L'accord signé il y a un an entérine la fin du monopole gazier

L’exploitation des gisements offshore israéliens augure de nombreux bénéfices économiques et géopolitiques pour l’Etat juif

By AMIR FOSTER
December 18, 2016 16:47
Plateforme gazière israélienne en Méditerranée

Plateforme gazière israélienne en Méditerranée. (photo credit: REUTERS)

L’accord sur le gaz entériné il y a un an a par le gouvernement israélien mis fin au gel dû en grande partie à l’incertitude régulatoire qui a longtemps prévalu dans le secteur gazier. Depuis, les activités d’exploitation de la manne énergétique se sont accélérées de façon drastique.

Une manne économique

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Le consortium qui s’est vu confier l’exploitation du gisement Leviathan a débloqué 120 millions de dollars pour financer les plans détaillés des prochains travaux de développement du champ gazier qui, une fois approuvés par les autorités, ont permis la signature de contrats destinés à vendre le gaz sur le marché local. Autre tournant majeur intervenu le 6 décembre : le feu vert du gouvernement à la vente des gisements de Karish et Tanin à la compagnie grecque Energean Oil & Gas, qui espère pouvoir exploiter le gaz dès 2020.

Le contrat signé entre cette dernière et deux filiales du groupe Delek, jusqu’alors détentrices des réservoirs, porte sur un montant de 148 millions de dollars. Comme stipulé dans l’accord, Energean devra s’acquitter de redevances provenant de la vente du gaz envers les deux firmes israéliennes. Cette avancée constitue la première mise en œuvre concrète de
l’accord conclu entre le gouvernement israélien et le consortium Delek qui s’était engagé à vendre ces deux champs. Elle est particulièrement significative pour le marché du gaz israélien car elle va permettre l’émergence d’une véritable concurrence, ouvrant la voie à la compétitivité des prix. Soit une très bonne nouvelle pour les consommateurs. La transaction a été largement saluée par le ministre de l’Energie Youval Steinitz qui voit là une « étape décisive dans le démantèlement du monopole gazier ». Dans la foulée, ce dernier a annoncé des mesures drastiques afin de réduire le nombre de centrales à charbon en faveur de la production d’électricité à partir du gaz naturel. Autre point important : Israël s’apprête à autoriser la reprise de l’exploration de ses fonds marins afin de détecter de nouveaux gisements. 24 licences devraient être accordées au terme de l’appel d’offres.

Accord historique

S’il est un bienfait pour l’économie locale, le gaz est également au cœur du récent rapprochement de l’Etat juif avec ses voisins. En septembre dernier, Israël et la Jordanie ont conclu un accord d’exportation historique d’un montant de 10 milliards de dollars. Ce traité est absolument vital pour le royaume hachémite qui ne dispose pratiquement d’aucune ressource naturelle et qui se voit donc contraint d’importer 97 % de son énergie. Avant 2003, la consommation de gaz en Jordanie, basée sur la très faible production locale, était relativement négligeable. Mais à partir de cette date, l’approvisionnement auprès de l’Egypte a permis au royaume de révolutionner sa production électrique en faisant du gaz sa principale source d’énergie : en 2009, 91 % de son électricité provenait du gaz naturel, faisant passer la part de celui-ci dans la consommation énergétique du pays à 40 %.

Mais en 2010, plus de six ans après la signature de l’accord d’exportation entre Amman et Le Caire, les premiers signes d’une crise énergétique ont commencé à se faire sentir. A l’époque, Moubarak exerçait encore son contrôle sur l’Egypte et le régime a commencé à réduire son approvisionnement en raison de problèmes techniques. A partir de 2011, à la suite d’attaques terroristes répétées contre le pipeline transportant le gaz vers la Jordanie (et vers Israël), l’acheminement de gaz égyptien en Jordanie a enregistré une chute continue jusqu’en 2014 où il a pratiquement cessé. Cette année-là, la part du gaz naturel dans la production électrique du royaume est passée à 7 %. Les espoirs d’Amman de voir son fournisseur reprendre l’approvisionnement ont fini par s’évanouir avec l’avènement d’une crise énergétique majeure en Egypte, due à la réduction de sa capacité de production couplée à une augmentation de la demande locale.

