La Hongrie face à ses démons

La communauté juive hongroise est en plein essor. Mais avec elle fleurissent également le nationalisme, l’antisémitisme et le révisionnisme

By TIBOR KRAUSZ
November 20, 2016 15:14
Les juifs de la capitale ont érigé leur propre mémorial, en face du monument révisionniste

Les juifs de la capitale ont érigé leur propre mémorial, en face du monument révisionniste. (photo credit: TIBOR KRAUSZ)

Arpentez les rues pavées du quartier juif historique de Budapest, à quelques pas de la grande synagogue de la rue Dohány, avec ses riches ornements mauresques, et vous découvrirez un shtetl urbain des plus dynamiques. Ici, parmi les immeubles de l’époque des Habsbourg, récemment rénovés, un restaurant cacher chic côtoie une houmoussia, tandis qu’un bistrot voisin accueille les clients avec des « sandwichs juifs traditionnels au pastrami ». Près du bâtiment où Theodor Herzl a vu le jour, des boutiques de souvenirs, au charme désuet du vieux monde juif d’antan, proposent des hanoukiot en argent, des kippot brodées et des sidourim reliés cuir. Des échos de musique klezmer retentissent. Un peu partout, des étoiles de David ponctuent le décor. Au-dessus d’une arche, un néon souhaite un lumineux « Mazel tov » aux passants, signalant qu’une bar-mitsva ou un mariage se déroule dans le bâtiment à l’intérieur. Un peu plus loin, un petit théâtre portant le nom de Baruch Spinoza présente des pièces autour de thèmes juifs. Sur un trottoir, des touristes américains croisent une famille de sionistes religieux israéliens. A deux pas de là, un rabbin ultraorthodoxe traverse la place, avant de disparaître dans une rue qui mène à une yeshiva. Et ce n’est encore qu’un bref aperçu.

Budapest compte 23 synagogues ainsi que de nombreuses institutions communautaires – des écoles, des hospices, et un hôpital – pour les quelque 50 000 habitants juifs de la ville, qui forment la grande majorité de la population juive du pays. A y regarder de plus près, on découvre cependant une ombre à ce tableau idyllique du renouveau juif en Hongrie postcommuniste.

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Révisionnisme historique

Szabadság Tér (place de la Liberté) se situe à deux pas de la synagogue de la rue Dohány, qui attire des cars de touristes du monde entier chaque jour. C’est en effet la plus grande d’Europe et le berceau historique du courant libéral du cru : le judaïsme Neolog. A l’entrée de la place se dresse une statue dédiée aux « victimes de l’occupation allemande ». Erigé en 2014 par le gouvernement conservateur du pays, démocratiquement élu mais de plus en plus autocratique, le monument commémore la prise du pouvoir par les nazis en Hongrie, le 19 mars 1944. L’identité de ces « victimes » reste anonyme, mais n’est pas vraiment un mystère. Le mémorial figure l’aigle impérial allemand plongeant, toutes serres ouvertes, sur l’archange Gabriel, représenté sous les traits d’un jeune éphèbe sans défense, censé symboliser la Hongrie pendant la guerre. Dans l’esprit de la recrudescence du révisionnisme historique qui déferle sur les sociétés postcommunistes, de Budapest à Vilnius, le monument cherche à blanchir le rôle de nombreux Hongrois dans la persécution et l’assassinat des juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale, en mettant dans le même sac les bourreaux et leurs victimes juives, tous présentés comme les martyrs innocents des criminels allemands.

« Cette statue est le symbole du mépris flagrant du gouvernement hongrois envers l’histoire, afin de servir ses visées nationalistes. C’est une honte. Cela prouve la situation déplorable de notre pays », fulmine Fruzsina Magyar, dramaturge juive hongroise. Magyar et son mari Imre Mécs – homme politique de gauche, emprisonné pour son rôle dans le soulèvement hongrois contre la domination soviétique en 1956 – ont été les fers de lance des protestations tapageuses contre la statue menées par des groupes locaux réunissant juifs et non-juifs depuis le début de 2014. Pendant des mois, les manifestants ont cherché sans succès à empêcher la construction du mémorial par des actes quotidiens de résistance non violente. Puis, le 21 juillet de la même année, lors de l’inauguration officielle de la statue, des centaines de protestataires ont formé une chaîne humaine autour du monument, en bute aux provocateurs de droite et malgré l’intervention de la police, pour empêcher la cérémonie d’avoir lieu. Ils ont réussi : la statue n’a toujours pas été officiellement inaugurée.

