L’Espagne, déchirée entre Madrid et Barcelone

By JON IMMANUEL
November 26, 2017 15:58

L’avenir de la Catalogne cristallise passion et mécontentement




L’Espagne, déchirée entre Madrid et Barcelone

Feu d'artifice et drapeau catalan. (photo credit: REUTERS)

Le rêve d’indépendance de la Catalogne remonte à loin. Il s’est réalisé une fois, en 1934, mais cela n’a duré que quelques heures. La république éphémère de Catalogne est vite revenue dans le giron de l’Espagne, au grand dam de ses habitants qui ont, depuis, du mal à s’en remettre.

Au IXe siècle, le premier comte de Barcelone, Guifred le Velu, vainqueur des musulmans, a donné à la Catalogne son premier drapeau. Le jour de la fête nationale commémore quant à lui la chute de Barcelone le 11 septembre 1714, quand la ville est tombée aux mains des troupes du roi d’Espagne, à l’issue de la guerre de succession d’Espagne et de la défaite des Catalans, qui avaient choisi le camp des Habsbourg contre celui des Bourbons. Cette reddition symbolise pour les Catalans le début de leur « martyre ». Mais au lieu de s’apitoyer sur leur sort, ils en ont fait un motif de fierté nationale. Si la Catalogne a vécu une histoire tourmentée, la détermination de ses habitants a fait que de nombreuses déconvenues se sont transformées en avancées. Les Catalans ont notamment l’art de transformer des désastres nationaux en festivités patriotiques. Cette date du 11 septembre 1714 est ainsi devenue le jour de leur fête nationale, rappelant aux habitants de la région qu’il est temps de libérer celle-ci du joug espagnol via un processus indépendantiste.

Un référendum interdit par Madrid


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La tentative d’indépendance de cet automne, avec la tenue du référendum d’autodétermination le 1er octobre, est l’aboutissement d’un processus qui a commencé il y a près de sept ans, au moment du lancement du mouvement d’indépendance moderne. Comme ce fut le cas au cours des siècles précédents, cette démarche a déclenché passion, exaltation et désenchantement. Le 27 octobre 2017, le Parlement catalan a proclamé unilatéralement l’indépendance, votée par 70 députés sur 135, qui se sont empressés d’entonner l’hymne national catalan. Dans la rue, et notamment à Barcelone où les habitants sont plutôt opposés à une séparation du pouvoir central, les réactions étaient mitigées.
Les électeurs ont dû répondre à la question : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous la forme d’une république ? » 90 % ont répondu « Oui ». Après ce scrutin organisé malgré l’interdiction de Madrid, la riposte du pouvoir central ne s’est pas fait attendre : Madrid a destitué le chef du gouvernement catalan autoproclamé Carles Puigdemont ainsi que ses collaborateurs. De nouvelles élections régionales ont été convoquées pour le 21 décembre ; en attendant, le Parlement catalan a été dissous, et la Catalogne mise sous la tutelle de l’Espagne.

Dans une rare allocution télévisée, le roi Felipe VI a dénoncé la « déloyauté inadmissible » des dirigeants catalans. Ramon Rosso, un économiste, fait également partie de ceux qui fustigent ce mouvement indépendantiste, estimant qu’il se contredit lui-même. « Peut-être veulent-ils en fait une indépendance virtuelle, car ils ne pourront pas avoir ce qu’ils veulent. Ils se plaignent que Madrid prenne leur argent, mais ils sont heureux de le donner à Bruxelles. Le problème est qu’ils ne sont pas suffisamment lucides pour s’en apercevoir. »

Aujourd’hui la Catalogne est donc encore moins indépendante qu’elle ne l’était avant le scrutin. Huit membres du gouvernement destitué ont été placés en détention provisoire et attendent leur procès en Espagne, tandis que cinq autres – dont Puigdemont –, sous le coup d’un mandat d’arrêt, se sont exilés en Belgique. Tenus pour responsables de l’organisation du référendum, l’Espagne réclame leur extradition et souhaite les juger pour « rébellion » et « sédition ». Précisons que le délit de rébellion est passible de 30 ans de prison dans le royaume. Un juge belge doit examiner le mandat d’arrêt émis par Madrid et décider ou non de l’extradition ; une première audience a déjà eu lieu le 17 novembre à Bruxelles et une deuxième est prévue le 4 décembre.

