Négociations : J-6 mois

Trois mois ont passé, les négociateurs n’en ont plus que 6 devant eux. Quels scénarios pour le jour d’après ? Analyse.

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November 5, 2013 14:35
Le Secrétaire d'Etat américain John Kerry et le Président Mahmoud Abbas à Ramallah, juillet 2013

P6 JFR 370. (photo credit: Reuters)

Trois mois. Le 29 juillet dernier, négociateurs israéliens et palestiniens se rencontraient à Washington pour relancer les discussions, après plus de 3 ans de silence. Les pourparlers devaient s’étendre sur 9 mois. Avec un tiers du temps écoulé, il est donc légitime de faire un premier bilan. Légitime, mais difficile car personne, ou presque, ne sait où on en est.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a été clair : il est le seul à s’exprimer sur l’état des négociations, lui qui a eu tant de mal à les relancer. Les chances de succès, avait-il martelé, seront proportionnelles à l’éloignement des caméras. Les échanges pourront être fructueux si, et seulement si, les négociateurs ne sont pas obligés de se prêter au jeu des commentaires après chaque rencontre. Il est donc le seul interlocuteur des médias.

Reste qu’il n’a pas dit grand-chose depuis, au-delà des traditionnelles platitudes sur la nécessité de faire la paix et le courage dont ont fait preuve le Premier ministre Binyamin Netanyahou et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en se réengageant dans un processus dont beaucoup n’attendent plus rien.

Silence radio


Israël a relâché sa seconde fournée de terroristes la semaine dernière, portant le nombre de détenus palestiniens libérés à 52. Mais les Israéliens – dont certains sont stupéfaits que ces meurtriers aient retrouvé la liberté – n’ont aucune idée des objectifs desservis par ce geste diplomatique. Pas plus qu’ils ne savent où et quand les délégations se rencontrent. 14 sessions de pourparlers ont déjà eu lieu sans aucune annonce officielle.

Kerry doit ainsi arriver cette semaine pour rencontrer Netanyahou et Abbas, mais impossible de savoir s’il se déplace parce que les négociations sont dans l’impasse (il a déjà rencontré les deux dirigeants en octobre lors d’une tournée européenne), s’il souhaite mettre une proposition américaine sur la table ou s’il vient simplement féliciter les deux camps pour leur travail.

Il y a quelques jours, un haut responsable américain déclarait, sous couvert d’anonymat, que le succès de ces négociations lui paraissait envisageable car Kerry, rompu aux tactiques politiciennes, comprenait les besoins politiques de Netanyahou et d’Abbas et savait que tous deux se doivent de rapporter quelque chose de tangible à leurs publics respectifs. C’est ce qui a d’ailleurs permis, poursuivait l’Américain, de relancer les pourparlers en juillet : Israéliens et Palestiniens ont alors chacun eu le sentiment d’obtenir quelque chose. Netanyahou était satisfait de voir Ramallah retourner aux pourparlers tout en ayant abandonné l’exigence d’un gel des implantations, et Abbas pouvait se targuer d’avoir obtenu la libération anticipée de 104 détenus. Mais quant à ce qui se passe vraiment dans la salle des négociations : silence radio.

D’ailleurs, en dépit des efforts américains, l’ambiance autour de la table est – pour le moins – difficile. Par exemple, les prisonniers libérés par Israël la semaine dernière ont été accueillis, et c’était prévisible, en héros à Ramallah. Cependant, fêter un homme qui a massacré à la hache Isaac Rotenberg, 67 ans, survivant de la Shoah ; un autre qui a tué Tzvi Klein, 42 ans, tandis qu’il rentrait chez lui en voiture avec sa fille pour allumer les bougies de Hanoucca ; ou encore un autre qui a assassiné Revital Seri et Ron Levy, deux étudiants de 23 ans partis en excursion dans les montagnes de Jérusalem, n’est pas prêt de rebâtir la confiance israélienne envers les Palestiniens.

Et comme l’a déclaré le porte-parole du Netanyahou, Mark Regev, peu après la libération : « Au lieu de condamner le terrorisme, ils fêtent les terroristes. J’aimerais demander aux Palestiniens quel genre de message nous font-ils parvenir en célébrant leurs assassins, en les hissant sur des piédestaux. Quel genre de message transmettent-ils à la jeunesse palestinienne en faisant des héros de ces gens-là. » Pire encore, ces célébrations ont eu lieu alors qu’une nouvelle vague de terrorisme palestinien a fait 3 morts israéliens, et plusieurs blessés, dont une petite fille de 9 ans, le mois dernier.