Deux ans plus tard, de nombreux juifs locaux continuent à protester. Ils se réunissent tous les jours sur place pour des discussions, des discours enflammés, des lectures de poésie, des spectacles et des concerts. Récemment, un vendredi après-midi, une quarantaine de manifestants, dont plusieurs survivants de la Shoah, ont chanté et tapé des mains avec enthousiasme sur l’air d’une version hongroise de Hava Nagila, interprétée pour eux par un chanteur d’opérette, sur une pelouse, derrière le monument. A plusieurs centaines de mètres de là, sur une place bordant le flamboyant bâtiment gothique du Parlement national, un groupe on ne peut plus différent entonnait un tout autre air. Des membres du très populaire parti d’extrême droite Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie) étaient arrivés avec de nombreux drapeaux et insignes, rappelant ceux arborés autrefois par les membres du parti fasciste hongrois des Croix fléchées, tristement célèbre pour son rôle central dans le meurtre et la déportation de 600 000 juifs hongrois entre 1944 et 1945. Leur porte-parole pestait contre les « influences étrangères » et la « tyrannie des minorités » (sous-entendu les juifs) avant qu’un orage ne disperse le rassemblement.

« Tous mes amis sont antisémites »

« Je pense que l’antisémitisme est pire aujourd’hui qu’en 1938, avant la guerre », se lamente György László, un ingénieur juif habitué des rencontres sur la place de la Liberté. « La plupart des gens dans ce pays ont été nourris de vues antisémites », insiste-t-il. László Bakki, photographe, renchérit : « Tous mes amis hongrois de souche sont antisémites », confie ce non-juif affable, qui participe régulièrement aux manifestations aux côtés de ses amis juifs. « Ils sont prêts à gober n’importe quoi, jusqu’aux théories du complot les plus extravagantes au sujet des juifs. » Pendant les beaux jours du « socialisme du goulash », la version hongroise vaguement laxiste du communisme soviétique dans les années 1970 et 1980, « tout le monde se fichait de savoir qui était juif ou pas » se souvient Bakki. « Maintenant, ils suivent cela de près. »

Beaucoup de juifs hongrois, qui se sentent de plus en plus harcelés, voient dans le mémorial révisionniste le degré zéro de l’obscurantisme, du négationnisme et de l’antisémitisme du gouvernement populiste en place. Dans leur opposition implacable au monument, ils ont érigé leur propre mémorial, le long d’un trottoir en face de la statue. Un amalgame de pierres funéraires et de vieux souvenirs, valises en cuir, vieilles chaussures, portraits sépia, copies laminées de journaux intimes et coupures de presse évoquant des parents morts. Ces témoignages personnels de vivants au sujet de leurs proches assassinés à Auschwitz et lors de divers massacres, souvent perpétrés par les Magyars, servent de poignants contrepoints, et mettent en lumière les véritables victimes et leurs bourreaux. « Ma mère a été tuée à Auschwitz. Merci, “Archange” Gabriel », peut-on lire sur une des notes plastifiées, suspendue à une chaîne de barbelés tendue entre des poteaux décoratifs. « Mon père a été emmené à Bor, où il est mort de faim », lit-on sur une autre, en référence à une ville de Serbie, où ont péri de nombreux juifs hongrois, enchaînés dans des bataillons de travail envoyés au trou dans une mine de cuivre locale. Parmi eux, le célèbre poète juif hongrois Miklós Radnóti, décédé en novembre 1944 lors d’une marche forcée : jusqu’à son dernier souffle, il n’a eu de cesse d’écrire des poèmes lyriques sur la mort et les massacres. Ses photos et ses écrits ornent le monument en bordure du trottoir.