Une république éphémère

L’histoire du mouvement d’indépendance de la Catalogne se mêle intimement à celles des différents présidents de la région. Le référendum du 1er octobre est l’initiative du nationaliste Carles Puigdemont, président de la région depuis le 1er janvier 2016, qui a osé franchir le pas. Certains estiment toutefois que ce coup de force n’était pas réaliste, et que Puigdemont se berce d’illusions, notamment quand il espère recevoir le soutien de l’Union européenne. Il est également critiqué pour avoir fui à Bruxelles. Ce à quoi cet ancien journaliste et maire de Gérone réplique qu’un de ses illustres prédécesseurs avait fait de même en 1934. Il fait ainsi référence à Lluis Companys, qui avait proclamé la très éphémère république catalane le 6 octobre de cette année-là. Dix heures et des dizaines de morts plus tard, il se rendait. Condamné à 30 ans de prison pour sédition, Companys a été relâché par le Front populaire au début de la guerre civile en 1936. Il a fui vers Paris où il a été arrêté par la Gestapo en 1940 et extradé vers l’Espagne pour être livré au dictateur Franco. Au terme d’un procès expéditif, il a été fusillé le 15 octobre à Montjuc, une forteresse qui surplombe Barcelone. « Per Catalunya ! » (Pour la Catalogne) ont été les derniers mots de cet indépendantiste qui, signe d’ultime fierté, a refusé d’avoir les yeux bandés lors de son exécution. Depuis, Companys est devenu un héros et un martyr national.

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a fixé les élections régionales en Catalogne au 21 décembre. Depuis son exil belge, Carles Puigdemont espère que ce prochain scrutin confirmera la volonté indépendantiste de la région, comme cela avait été le cas en septembre 2015. Il y a deux ans, en effet, les séparatistes avaient obtenu 48 % des suffrages et la majorité absolue au Parlement avec 72 sièges sur 135 grâce à une pondération des voix. Carles Puigdemont est optimiste sur l’issue du scrutin de décembre car il estime que les violences policières contre les indépendantistes et la répression de Madrid après le vote du 1er octobre, encourageront encore davantage les Catalans à choisir la voie de la séparation.

L’élection du 21 décembre sera-t-elle considérée comme un autre référendum, autorisé cette fois-ci par Madrid ? La question demeure. Ce qui est sûr, c’est que ce scrutin constitue un véritable pari pour les deux camps. Que se passera-t-il si Puigdemont gagne ? Rajoy aura-t-il, par ces élections, légalisé le droit à l’indépendance ?
De nombreuses théories circulent sur les motivations qui ont poussé les Catalans à choisir l’indépendance. La raison la plus souvent évoquée est économique, les Catalans s’estimant lésés, et se plaignant de la répartition inégale des deniers publics par Madrid et de sa mainmise sur la région. Cette explication, cependant, est insuffisante et paraît fallacieuse. Car les Catalans sont plutôt bien lotis, économiquement parlant.
La terre d’élection de Puigdemont, Gérone, est une ville riche, comptant nombre de boutiques de luxe ; celle est aussi un fief gastronomique. Un des restaurants de l’agglomération, El Celler de Can Roca, a même été classé numéro un par le Guide Michelin en 2013. S’il n’occupe plus que la troisième place aujourd’hui, cela n’enlève rien au prestige de la ville et à la réputation gastronomique de la Catalogne, qui compte plus de tables étoilées au Michelin que toute autre région à population équivalente dans le monde.

Quelque 80 % des habitants de Gérone sont pro-indépendantistes, selon Jorde Font, qui travaille dans l’industrie du tourisme. D’après lui, ce ne sont pas des motifs économiques qui les inspirent ; ils sont avant tout fidèles à leur histoire, et veulent poursuivre le rêve d’indépendance de leur peuple qui remonte à plus de 300 ans : un rêve pour lesquels nombre des leurs se sont battus, certains y perdant la vie, notamment durant la guerre de succession d’Espagne entre 1702 et 1714. Par la suite, les Catalans ont subi de nombreux revers, notamment sous la dictature de Franco. Le dictateur interdisait par exemple la célébration de la fête nationale le 11 septembre, et sous son régime, la région a perdu son statut d’autonomie ; elle a dû attendre 1978 pour récupérer une autonomie politique. Au fil des ans, la lutte pour l’indépendance a été de plus en plus décriée. Certains de ses détracteurs sont allés jusqu’à faire le rapprochement entre le jour de la fête nationale le 11 septembre avec les attentats d’al-Qaïda aux Etats-Unis survenus à cette même date, pour discréditer le mouvement et l’associer, du fait du hasard du calendrier, au terrorisme islamique.

