Les imbroglios de la prise d’otages

On peut penser que la prise des 3 otages a permis au gouvernement de porter lourdement atteinte au Hamas.

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July 8, 2014 12:30
La prise d'otages était le fait du Hamas.

Les Renseignements israéliens sont arrivés à la conclusion que la prise d'otages était le fait du Hamas.. (photo credit: REUTERS)

Le fait que les trois Israéliens capturés le 12 juin en Judée-Samarie aient été des étudiants de yeshiva, issus de familles dites du « camp nationaliste », était plutôt favorable pour la coalition gouvernementale.

Durant les 18 jours de captivité jusqu’au tragique dénouement, les familles, d’une retenue exemplaire, ont exprimé leur soutien aux actions du gouvernement. Un comportement aux antipodes des vociférations et exigences hystériques d’autres familles d’otages – pour la plupart laïques – de ces 30 dernières années, Yosef Grof, Ron Arad, Eldad Regev, Oudi Goldwasser et, plus récemment, Guilad Shalit. On peut certainement voir là le reflet de divisions profondes en Israël, qu’elles soient culturelles, politiques ou morales, et de différences de perception et d’attitude en ce qui concerne les valeurs humaines et nationales.

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C’est ce climat relativement tranquille qui a donc permis à l’armée et au service de Sécurité intérieure (le Shin Bet) d’opérer en Judée-Samarie, et plus particulièrement dans la région de Hébron, avec le sentiment (erroné) d’avoir tout leur temps.

Les 3 circuits du Shin Bet

Dès le début de la prise des trois otages, le Shin Bet et Tsahal ont investi d’énormes efforts pour accéder à des informations fiables en temps réel. Et les bureaux du Renseignement ont utilisé toutes leurs ressources pour en collecter – tant des renseignements humains (humint) que des renseignements par signaux ou communication (sigint et comint).
L’opération a fait intervenir trois circuits de renseignements, dans le but d’assembler toutes les pièces du puzzle.

L’un des circuits se basait sur les informations fournies par des agents et des collaborateurs palestiniens activés par des officiers du Shin Bet. Pour savoir s’ils avaient entendu quelque chose, ou remarqué si quelqu’un n’était pas venu prier à la mosquée les jours précédant l’incident, si quelqu’un avait subitement disparu de leur voisinage ou de leur village, acheté des médicaments inhabituels ou fait l’acquisition d’une voiture. Des questions somme toute banales, mais susceptibles d’apporter du nouveau.

Le deuxième circuit reposait sur l’interrogation de membres du Hamas, dont environ une centaine est en état d’arrestation à la suite de la prise d’otages.
Le troisième était technologique : téléphones, fax, Internet. Les courriers électroniques et les discussions en ligne étaient interceptés et, si nécessaire, décodés. Un énorme volume de données a ainsi été rassemblé, dont une partie provenait des informations trouvées dans la voiture retrouvée brûlée, qui a servi à transporter les victimes.

Sans citer leurs sources, les Renseignements israéliens sont arrivés à la conclusion que la prise d’otages était le fait du Hamas. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou s’est alors empressé d’accuser publiquement le Mouvement palestinien islamique qui gouverne à Gaza et bénéficie d’une base solide dans la région de Hébron. Les leaders militaires du Hamas, à Gaza et ailleurs, n’ont jamais laissé le moindre doute quant à leur préférence pour la prise d’otages comme stratégie opératoire, et ont toujours fermement encouragé leurs adeptes à la pratiquer autant que faire se peut.

Echanges asymétriques

De fait, au cours des 18 derniers mois, le Shin Bet a déjoué plus de 50 tentatives de kidnapping du Hamas et du Djihad islamique palestinien pro-iranien.

Les mouvements terroristes palestiniens se sont aperçus que la meilleure méthode pour libérer leurs complices enfermés dans les prisons israéliennes était de kidnapper des soldats ou des civils israéliens, et de les garder en otages. De même que pour Israël où, bien plus que dans n’importe quel pays occidental, le sort des otages devient aussitôt une tragédie nationale, la détention de milliers de terroristes est ressentie douloureusement dans la société palestinienne. Les précédents mentionnés plus haut ont donné raison au point de vue palestinien. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont cédé à la pression des familles soutenues par une presse à sensation irresponsable, et ont accepté des échanges asymétriques.

En voici quelques exemples. En 1985, Israël relâche près de 1 000 terroristes en échange de trois soldats retenus par un groupe palestinien pro-syrien dirigé par Ahmad Jibril. Dans les années quatre-vingt-dix, des dizaines de terroristes sont relâchés, en échange de corps de soldats retenus par le Hezbollah. En 2004, plus de 100 terroristes sont échangés contre le trafiquant de drogue Elhanan Tenenboïm et les corps de trois soldats retenus par le Hezbollah. Puis, en 2011 a eu lieu le pire accord d’échange : 1 027 terroristes relâchés en échange de Guilad Shalit, kidnappé 5 ans auparavant par le Hamas, du côté israélien de la frontière avec Gaza.