Et si les négociations allaient si bien que cela, l’Etat hébreu n’aurait certainement pas annoncé de nouvelles constructions à Jérusalem-est comme en Judée-Samarie, au-delà de la clôture de sécurité et des blocs d’implantation. Interrogé sur les mérites d’une telle annonce alors que les négociations sont en cours, un membre du gouvernement a répondu : « Ce ne sont que des plans préliminaires pour l’instant, mais cela nous laisse le choix ».

Terrorisme ou campagne médiatique ?


De fait, tandis que les pourparlers entament leur 4e mois, les deux camps se préparent à l’éventualité d’un échec. Toujours la semaine dernière, Kol Israël annonçait qu’Abbas avait adouci sa position sur un accord intérimaire et serait prêt à en accepter un au cas où tout ne serait pas résolu à la fin du mois d’avril (la fin officielle des pourparlers est fixée au 29). Les Palestiniens se sont dépêchés de démentir, le secrétaire général de l’OLP Yasser Abed Rabbo déclarant qu’aucun accord comprenant un Etat palestinien aux frontières temporaires ne serait signé. Reste que, du côté des Israéliens, on assurait en coulisses qu’à Washington, comme à Jérusalem et à Ramallah, on comprend fort bien qu’il ne faudrait pas rester dans le « tout ou rien », au cas où un accord définitif n’était pas atteint. Un traité pourrait, par exemple, être signé dans lequel un Etat palestinien serait reconnu tout en laissant les sujets explosifs – Jérusalem et les réfugiés – de côté.

Que se passerait-il, cependant, en cas d’échec réel ? D’aucuns prédisent une troisième Intifada. Mais ce scénario n’est pas très vraisemblable pour Tsahal et d’autres sources diplomatiques officielles, essentiellement parce que la situation économique palestinienne est bien meilleure qu’il y a 10 ans et que de moins en moins de Palestiniens ont envie de tout perdre pour se lancer dans une énième guérilla contre Israël.

En revanche, l’alternative est jugée bien plus vraisemblable : une campagne médiatique et diplomatique afin que la communauté internationale impose une solution à Jérusalem.

Ces 20 dernières années, depuis les accords d’Oslo, les Palestiniens ont adopté différentes tactiques pour atteindre leur objectif déclaré, à savoir un Etat palestinien dans toute la Judée-Samarie, la bande de Gaza, Jérusalem pour capitale et un droit de retour.

La nouvelle stratégie d’Arafat


En 1993, Yasser Arafat comprenait que son peuple ne parviendrait pas à ses fins en détournant des avions ou encore en jetant des Juifs par-dessus bord. Il se lance alors dans une nouvelle stratégie : les négociations. Après Oslo, le voilà à Camp David en 2000. Mais il déchante une nouvelle fois, car ce que lui offre le plus à gauche des Premiers ministres israéliens, Ehoud Barak, n’arrive pas à la cheville de ce qu’il entend accepter. Le voilà face à un nouveau dilemme : réduire ses exigences ou adopter une nouvelle tactique ? Arafat opte pour le second choix. En septembre 2000, 2 mois après le sommet de Camp David, la seconde Intifada, une guerre terroriste, est déclarée contre Israël. Le raisonnement semble être le suivant : si on ne peut obtenir de l’Etat hébreu ce que l’on veut par la négociation, tentons la voie terroriste pour le forcer à reculer. Une nouvelle stratégie qui se révèle un échec : Tsahal tord le cou à la seconde Intifada.

Les objectifs palestiniens ne changent pas, mais ni les négociations ni le terrorisme ne leur permettent d’aboutir. C’est alors qu’intervient Abbas avec la 3e solution : faire intervenir la communauté internationale et imposer une solution à Israël. Ce qu’il fait pendant plus de 10 ans : lancer une guerre diplomatique, pousser l’Occident à faire pression sur les Israéliens, obtenir la reconnaissance d’un Etat palestinien au Conseil de sécurité de l’ONU, à l’Assemblée générale, à l’Unesco, partout où il le peut. Abbas œuvre à une campagne de dénigrement international, espérant enfin glaner ce qu’il veut.

C’est probablement la voie qu’il choisira à nouveau si rien n’était signé en avril prochain. Il en pose d’ores et déjà les jalons, lui qui a activement plaidé auprès de l’Union européenne pour qu’elle ne renonce pas à sa circulaire sur les implantations le mois dernier.

Cette mesure, si elle entrait en vigueur, empêcherait toute coopération entre Israël et l’UE à Jérusalem-est, dans les territoires de Judée-Samarie et sur le plateau du Golan. Un aperçu, sans doute, de l’idée que se fait Abbas d’un futur accord israélo-palestinien.

Ce « jour d’après » les négociations va vite arriver : dans 6 mois. Et il semble de plus en plus qu’il s’agira d’une journée, suivie de semaines et de mois, passés à batailler sur le front diplomatique international.



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