Dernièrement, après la publication sur un site internet de droite d’un article fustigeant le mémorial juif, celui-ci a été vandalisé. La plupart des photos et témoignages personnels ont été arrachés. « Le lendemain, nous les avons tous soigneusement remis en place », atteste Gábor Sebö, un économiste juif hongrois qui pend régulièrement un grand mobile, fabriqué à partir de plaques de carton, sur la main tendue de l’archange sur la place. Il énumère les crimes perpétrés par les Hongrois à l’encontre des juifs avant 1944, dont les trois lois antijuives (de 1938, 1939 et 1941) et plusieurs massacres.
A quelques mètres de là, sur les marches d’une église protestante de droite, trône un nouvel affront aux sensibilités juives locales : le buste de bronze de l’amiral Miklós Horthy, le régent hongrois pendant la guerre et allié d’Hitler jusqu’en 1944, quand il essaie de tourner casaque devant la défaite imminente de l’armée allemande. Lorsque Horthy tente de faire la paix avec les Alliés, il est rapidement détrôné par les nazis – un événement commémoré par le mémorial révisionniste sur la place de la Liberté. Ces dernières années, Horthy s’est vu récupéré par les nationalistes hongrois qui tentent de le présenter comme une patriote et un homme d’Etat, un personnage culte adopté par les irrédentistes et les démagogues de droite comme l’incarnation des vertus magyares intemporelles.

Le racisme devient une vertu


« Horrible. Terrible. Tragique. » C’est ainsi que Zsuzsa Solt résume le climat politique actuel en Hongrie. Petite femme juive âgée, à la voix douce et aux traits fins sous une couronne de cheveux blancs comme neige, elle est une habituée des manifestations contre la statue et le gouvernement conservateur hongrois dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán, dont le parti Fidesz de l’Alliance civique hongroise a remporté une victoire écrasante aux élections de 2010 et 2014. Au nom du renforcement des valeurs hongroises séculaires, selon ses détracteurs, Orbán et son gouvernement ont contribué à ressusciter une forme virulente et atavique de nationalisme, dans lequel l’amour de la Hongrie et de la culture magyare se confond souvent avec une haine des minorités, juive et gitane la plupart du temps.

« Le racisme n’est plus une faute », observe Adám Fischer, célèbre chef d’orchestre juif hongrois. En fait, cela peut même vous valoir quelques médailles ! En août, Zsolt Bayer, un chroniqueur de l’influent quotidien Magyar Hírlap, a reçu la croix de chevalier de l’ordre du Mérite, l’une des plus hautes distinctions du pays, pour son travail journalistique, dont certaines diatribes virulentes et ordurières dans la presse écrite contre les juifs, les gitans, les libéraux, les gens de gauche et n’importe quel quidam qui n’aurait pas l’heur de plaire à cet ex-porte-parole du Fidesz. La chronique bihebdomadaire de ce démagogue à la petite semaine touche un large public : Bayer y pourfend ses bêtes noires avec la stature intellectuelle et la dextérité verbale d’un tribun ivre. « Les juifs », informe-t-il ses lecteurs dans un de ses épanchements, « nous détestent plus que nous les détestons », de sorte que « leur simple existence justifie l’antisémitisme ». « Dommage », s’exclame-t-il dans une autre de ses tirades, « que nous ne les ayons pas tous enterrés jusqu’au cou dans la forêt d’Orgovány », une allusion à un lieu tristement célèbre du sud de la Hongrie, où, en 1919, des militants de droite hongrois ont massacré plusieurs juifs, soupçonnés d’être communistes.

« Petit Poutine bouffi d’orgueil »


Pour protester contre la décoration de Bayer, plus d’une centaine d’anciens récipiendaires de la croix de chevalier – intellectuels, artistes, intervenants humanitaires, juifs, chrétiens, athées – ont rendu leur médaille. Fischer, décoré en 2002, est de ceux-là. Tout comme Gábor Iványi, un pasteur méthodiste et défenseur des droits de l’homme. « Il ne nous reste plus beaucoup d’alternatives pour protester publiquement et efficacement dans une société imprégnée d’antisémitisme et d’animosité », regrette-t-il. « Le fait qu’un homme comme Bayer puisse être récompensé et porté aux nues par le gouvernement prouve que la haine et l’intolérance sont devenues monnaie courante et font désormais partie de la politique officielle. » Des représentants du gouvernement ont en effet publiquement pris fait et cause pour le journaliste et justifié leur décision de lui accorder cet insigne honorifique.

