Reprise des négociations : le coeur y est-il ?

Après d’intenses efforts américains, les négociations israélo-palestiniennes doivent reprendre cette semaine. Pourront-elles réussir alors que le pessimisme domine ?

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July 23, 2013 15:43
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Le Premier ministre Binyamin Netanyahou et le chef de l'AP Mahmoud Abbas, en 2010.

P4 JFR 370. (photo credit: Lior Mizrahi / Reuters)


Retour en arrière. Le 1er septembre 2010, le président américain Barack Obama, le Premier ministre Binyamin Netanyahou, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le président égyptien d’alors Hosni Moubarak et le roi de Jordanie Abdullah II étaient réunis dans la roseraie de la Maison Blanche pour annoncer le retour à des pourparlers directs entre Israéliens et Palestiniens, pour la première fois en 2 ans.
Obama avait alors défini le rôle que s’assignaient les Américains : « Nous serons un participant actif et assidu. Nous soutiendrons ceux qui sauront faire des choix difficiles au nom de la paix. Mais, soyons clairs : les Etats-Unis ne peuvent pas imposer une solution. Nous ne pouvons pas vouloir cette paix davantage que les parties elles-mêmes ». Clairement énoncée, cette idée était déjà partagée par les administrations Bush et Clinton : en dépit de toute sa bonne volonté, Washington ne saurait forcer Israéliens et Palestiniens à signer un traité de paix. 

L’actuel secrétaire d’Etat John Kerry semble, lui, d’un autre avis. Pour lui, pas de refus qui tienne. Les deux camps vont devoir se parler, même s’ils ne le souhaitent pas eux-mêmes. Ce qui semble être le cas. A Jérusalem, d’éminents membres de la coalition, tels que HaBayit HaYehoudi, des ministres du Likoud, et Israël Beiteinou, ne cachent pas leur opposition à la création d’un Etat palestinien. Du côté de Ramallah, des responsables de l’OLP et du Fatah se réunissaient jeudi 18 juillet, veille de l’annonce officielle de reprise, pour décliner le plan de Kerry. Mais le diplomate ne se l’est pas tenu pour dit. Avec force de colère et de soupirs, il a réussi à ramener les Palestiniens à la table des négociations, vendredi. Et la communauté internationale d’applaudir. 

Questions sans réponse

Reste aujourd’hui à savoir s’il est bon, ou même utile, de forcer les parties à faire un pas qu’elles ne souhaitent pas, ou pour lequel elles ne sont pas prêtes. Ici encore, l’Histoire nous éclaire. Robert Malley, était présent du côté américain lors du fiasco du sommet de Camp David, en juillet 2000. Sommet au cours duquel il est clairement apparu que l’offre la plus généreuse du Premier ministre de gauche d’alors, Ehoud Barak, n’avait su satisfaire les exigences minimales du chef de l’AP de l’époque, Yasser Arafat. 
L’année suivante, Malley a corédigé un essai, aujourd’hui célèbre, s’attelant à réfuter l’idée répandue selon laquelle Arafat était responsable de l’échec de Camp David. Selon lui, Clinton et Barak sont également à blâmer pour des erreurs tactiques. Comme celle d’imposer le sommet à Arafat alors qu’il n’en voulait pas. « Le 15 juin », écrit Malley, « lors de sa dernière entrevue avec Clinton, Arafat s’était montré clair : les négociations n’avaient pas avancé, Barak n’avait pas appliqué les accords préliminaires et détenait toutes les cartes en main. Il déclara donc à la secrétaire d’Etat Madeleine Albright que le sommet n’aurait pour résultat que de tout faire exploser au visage du président. Mais si le sommet n’avait pas lieu, il resterait au moins de l’espoir. Le sommet est notre dernier espoir, voulez-vous vraiment le détruire ? s’était exclamé Arafat ». Et le diplomate de conclure : « Au bout du compte, Arafat s’est rendu à Camp David, afin de ne pas s’attirer les foudres américaines. Mais dans l’optique d’y survivre et non d’en bénéficier ». 

Et si les deux camps n’étaient pas prêts ? 

Aux yeux de beaucoup, c’est l’échec de Camp David qui a entraîné la seconde intifada. Aujourd’hui, en observant les efforts de Kerry, on ne peut s’empêcher de penser, en particulier après que l’OLP ait commencé par dire non, que comme Arafat avant lui, Abbas s’y rendra surtout pour ne pas provoquer la colère des Américains. Mais alors, quelle suite espérer ? Que se passera-t-il lorsque les délégations réunies autour de la table se cogneront-elles inévitablement au mur invisible qui les empêche de progresser depuis des années ? Et si le type d’Etat que Netanyahou est disposé à accorder aux Palestiniens – démilitarisé, privé des blocs d’implantations, foyer unique de tous les réfugiés et leurs descendants, avec un contrôle israélien sur le Kotel et une présence israélienne le long du Jourdain – n’est pas le type d’Etat que les Palestiniens sont prêts à accepter ? Et si les pourparlers échouaient de nouveau ? Comme l’avait dit Arafat à Albright : « S’il n’y a pas de sommet, il reste au moins de l’espoir ». En d’autres termes : il vaut mieux parfois ne pas poser les questions dont on redoute les réponses. Et si en réalité, pour une infinité de raisons allant des bouleversements régionaux au dédoublement de l’entité palestinienne (Fatah vs. Hamas), en passant par la barre à droite du gouvernement israélien, les conditions n’étaient actuellement pas réunies pour atteindre un accord définitif ? En avril 2002, un autre Américain, Dennis Ross, négociateur en chef à Camp David, était interrogé par la chaîne Fox News sur les raisons qui ont, à ses yeux, poussé au refus d’Arafat. Le diplomate de répondre : « Je crois que fondamentalement Arafat ne peut pas mettre un terme au conflit. Car toute sa vie, il s’est engagé dans la lutte, au service d’une cause. Pour lui, mettre un terme au conflit, c’est en réalité mettre un terme à ce qu’il est », concluait Ross. Des propos qui valent tout autant, quoique dans une moindre mesure, pour Abbas aujourd’hui. A 78 ans, souhaite-il être retenu par l’Histoire comme le dirigeant palestinien qui aura mis un point final aux aspirations maximalistes des Palestiniens, y compris le droit des réfugiés et de leurs descendants de revenir dans l’Israël d’avant 1967 ? Et quand bien même il le voudrait, son peuple, dont le Hamas compose près de la moitié, le souhaite-il aussi ? Alors que tout le monde traîne des pieds, Kerry est applaudi dans le monde entier pour avoir réussi à ramener les parties autour de la table. Mais ce qui est bon pour les Etats-Unis et leur statut régional l’est-il autant pour les Israéliens et Palestiniens ? Réponse dans les mois à venir.




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