Le 11 mars 2004, dix bombes ont explosé à Madrid et dans sa banlieue. Bilan : 200 morts. Ce carnage, le plus meurtrier jamais commis en Espagne, a été immédiatement attribué par le gouvernement conservateur de José Maria Aznar au groupe séparatiste basque ETA. Mais le soir même, le massacre a été revendiqué par al-Qaïda. L’empressement du gouvernement à désigner l’ETA – le groupe niera pourtant toute responsabilité dès le 12 mars – signera la défaite de José Maria Aznar aux élections législatives quelques jours plus tard, au profit du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, adversaire déclaré de la guerre en Irak et partisan d’une Catalogne autonome. Puis le jeu de l’alternance politique s’est poursuivi, et la Catalogne a été ballottée au gré des changements politiques. Le parti populaire conservateur de Mariano Rajoy, au pouvoir depuis 2011, a diminué les prérogatives de la région autonome, faisant marche arrière par rapport aux avancées décidées par le gouvernement socialiste en 2006. Le gouvernement Rajoy a entre autres rejeté la valeur juridique de la définition de la Catalogne comme « nation », et affaibli les compétences de l’autorité judiciaire.

Trop d’impôts

Ces modifications ont provoqué la colère des Catalans qui ont organisé une grande manifestation le jour de la fête nationale en 2012. Leur mécontentement a été d’autant plus violent que l’Andalousie s’est vu doter parallèlement de compétences autonomes accrues. Or les Catalans considèrent avec un certain mépris les Andalous, n’hésitant pas à les décrire comme des « illettrés à moitié sauvages ».
Voulant afficher son particularisme et sa volonté de se séparer du pouvoir central, le Parlement de Catalogne a notamment voté une loi interdisant les corridas à partir du 1er janvier 2012, au prétexte qu’il s’agissait de pratiques barbares. En réalité, l’idée était de signifier que les Catalans ont davantage de points communs avec l’Europe du Nord qu’avec celle du Sud, qui regroupe les aficionados de la tauromachie et du machisme. Cette décision a été dénoncée par la constitution espagnole jugeant qu’il s’agissait d’une violation « d’un héritage culturel commun ». Mais la Catalogne n’a pas cédé et il n’y a toujours pas de corridas à Barcelone.

De nombreux élus catalans, sans être convaincus du bien-fondé de l’indépendance, se sont malgré tout ralliés au mouvement pro-indépendantiste de cet automne pour répondre aux appels politiques de la gauche. Puigdemont, en revanche, est un indépendantiste de la première heure. Il a épousé les thèses de sécession dès sa jeunesse, et commencé à militer en tant que journaliste dans un journal catalan.

La Catalogne, siège d’industries de pointe et de centres de recherche importants, est une région prospère depuis la mort de Franco en 1975. Elle s’est cependant toujours plainte de payer plus d’impôts qu’elle ne reçoit de subsides du pouvoir central. Après la récession de 2008, le gouvernement espagnol a renfloué le secteur bancaire de Catalogne, qui menace désormais de quitter la région en cas d’indépendance ; Madrid a également contribué aux financements des infrastructures pour les Jeux olympiques de Barcelone en 1992. Malgré son riche tissu économique, la Catalogne est donc l’une des régions les plus endettées : elle doit encore au gouvernement central quelque 52 milliards d’euros, qu’elle serait incapable de rembourser si la séparation était instaurée.

Cependant, les questions financières sont plus facilement sujettes à compromis que celles qui ont trait à l’identité et à la fierté nationale. Et même si le gouvernement central voulait faire un geste fiscal envers la Catalogne, il n’est pas certain du tout que cela suffise à calmer les ardeurs indépendantistes. Car les années passant, il s’avère que les Catalans se montrent de plus en plus attachés à la notion de république. Nombre d’entre eux, même ceux qui se dissocient des séparatistes, rêvent ainsi d’une république et rejettent la monarchie. « Le système est faussé. Le roi Juan Carlos a été nommé par Franco. Il n’a jamais été élu par le peuple », regrette Marie Soares, une libraire de Barcelone. Un sentiment partagé par beaucoup de ses compatriotes. La notion de république est désormais devenue un symbole, elle est même plus importante que celle d’indépendance.

A Madrid, les élus sont particulièrement préoccupés par l’évolution de la situation : la région représente en effet 16 % de la population de l’Espagne et un cinquième de son PIB. Ander Gil, porte-parole des socialistes au Sénat espagnol, est inquiet et incite à garder les pieds sur terre en évitant tout idéalisme, pour se prémunir des risques de déception. « Puigdemont n’est pas Simon Bolivar (le libérateur de l’Amérique latine), et Oriol Junqueras (chef de la gauche républicaine de Catalogne) n’est pas Che Guevara (révolutionnaire marxiste et dirigeant de la révolution cubaine). Aucun des deux ne peut non plus être comparé à Martin Luther King. Dans notre cas, il ne s’agit pas de rêve mais plutôt de cauchemar », a-t-il prévenu.