Bayer lui-même a balayé la controverse d’un revers de main, qualifiant ses détracteurs de « petites gens enfermés dans leur triste monde gris et étroit ». Dans une interview récente accordée à un journal local, il a insisté sur le fait qu’il ne méprisait pas tous les juifs en soi, mais seulement ceux qui « ont le don de l’irriter », comme le chroniqueur du New York Times Roger Cohen. Le journaliste d’origine britannique avait qualifié le Premier ministre Viktor Orbán de « petit Poutine bouffi d’orgueil », après que ce dernier ait ordonné la fermeture des frontières hongroises avec la Serbie et la Croatie aux foules d’immigrés majoritairement musulmans qui affluent par centaines de milliers en Europe depuis le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie centrale et méridionale. Le durcissement de l’attitude d’Orbán vis-à-vis des migrants a provoqué l’ire de nombreux juifs hongrois. Plusieurs, dont le Grand Rabbin du pays, Robert Frolich, l’ont comparé – dans ce qui peut paraître une exagération maladroite – au traitement des juifs par les nazis.

De nombreux nationaux, cependant, soutiennent le gouvernement sur cette question. Le 2 octobre, dans un référendum dont on a fait grand cas et à portée surtout symbolique, quant à savoir si l’on devait permettre aux immigrés musulmans de s’installer dans le pays suivant les quotas de l’Union européenne, 98 % des 3,5 millions électeurs ont voté « non ». La communauté juive elle-même s’est divisée en deux camps antagonistes : pro et contre la politique anti-immigration d’Orbán. Adám Fischer est dans le camp des opposants. « L’attitude anti-immigration de certains milieux juifs hongrois m’attriste profondément », rapporte le maestro. « Je ne peux pas imaginer qu’ils aient pu tomber si bas », bouillonne-t-il. « Je suis conscient des problèmes que peut poser l’immigration de masse. Je sais que l’Etat islamique risque d’introduire clandestinement des terroristes en Europe en se servant des demandeurs d’asile. Je sais quel danger peut représenter le choc des cultures, etc., etc. Mais rien ne justifie la fermeture des frontières à ceux qui fuient pour tenter d’avoir la vie sauve. Ces “soi-disant juifs” qui soutiennent la position d’Orbán devraient avoir honte. »

Le spectre islamiste


Parmi les partisans de la politique anti-immigration du gouvernement se trouve le rabbin Slomo Köves, un hassid de Loubavitch qui dirige la Congrégation juive hongroise unifiée, une organisation qu’il a créée en 2004. « L’islamisme et l’antisémitisme musulman », affirme Köves, « présentent un danger beaucoup plus grand pour les juifs d’Europe aujourd’hui que l’antisémitisme chrétien traditionnel et celui de l’extrême droite, qui, à notre époque, se traduisent rarement par de la violence physique. Bien sûr, quand on voit un enfant souffrir ou mourir, en Syrie par exemple, on voudrait pouvoir lui porter secours. Mais si l’islam fondamentaliste s’enracine chez nous, cela va devenir beaucoup plus difficile pour les juifs. La Torah nous enjoint de venir en aide aux nécessiteux. Elle ne nous dit pas d’agir de manière suicidaire pour autant. »

S’il y a bien un juif hongrois que l’on ne peut manquer de remarquer en tant que tel dans la rue, c’est Köves, avec sa longue barbe et son costume hassidique noir. « Pourtant je peux compter sur mes dix doigts le nombre de fois où je me suis fait insulter ces vingt dernières années », confie-t-il.