Une impression de déjà-vu

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, avec le recul, on peut se dire que l’opération de recherche massive, initialement orientée vers l e sauvetage des jeunes otages, s’est peu à peu transformée en campagne punitive contre les infrastructures du Hamas en Judée-Samarie. 35 terroristes relâchés lors de l’accord Shalit ont été à nouveau arrêtés, et les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation de 300 activistes du Hamas, dont des responsables politiques. Hôpitaux, écoles, maisons de culture et de sport ont été fouillés et les comptes en banque confisqués. Hébron et les villes et villages environnants ont été fermés par les militaires, pour aboutir presque à un couvre-feu. Des dizaines de milliers d’ouvriers et d’hommes d’affaires se sont vu refuser l’entrée en Israël, ainsi que l’autorisation de quitter le territoire.
Une impression de « déjà-vu ». En 2007, après la prise de pouvoir militaire du Hamas à Gaza, et l’évincement du régime de l’Autorité palestinienne (OLP), Israël avait adopté des mesures similaires – arrestations, confiscation de liquidités, fermetures de bureaux – dans le but d’affaiblir le Hamas et de renforcer l’OLP. Mais si cela n’a pas marché alors, pourquoi cela marcherait-il aujourd’hui ?

Cette vaste opération de libération provoque une autre impression, dirigée celle-là vers le public israélien, à savoir que l’on cherche à démontrer à quel point ses dirigeants politiques et militaires sont à même d’entreprendre des actions décisives. Il n’y a qu’à compter le nombre extravagant d’apparitions télévisées de Netanyahou, du ministre de la Défense Moshé Yaalon, ainsi que d’autres, en compagnie de soldats sur le terrain. Le téléspectateur a été abreuvé de clichés sur « le besoin de combattre le terrorisme », on lui a révélé des détails mineurs sur l’opération militaire, mais sans jamais aborder les questions importantes comme : Que veut Israël veut réellement ? Quelle est la stratégie israélienne ? Y a-t-il une telle stratégie ?

Quelle est la stratégie d’Israël ?

Car ce qui se passe en coulisses est réellement compliqué, et implique trois protagonistes : Israël, le Hamas et l’Autorité palestinienne. Après avoir commencé par fustiger le chef de l’AP Mahmoud Abbas, Netanyahou s’est empressé d’échanger des messages d’apaisement, en lui demandant d’offrir son aide pour « ramener les enfants à la maison ». Abbas a alors accepté, en donnant à ses services de sécurité l’ordre d’accroître la coordination et les efforts de recherche avec leurs homologues israéliens, tout en sachant que cette coopération existe déjà depuis deux ans sur le mode clandestin. Ce sont les services de sécurité de l’Autorité qui calment la rue palestinienne et empêchent une confrontation avec l’armée israélienne.

Abbas est allé jusqu’à dénoncer le kidnapping au sommet de la Ligue arabe en Arabie Saoudite. Par contre, il oppose pour l’instant un refus à Binyamin Netanyahou de dissoudre le gouvernement d’union nationale entre l’AP et le Hamas. Pourtant, des personnalités officielles de l’AP prévenaient alors que si le Hamas devait être tenu pour responsable du kidnapping, l’alliance déjà fragile entre les deux factions rivales du camp palestinien cesserait d’exister.

Mais puisque le Hamas est derrière l’enlèvement et qu’Israël apporte maintenant la fameuse preuve irréfutable propre à entraîner la dissolution de la coalition Hamas-AP, cela va-t-il pour autant conduire le gouvernement israélien à retourner à la table des négociations et à être prêt à faire de réelles concessions pour la paix ? Il est plus que probable que la réponse sera négative, et ceci nous renvoie à la question de la stratégie. Netanyahou et son cabinet semblent chercher à démanteler le Hamas et forcer l’AP et Abbas à se mettre à genoux et devenir les marionnettes d’Israël.

Cette politique montre à quel point les leaders israéliens ont une vue à court terme. Les événements régionaux récents, comme la montée de l’islam djihadiste inspiré par la notion de guerre sainte contre les infidèles selon Osama Ben Laden, avec Israël en tête de liste, devraient leur servir d’avertissement.
Si Israël refuse de négocier de bonne foi et de faire des compromis avec l’Autorité palestinienne modérée, il risque de se retrouver confronté à des ennemis autrement plus dangereux et intransigeants, comme le Hamas ou la version palestinienne de al-Qaïda. u


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