Le premier hôte d’Israël

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September 3, 2017 16:32

Rencontre avec Meron Reuben, le chef du protocole chargé d’organiser la visite des chefs d’Etat




Le premier hôte d’Israël

Réception des lettres de créance, avec l’ambassadrice de France en Israël. (photo credit:TWITTER)

Ceux qui suivent régulièrement l’actualité l’ont certainement déjà remarqué. Cet homme à l’expression joviale, assez corpulent, mais non moins fringant, qui accueille les dignitaires étrangers à leur descente d’avion en Israël, et lors de leurs rencontres avec le président Reouven Rivlin ou le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Il s’agit de Meron Reuben, le chef du protocole au sein du ministère israélien des Affaires étrangères.

Reuben, qui fête ses 56 ans ce mois-ci, est un familier du ministère. Il a été ambassadeur dans plusieurs pays d’Amérique latine, et a occupé pendant un an le poste d’ambassadeur par intérim aux Nations unies. Sa fonction actuelle fait de lui un homme très occupé, qui se doit d’être disponible 24 heures/24 et 7 jours/7. Il affirme travailler bien souvent plus de 20 heures par jour. Peu surprenant, dans ces conditions, qu’il ait eu tant de mal à trouver un créneau dans son emploi du temps pour m’accorder une interview. Finalement, celle-ci a eu lieu dans la voiture même du chef de protocole. Histoire de ne pas perdre de temps. Il semblait que le trajet de plus d’une heure jusqu’à sa destination serait largement suffisant au diplomate pour décrire en détail l’étendue de sa tâche, mais c’était sans compter les nombreux coups de téléphone qu’il a reçus provenant de différentes ambassades et de son propre ministère. A chaque appel, il mentionnait le fait qu’il n’était pas seul, signifiant à ses interlocuteurs qu’ils devaient être prudents quant à ce qu’ils disaient. Après qu’il ait géré en un temps réduit des problèmes très variés, nous avons terminé l’interview sur le chemin du retour.

Un homme très occupé


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Meron Reuben explique qu’à l’époque où les relations diplomatiques d’Israël avec le monde étaient beaucoup moins développées, le chef du protocole accompagnait toujours le président, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères lors de leurs déplacements à l’étranger. Mais depuis une vingtaine d’années, les visites de dignitaires étrangers se sont multipliées dans le pays ainsi que les voyages à l’étranger du chef de l’Etat et du chef de gouvernement. Dans ce contexte, il est devenu impossible pour le chef du protocole de s’occuper à la fois des visites internes et externes. Il a donc été décidé que celui-ci resterait désormais sur place, pour se concentrer sur le déroulement des visites des dignitaires étrangers.

La coordination qu’exige la visite d’un dirigeant étranger est impressionnante. Elle implique de vérifier tout d’abord les emplois du temps du président et du Premier ministre pour s’assurer qu’au moins l’un d’eux sera disponible à cette date. Il faut ensuite organiser les différentes étapes traditionnelles : visite à Yad Vashem, cérémonie de plantation d’arbre en collaboration avec le KKL, dîner à la résidence du président ou à celle du Premier ministre, visite de centres d’intérêt tels que des start-up, l’Institut Volcani, les hôpitaux traitant les blessés syriens, l’Institut Weizmann, le Technion, différentes universités, les centrales de dessalement de l’eau ou les musées. Il faut en outre prévoir une rencontre avec les expatriés originaires du pays du visiteur, organiser des réunions de travail, la visite de certaines villes comme Sderot à la frontière avec Gaza, ou d’autres, jumelées avec des agglomérations du pays du visiteur. Et plus encore si le temps de séjour le permet, ou si les enjeux concernant la coopération entre les deux nations l’exigent. L’ensemble de ces déplacements doit par ailleurs être coordonné avec l’ambassade du pays d’origine du visiteur, la police, l’armée dans certains cas et bien entendu, le personnel travaillant dans les institutions visitées. Soit un véritable casse-tête, qui implique souvent des changements de dernière minute, et nécessite une petite dose de miracle pour que tout semble finalement se dérouler facilement et naturellement. Ses succès, Meron Reuben les attribue à sa petite équipe qui travaille dans l’ombre et ne reçoit que rarement les éloges qu’elle mérite. D’où leur surnom de « héros méconnus », donné par le chef du protocole.

