Des paroles qui résonnent d’autant plus qu’en cette période électorale française, un changement de pouvoir à la tête de l’Etat est à l’ordre du jour. Un virage à droite n’aurait pas de réelles conséquences en ce qui la concerne. « Il y a une grande continuité entre les gouvernements français en matière de politique étrangère. Outre certaines petites nuances, certaines inflexions, il n’y a pas de différences majeures entre les grands partis républicains. »

Mais d’autres facteurs sont en jeu en matière de politique internationale, précise la diplomate : « Il se passe beaucoup de choses. Comme l’arrivée d’une nouvelle administration américaine, qui semble donner des signaux de repli sur soi. La Russie ne cache pas ses velléités d’être très présente au Moyen-Orient. Pour ce qui est de l’Europe, le Brexit devrait renforcer notre partenariat avec l’Allemagne. Tout cela peut avoir des conséquences sur notre politique internationale, peut-être plus encore qu’un éventuel changement de gouvernement. »

Le processus de paix toujours à l’ordre du jour


C’est Hélène Le Gal qui a demandé sa nomination en Israël. Un poste « passionnant pour un ambassadeur, situé dans une région difficile, qui permet non seulement de représenter la France et de défendre ses intérêts en poussant des coopérations bilatérales, mais aussi de faire des propositions sur des questions plus géopolitiques, comme la question palestinienne ou la Syrie ». Un mandat qu’elle envisage à la fois actif et d’observation.

Entre la France et Israël, les fondamentaux sont bons, affirme la diplomate. Certes, des points de divergence existent entre les deux pays, en particulier sur la question des constructions dans les implantations, mais Hélène Le Gal ne veut pas réduire le lien franco-israélien aux seuls sujets qui fâchent. Elle célèbre au contraire une relation multiple, et se félicite d’une coopération exemplaire dans différents domaines. « Israël est un pôle de stabilité dans une région troublée, un pays avec lequel nous avons des choses à échanger dans beaucoup de domaines comme la cybersécurité, la lutte contre le terrorisme, l’innovation, et avec lequel nous partageons des valeurs fondamentales telles que la démocratie, l’égalité homme-femme, la liberté, la liberté d’expression. Sans compter les liens historiques et humains qui nous unissent. Alors oui, il y a des hauts et bas », concède-t-elle, « mais il va falloir reprendre le fil de tout ça. »

Pour Paris, la question palestinienne est un frein au développement d’Israël, rapporte Hélène Le Gal. Et bien sûr, le processus de paix est toujours à l’ordre du jour, s’empresse-t-elle d’affirmer. Sans lassitude. « La France a une diplomatie globale. Elle est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, l’un des grands moteurs de l’Europe. Elle est très impliquée dans les deux régions que sont l’Afrique et le Moyen-Orient, mais elle ne choisit pas ses conflits. »

La diplomate s’inscrit en faux quand on critique les votes de la France devant les instances onusiennes, vécus comme des revers par Israël. « C’est une mauvaise perception. En ce qui concerne l’UNESCO, ce sont les mêmes textes et les mêmes votes depuis 30 ans qui ont lieu deux fois par an en avril et en octobre. Ils font toujours l’objet soit d’un vote positif, soit d’une abstention de la part de notre pays. Il n’y a rien de nouveau. Mais cette fois-ci, la lumière a été mise là-dessus. D’ailleurs, la France a reconnu son mauvais vote sur un texte qui n’avait pas évolué dans le bon sens. Elle est ainsi passée d’un vote positif à une abstention. »

Netanyahou, « connu et respecté »

Quant à la résolution 2334 sur les implantations, ratifiée en décembre dernier par les Nations unies, « elle reflète la position française et la position de l’ensemble des pays du monde puisqu’elle a été adoptée », pointe l’ambassadrice. « Pour la France, tant qu’il n’y aura pas d’accord de paix signé, on en reste aux lignes de 1967. Seul un accord bilatéral entre les parties pourrait faire bouger ces frontières, qui seraient alors reconnues par l’ensemble de la communauté internationale, dont la France. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. » Mais n’est-ce pas nier les réalités sur le terrain que de vouloir isoler d’Israël les territoires de Judée-Samarie ? « Cela veut dire que, par exemple, les accords de l’Union européenne avec Israël ne s’appliquent pas au-delà des lignes de 1967. Ce ne sont pas les mêmes règles qui prévalent de part et d’autre. »