Risques d’embrasement

Les clivages entre pro et anti-indépendantistes ne font que s’exacerber. Des dizaines de milliers de personnes ont salué la déclaration d’indépendance en défilant dans les rues de Barcelone, mais deux jours plus tard, la ville a été envahie par des drapeaux catalans et espagnols, tandis que les manifestants scandaient « Puigdemont en prison » et arboraient le nombre « 155 » dans leur dos, en référence à l’article 155 de la constitution espagnole qui permet à Madrid de reprendre le contrôle de la région autonome.

Le risque d’un embrasement n’est pas à écarter. « Nous sommes à la fois Catalans et Espagnols, il n’y a pas de contradiction », explique Jose Maria Sanz Locente, professeur de catalan qui a vécu sous Franco. Soucieux des conséquences économiques d’une séparation du pouvoir central, notamment pour les retraités, il espère que les esprits finiront par se calmer.

Les jeunes, eux, sont plus audacieux. « J’ai toujours été pour l’indépendance. Mon père a combattu Franco dans la résistance et je ne supporte pas l’idée d’une monarchie non élue qui a été nommée par ce dictateur », explique Alberto Morales, un jeune cameraman de Catalan TV3. Dans ce climat, un vote en faveur de Rajoy est considéré comme une voix pour la monarchie et par ricochet, pour Franco. Ce n’est pas une surprise si le Parti populaire qui dirige le pays n’a récolté que 8 % des voix lors des dernières élections en Catalogne. Alberto fait également remarquer que les Espagnols n’aiment pas les Catalans. « En Espagne nous sommes des étrangers. Je suis allé avec mon amie dans un restaurant. Nous nous sommes assis dans un restaurant et avons discuté entre nous en catalan. C’est alors que le serveur nous a demandé pourquoi nous parlions catalan en Espagne. “Ce n’est pas votre pays ?”, nous a-t-il demandé. »

De son côté, un journaliste de la télévision espagnole assure que toutes ces remarques sur un soi-disant rejet des Espagnols à l’égard des Catalans sont fausses. « Ce sont des mensonges », dit-il. « De tout temps, ce sont les Catalans qui ont haï l’Espagne. Ce sont eux qui veulent se séparer d’elle », fait-il remarquer. « Il est vrai qu’ils paient plus qu’ils ne reçoivent, mais leur richesse provient des subventions accordées par Madrid. »

Des étudiants en mathématiques à l’université de Barcelone jugent ces discussions autour de la fiscalité sans grand intérêt. Ils sont en revanche très concernés par la question de la monarchie. « Je ne sais pas vraiment ce que je souhaite par rapport à l’indépendance, mais je suis certaine de vouloir une république pour la Catalogne », affirme Elena Sanchez. Elle se dit très déçue que dans son propre département, les anti et pro-indépendantistes refusent de se parler, alors que normalement, selon elle, les mathématiciens sont plus rationnels et moins passionnés concernant les sujets politiques. Dans les départements de sciences sociales, la question du statut de la Catalogne est au centre de toutes les discussions. Mais aucune tendance véritable ne se dégage, la grande majorité ne sachant pas à qui être loyale, la Catalogne ou l’Espagne.
« Je crois en la nation, mais pas dans le nationalisme », semble être le discours dominant. Le nationalisme catalan s’apparente davantage au désir d’être européen et non pas seulement espagnol. Il est suffisant de dire « je suis un républicain » et de parler catalan pour être accepté en tant que Catalan. La moitié de la population de cette région n’est pas née en Catalogne, mais vient d’autres zones plus pauvres d’Espagne. C’est donc la langue qui définit plus que tout les Catalans. Tous les jeunes apprennent le catalan à l’école, et les heures de cours d’espagnol sont réduites.

L’apprentissage de la langue régionale est considéré comme un outil d’émancipation, un acte politique, au même titre que l’interdiction des combats de taureaux. Si les écrivains catalans reconnaissent que leur langue manque d’expressions et de proverbes, celle-ci s’enrichit avec la passion qui se développe autour de l’indépendance. La littérature en catalan est loin d’être du niveau de Cervantes et l’Espagne ne manque jamais l’occasion de le souligner. Le Premier ministre Rajoy ne s’en est d’ailleurs pas privé quand Carles Puigdemont s’est rendu à Madrid en début d’année : le chef du gouvernement espagnol lui a présenté un fac-similé de la première édition d’un chapitre de Don Quichotte relatant les pérégrinations du chevalier de la Mancha à Barcelone.