Les conséquences ont été très lourdes pour la Jordanie qui s’est retrouvée dos au mur. Le pays a dû recourir à l’utilisation de produits pétroliers onéreux afin de produire son électricité, augmentant drastiquement le prix à payer en matière énergétique. Les chiffres sont éloquents. Alors qu’en 2009 ces dépenses représentaient 11,3 % du PIB jordanien, en 2012 cette part était de 21,1 %, soit un doublement en trois ans. A tel point que le gouvernement jordanien a dû se tourner vers le Fonds monétaire international qui a consenti à lui octroyer un prêt de deux milliards de dollars pour l’aider à faire face. Conséquence : la dette du pays qui était de 57 % du PIB en 2009 est passée à 81 % en 2014.

Quand la Jordanie a compris qu’il lui fallait renoncer au gaz égyptien, elle a commencé à chercher des alternatives. Les contacts avec Israël ont débuté en 2011 et ont abouti trois ans plus tard à la signature d’un mémorandum de compréhension entre les deux pays.

Cependant, face à l’absence de certitude régulatoire et au gel du secteur gazier israélien fin 2014 – après la décision du commissaire antitrust de l’époque de s’opposer à l’accord avec les consortiums gaziers –, la Jordanie a repris ses prospections. En 2015, le royaume hachémite a ainsi mené des négociations avec Chypre, l’Algérie, le Qatar et même l’Irak, sans que celles-ci n’aboutissent à un accord formel sur le long terme. Puis, à l’aune de l’approbation de l’accord gazier par le gouvernement Netanyahou, la Jordanie a décidé de revoir l’option israélienne. Il était évident que l’importance des gisements et la proximité de l’Etat juif en faisaient, de loin, le fournisseur idéal. Le partenariat signé dernièrement entre les sociétés exploitantes de Leviathan et NEPCO, la compagnie d’électricité jordanienne, porte sur un approvisionnement de gaz sur 15 ans pour un total de 45 milliards de mètres cubes, avec possibilité d’accroître la quantité. Ce contrat d’un montant estimé à 10 milliards de dollars devrait prendre effet fin 2019. En attendant, les Jordaniens importent du gaz naturel liquéfié (GNL) depuis les usines de traitement égyptiennes du port d’Aqaba mises en service l’année dernière.

Prochains clients

D’autres pays de la région font état de changements dans leur situation énergétique. C’est le cas de l’Egypte dont le marché, comme on l’a vu, est en pleine crise ; la situation est telle que certains observateurs s’accordent à dire que les dernières découvertes de gaz dans le pays, et parmi elles l’énorme réservoir Zohr, ne suffiront pas à satisfaire les besoins des usines de traitement afin de produire du GNL. A la lumière de ces difficultés, deux lettres d’intention ont été signées par Le Caire avec Israël l’année dernière, l’une portant sur l’acheminement de gaz jusqu’aux usines de traitement d’Aqaba, et l’autre sur l’approvisionnement du marché égyptien.

La Turquie, enfin, est l’autre grand client potentiel d’Israël. Comme en Jordanie, les très faibles ressources naturelles du pays font que 99,5 % du gaz qu’il consomme est importé. 85 % des réserves turques sont acheminées via des gazoducs et 15 % provient de gaz liquéfié. Les problèmes énergétiques d’Ankara sont d’autant plus critiques que son principal fournisseur est la Russie, suivie par l’Iran, deux pays avec lesquels il entretient des liens particulièrement tendus, surtout depuis le début du conflit en Syrie. Dans ce contexte, il est fort compréhensible que la Turquie cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en se tournant notamment vers Israël dont elle s’est rapprochée ces derniers mois.

Plus de deux décennies après la signature de l’accord de paix israélo-jordanien, les deux pays ont signé un autre accord historique dans le domaine de l’énergie. C’est bien la preuve qu’au-delà des bénéfices directs de l’exploitation du gaz sur l’économie de l’Etat juif, celle-ci permet également d’ouvrir une nouvelle ère dans ses relations de voisinage, laissant entrevoir la possibilité d’une stabilité régionale.

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