A Paris, où il vient de passer quatre jours, c’est une tout autre histoire. « En quatre jours, j’ai vécu au moins cinq expériences négatives en tant que juif : dans un taxi, dans un magasin et dans la rue », se souvient-il. A l’origine de ces épisodes malheureux, raconte Köves, des immigrants musulmans qui l’ont regardé de travers et ont refusé d’avoir affaire avec lui. « J’ai des amis juifs à Paris qui envoient leurs enfants à l’école avec des gardes du corps », observe-t-il.
Köves personnifie la renaissance du judaïsme orthodoxe en Hongrie post-communiste. Né de parents juifs laïques et entièrement assimilés en 1979, il ne découvre ses racines juives qu’au début de son adolescence. Il décide alors qu’il veut « goûter au judaïsme véritable, sans compromis » et se met à étudier dans une yeshiva Loubavitch à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il devient ainsi le premier rabbin ultraorthodoxe de la Hongrie d’après-guerre, natif du pays.

Si l’antisémitisme est omniprésent en terre magyare, Köves considère cependant que le pays reste un refuge pour les juifs. « Il n’y a pas beaucoup d’endroits au monde où les juifs sont appréciés. La Hongrie ne fait pas exception. Mais ici, on n’a pas besoin d’avoir une stratégie de survie ou un plan de sortie », ajoute-il. « Le gouvernement hongrois peut parfois heurter la sensibilité juive, comme avec la construction de cette statue sur la place de la Liberté, mais je ne pense pas que le mémorial soit antisémite. Il est le symbole d’une identité nationale confuse et d’un récit national équivoque. »
« La Hongrie ne s’est jamais remise des décisions et actes criminels de ces cent dernières années », remarque Gábor Iványi. « La discrimination antijuive légalement mise en place en Hongrie a de loin précédé la prise de pouvoir du pays par les nazis », observe-t-il. « De nombreux Hongrois, dont des prêtres catholiques, se sont fait les complices zélés des massacres et des déportations. C’est une telle honte », soupire le pasteur. « Nous n’avons jamais vraiment répondu de nos crimes impardonnables envers nos compatriotes juifs. Nous ne pouvons pas continuer à mentir au monde et à nous-mêmes sur cette question. »

« Manque d’amour et indifférence »

« On peut comprendre que les juifs hongrois trouvent à redire face à cette réticence à affronter les faits », admet Köves, « mais je ne pense pas que le gouvernement soit antisémite. L’opposition juive implacable à la statue tient plutôt de la psychologie du traumatisme de la Shoah », postule le rabbin, titulaire d’un doctorat d’histoire d’une université hongroise. « Beaucoup de juifs hongrois dont les parents ont péri pendant la guerre ou survivants eux-mêmes, se sont entièrement assimilés et se considèrent comme hongrois à part entière. Aussi se sentent-ils trahis par l’attitude des Hongrois non juifs pendant la Shoah », note-t-il. « Beaucoup n’ont toujours pas digéré cette trahison. »

A son crédit, le Premier ministre Orbán a reconnu la complicité des Hongrois durant la Shoah au cours d’une allocution prononcée dans un cimetière juif à Budapest l’année dernière, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Le chef du gouvernement a qualifié la Shoah de « tragédie nationale pour la Hongrie » et insisté : « Nous avons fait preuve de manque d’amour et d’indifférence quand nous aurions dû leur porter secours. De très nombreux Hongrois ont fait le choix du mal au lieu du bien, de la honte au lieu de l’honneur. »

Cela dit, les Magyars peuvent encore rendre la tâche du pardon et de l’oubli difficile aux juifs du cru. Zsuzsa Solt, dont le père a survécu à la Shoah par miracle, distribue régulièrement, avec quelques-uns de ses amis, des plats cuisinés à la maison, aux nombreux sans-abri qui peuplent les rues du centre-ville de Budapest. Au cours de l’une de ses tournées, près du mémorial révisionniste, deux sans-abri l’ont saluée de manière inattendue au cri de « Heil Hitler ! ». Et de poursuivre en lui conseillant de « déménager à Auschwitz ». Zsuzsa Solt a été prise de court. « Je leur ai répondu que je voulais seulement les aider », se souvient la vieille dame. « Ils ont rétorqué qu’ils n’avaient pas besoin de mon aide. Et m’ont dit d’aller prendre une douche. » Une allusion sans doute aux douches des chambres à gaz. « Je sais que ce n’était que des mots », soupire Solt. « Mais l’histoire nous a appris que des mots terribles peuvent mener à des actes horribles. »

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