Hélène Le Gal déclare avoir été très bien accueillie par les autorités israéliennes lors de sa prise de fonction. Benjamin Netanyahou, en poste depuis neuf ans, est un chef de gouvernement « connu et respecté », dit l’ambassadrice, et qui entretient des relations fréquentes avec l’Elysée ou le Quai d’Orsay, lors d’entretiens ou par téléphone, précise-t-elle. « Il a toujours déclaré être favorable à la solution à deux Etats, et à la reprise de négociations directes. Nous sommes d’accord, maintenant ce serait bien que cela se traduise par du concret. » Ce qui bloque, selon elle ? « Un manque de confiance entre les deux parties. Et peut-être que sur ce point, la communauté internationale peut aider. Quand la confiance est rompue, il faut se faire épauler, cela peut être par des Etats de la région, comme l’Egypte, ou des partenaires comme les Etats-Unis ou l’Europe… Ce que nous voulons, c’est que le processus reprenne, que ce soit sous l’égide de la France, de la Russie ou des Etats-Unis, peu importe. »

C’est d’ailleurs dans ce but qu’a été organisée le 15 janvier la Conférence de Paris, pour tenter de faire bouger les choses. Mais est-ce qu’en l’absence d’Israël et des Palestiniens, ce genre d’initiative a un sens ? « Nous sommes plutôt dans l’action que dans l’attente », rétorque la diplomate.

Femme et diplomate

Première ambassadrice française en Israël, Hélène Le Gal a été, avant cela, la première conseillère pour l’Afrique auprès du président Hollande. Et elle espère bien « continuer à briser les plafonds de verre ».
Dans la diplomatie, le fait d’être une femme « peut comporter des avantages en première partie de carrière, mais quand on commence à arriver à des postes d’importance, on dérange un milieu habitué à l’entre-soi qui, au Quai d’Orsay, est plutôt masculin ». Elle n’a jamais souffert de misogynie, mais ces dix dernières années, elle a senti avoir pu déranger.

Si elle ne pense pas que les hommes et les femmes soient différents dans leur manière de penser, elle qualifie les femmes de plus pragmatiques, davantage portées sur la recherche de solutions que l’élaboration de grandes théories. Ce qui pourra se traduire pour elle, sur le terrain, par le fait de voir des progrès là où il y en a, de pousser à la résolution de certains blocages, plutôt que de viser des objectifs ambitieux qui ne dépendent pas d’elle. « Il faut être modeste sur la portée de ce que peut faire un ambassadeur par rapport aux enjeux du pays qui le dépassent, et dépassent même la France. Nous sommes dans un tourbillon géopolitique, l’ambassadeur est là pour décrypter, comprendre, et faire passer les messages. »

Devant elle, plusieurs axes de travail, avec, en premier lieu, le renforcement de la sécurité régionale (avec la Syrie, l’Egypte, la Jordanie ou l’Iran), ou le développement des relations économiques, en particulier dans le domaine de l’innovation. « Ce n’est pas compliqué de faire venir des investisseurs, et c’est d’ailleurs le rôle de l’ambassade. Cependant, il est important d’organiser une veille pour identifier les secteurs qui offrent des créneaux intéressants », explique Hélène Le Gal. Elle se félicite de voir que 6 000 PME françaises exportent actuellement en Israël. « Il existe beaucoup d’opportunités intéressantes. Les deux pays recherchent la modernité et l’excellence, ce qu’il y a de plus innovant, ce qui n’existe pas ailleurs. »

Pour l’heure, la diplomate va s’atteler à l’un des gros chantiers de son mandat : 2018, année culturelle croisée entre la France et Israël. L’occasion pour chacun des deux pays de proposer sur le sol de l’autre ce qui se fait de mieux en matière de création contemporaine, un domaine de coopération harmonieuse fort de nombreux échanges et de belles complémentarités. La culture sera donc à l’honneur l’an prochain. Reste à espérer que les autres dossiers de la relation franco-israélienne connaissent le même succès.

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