Relation étroite avec les ambassadeurs

Outre l’accueil dû aux visiteurs étrangers, le chef de protocole est la première personne à saluer les nouveaux ambassadeurs lors de leur arrivée dans le pays, et à recevoir une copie de leurs lettres de créance. Il y a en Israël 88 ambassadeurs résidents, 13 consuls généraux, et plus de 25 ambassadeurs non résidents qui visitent le pays plusieurs fois par an. La période d’exercice d’un ambassadeur se situe selon les pays entre deux et quatre ans, mais certains restent en poste pour des périodes plus courtes ou plus longues. Le département du protocole délivre des cartes d’identité diplomatiques à chacun des diplomates, et aide à la création d’une ambassade le cas échéant. Le chef du protocole se doit de se souvenir de leurs noms, de leurs visages et connaître leurs antécédents.

Il accompagne personnellement les nouveaux ambassadeurs lorsqu’ils présentent leurs lettres de créance au président, et assiste au vin d’honneur, cette réception au cours de laquelle chaque nouveau chargé de mission rencontre ses homologues des autres ambassades, les consuls honoraires, les dirigeants des chambres de commerce binationales, des universitaires engagés dans la recherche aux côtés de leurs homologues issus de son pays d’origine, mais aussi des expatriés et des députés.

Le service de Meron Reuben est divisé en quatre départements : celui du protocole qui confère l’immunité et les privilèges dus aux diplomates, le département officiel des invités, le troisième chargé de la rédaction de la correspondance officielle, des discours et des procès-verbaux, et le dernier qui gère les différentes tâches administratives et le budget. Bien que le budget du ministère des Affaires étrangères ait été réduit, celui du bureau du protocole demeure relativement stable, car il doit gérer un grand nombre de visites officielles, celles des rois et chefs d’Etat, aussi bien que celles des chefs de gouvernement, ministres, secrétaire général des Nations unies, sénateurs et membres du congrès américain, ainsi que celle du pape. Le service accompagne aussi ces personnalités lors de leurs visites privées dans le pays.

Les consuls honoraires vivant en Israël rencontrent leurs homologues israéliens en novembre, à l’occasion d’une conférence trisannuelle, qui représente une occasion de les remercier pour le rôle significatif qu’ils jouent dans la promotion des relations bilatérales. Le bureau du président, celui du Premier ministre ainsi que la Knesset possèdent aussi leur propre département du protocole, avec lesquels le ministère des Affaires étrangères est constamment en liaison. L’année dernière, près de 350 personnalités étrangères officielles ont visité le pays.

Paré à toutes les situations

Le chef du protocole est un mélange d’oracle de Delphes et de mur des Lamentations, qui doit faire face à des situations qui dépassent parfois le cadre de ses fonctions officielles. Il est aussi celui à qui la communauté diplomatique s’adresse en cas de problèmes personnels ou d’infractions. Cela inclut entre autres les infractions au code de la route, les accidents, les querelles familiales, les conduites sexuelles inconvenantes et la contrebande. Cela peut être très éprouvant pour les nerfs lorsque l’immunité diplomatique se met en travers du respect de la loi, comme lors de conduites en état d’ivresse. Dans ce cas, la police peut arrêter la voiture, mais n’a pas le droit de pénétrer à l’intérieur, ou de soumettre le conducteur à un test d’alcoolémie à moins d’avoir reçu l’accord exprès de l’ambassade. L’immunité diplomatique a le plus souvent le dernier mot, dit Reuben, et rares sont les cas où un diplomate qui viole la loi est expulsé par le pays hôte, ou rappelé par son pays d’origine. Le chef du protocole se dit particulièrement troublé par les nombreux cas d’incidents liés à la contrebande ces dernières années.

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