La prospérité de la Catalogne attire également des étrangers. Ces dernières années, de nombreux juifs originaires d’Argentine ont choisi de s’y installer, préférant Barcelone à Madrid. La Catalogne, un territoire très fertile de deux fois la taille d’Israël avant ses frontières de 1967, compte 7,5 millions d’habitants. L’immigration n’est pas un sujet de controverse dans la région, et les initiatives de repli sur soi et de haine de l’étranger sont très limitées. Il n’y a aucun mouvement sérieux contre l’immigration. Les épiciers pakistanais sont considérés comme catalans tout comme les migrants venus d’Andalousie, souligne-t-on. Le patriotisme catalan est avant tout orienté vers l’avenir, l’idée étant de se préoccuper des perspectives économiques de la région, a expliqué au New York Times Oriol Junqueras, le vice-président destitué de la Catalogne. J’ai voulu rencontrer des gens de la communauté juive pour comprendre leurs orientations politiques et j’ai contacté Atid, une association juive catalane basée à Barcelone, mais sans succès. Son secrétariat m’a poliment indiqué que l’organisation n’intervenait pas dans les débats politiques. « La communauté juive ne s’engage pas politiquement. » La mentalité marrane persiste. Selon le Congrès juif mondial, il y a 4 500 juifs à Madrid et 3 500 à Barcelone, et de nouvelles synagogues ont récemment été construites dans ces deux villes. Des centaines d’autres juifs sont disséminés dans le reste de l’Espagne.

Madrid contrôle certes la Catalogne, mais pas Barcelone. Sa nouvelle maire Ada Colau, une militante de gauche très populaire dans sa ville, a fait retirer le buste de Juan Carlos du hall de la mairie, mais ne s’est pas pour autant déclaré séparatiste ; elle fustige le mouvement indépendantiste et les actions du gouvernement catalan tout autant que la réaction disproportionnée, selon elle, de Madrid. « Les indépendantistes ont fait cette déclaration d’indépendance en trompant la population pour servir des intérêts partisans », a-t-elle dit. Elle reproche au président de l’exécutif catalan destitué Carles Puigdemont d’être parti en Belgique en laissant la Catalogne « seule face à l’incertitude ». « Ils ont fait la déclaration, puis ont disparu », a-t-elle lancé.

Impossible, enfin, de ne pas évoquer le sort du football espagnol, une des fiertés nationales autant pour les Catalans que pour les Espagnols. L’avenir de l’équipe et du championnat espagnol risquerait de pâtir d’une éventuelle indépendance de Barcelone et du retrait de son célèbre club, le FC Barcelone, un des meilleurs clubs au monde grâce à des joueurs d’exception comme Lionel Messi. Ernesto Valverde, l’entraîneur du Barça, n’a pas commenté les derniers événements. Mais le coach du Real Madrid, le Français Zinedine Zidane, a lancé un véritable cri du cœur : « Je ne peux pas imaginer la Liga sans Barcelone », a-t-il déclaré.

A l’heure qu’il est, les interrogations sont nombreuses concernant l’avenir de la région. Bruxelles acceptera-t-elle la demande d’extradition de Madrid concernant Puigdemont ? Puigdemont va-t-il tenter d’européaniser sa cause, et se présenter comme un martyr s’il est extradé ? S’il perd le 21 décembre, l’histoire sera-t-elle terminée, et s’il gagne, le Premier ministre espagnol pourra-t-il reconnaître une Catalogne indépendante ?

Dénommé Senyera, le drapeau catalan, l’un des plus anciens d’Europe, est né dans le sang, selon une légende qui date du IXe siècle. Au cours d’un combat, le comte de Barcelone a été gravement blessé et l’empereur franc Louis le Pieux, son allié, a voulu immortaliser la bravoure de son vassal en trempant sa main dans son sang, marquant de ses doigts son bouclier par quatre traces rouges. Ces armes héraldiques sont devenues par la suite celles des comtes catalans ; mises en bannière, elles sont à l’origine du drapeau de la région. Au XXe siècle, les indépendantistes ont rajouté des emblèmes à ce drapeau qui est devenu l’Estelada (l’Etoilée) : un triangle et une étoile provenant des drapeaux cubain et portoricain – les îles venaient d’obtenir leur indépendance de l’Espagne – y ont été ajoutés. Tout un symbole…

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