Antisémitisme, quand tu nous tiens…

Selon l’auteur, l’antisémitisme et la haine d’Israël sont deux volets d’un même désir (obscur) de génocide.

By JOSEPH STRICH
June 4, 2013 13:48
C. Berger, "Pourquoi l'antisémitisme ?", éditions de Paris Max Chaleil, 2013.

P24 JFR 370. (photo credit: DR)

Le mal. A Paris, tel est le sujet du moment. En couverture de Philosophie Magazine : « D’où vient le mal ? L’hypothèse Arendt ». La Marche de l’Histoire titre : « Hitler, la genèse du mal ». Pour sa réouverture, le cinéma Louxor donne le film : Hannah Arendt, sur la philosophe juive allemande et sa théorie de la « banalité du mal » émise lors du procès Eichmann. Et tandis qu’au caféphilo des Phares à la Bastille, le mal fait l’objet d’un débat, à la galerie Evi Guggenheim dans le 6e, Claude Berger présente son nouveau livre Pourquoi l’antisémitisme ? en l’illustrant de chansons en yiddish. Avant d’être l’invité du dîner-débat Mille-Feuilles de Frédéric Fredj au Trumilou, quai Voltaire.

Porteur d’étoile à 6 ans 

Claude Berger habite non loin de là, dans le Marais, ces mêmes rues où il a été porteur d’étoile à l’âge de six ans, et où il est retourné vivre pour ne pas laisser perdre la culture dans laquelle il est né, celle qu’on a voulu tuer, note-t-il.

Dentiste volontaire en Afrique (Algérie, Côte d’Ivoire), il a passé 15 ans en banlieue parisienne (Bobigny, Colombes), toujours dans la médecine sociale, avant d’ouvrir un restaurant juif dans son quartier de naissance, avec, au menu, de la musique yiddish. Entre-temps, il a publié des articles dans les quotidiens Libération, Le Matin, ou différentes revues (Les Temps Modernes, Les Cahiers Bernard Lazare…), et plusieurs livres : Marx, l’association, l’anti- Lénine : vers l’abolition du salariat, Les siècles aveugles de la gauche perdue.

Avec lui, nous nous sommes posé la question de l’antisémitisme passé et son aboutissement ultime, l’extermination des juifs d’Europe, et celle du nouvel antisémitisme, aux mêmes pulsions meurtrières.

« Aujourd’hui, cette diabolisation des juifs glisse vers celle du pays juif, Israël, et inversement. Juifs, peuple de trop, Israël, pays de trop, puis à nouveau juifs, peuple de trop ». Claude Berger n’hésite pas à employer des formules choc, quitte à heurter la bien-pensante attitude, et l’obscurantisme, européen, car il y a « parenté et continuité des antisémitismes ».

Selon lui, l’antisémitisme et la haine d’Israël sont deux volets d’un même désir (obscur) de génocide. Mais avant tout, il faut savoir comment tout cela a commencé.

« Au commencement était l’Eglise », raconte l’auteur, qui veut définir un projet de civilisation qui rétablisse le rôle des juifs, d’Israël, des femmes, et l’apport de « la pensée de Jérusalem ». « La conscience du pourquoi oeuvre sur un autre débat, celui sur les conditions de l’avènement d’une société véritablement humaine, sans désir génocidaire, celui d’une humanité où se poser », conclut-il.

Claude Berger, pourquoi un nouveau livre sur l’antisémitisme ? 

On se pose toujours la question du comment, jamais du pourquoi. Mon livre est une analyse des mythes fondateurs qui engendrent cette pulsion de mort à l’égard des juifs et de l’Etat d’Israël, autant dans le christianisme et ses formes sécularisées à droite et à l’extrême gauche, que dans l’islam au mythe fondateur d’un fils révélateur qui épouse une veuve pouvant être sa mère et reçoit en cadeau des vierges de 9 ans, sans souillure ! Tant dans l’islam que dans la chrétienté, il y a soumission de la femme, infériorisation, oppression.

Ce rapport à la femme, à la sexualité, est une des origines de l’antisémitisme.

Comment cela ?

L’antisémitisme ne prend pas appui sur des motifs rationnels. Il naît d’une matrice culturelle, chrétienne pour l’Europe, qui produit des fantasmes sans réalité. Déjà, avant Hitler, le voeu de la disparition de l’Antéchrist et donc des juifs, figure dans les Epîtres de Paul : le juif est « ennemi du genre humain et ne plaît point à Dieu ». L’acte de chair aussi « ne plaît point à Dieu ». Les juifs, « on devrait les tuer comme des chiens », écrit dans le Conte du Graal Chrétien de Troyes, contemporain de la première croisade, qui a vu naître le marché du travail et la libre circulation des hommes et surtout des femmes.

Les massacres commencent. Ce désir naît d’une religion de la mère et du fils qui assigne à l’acte de chair le rôle du péché et du diable au même titre que le juif représentant du père terrestre interdit. « Vous avez en vous les désirs du père, et votre père, c’est le diable », est-il écrit dans l’Evangile selon Jean… 

La sexualité à l’origine de l’antisémitisme ? 

Cette matrice gère la sexualité, la reproduction, la filiation, le lien à la spiritualité. Elle formate l’inconscient des individus, elle agit de façon viscérale. Elle donne naissance à une équation à 4 termes : le juif à l’origine de la chute de l’Humanité (si tout va mal, c’est à cause de lui) ; il souille l’univers (et la nation) ; il complote (veut rétablir le pouvoir du père) ; il faut l’anéantir. Ce fantasme, tel un brûlot, va parcourir l’histoire. Il sera sécularisé par Voltaire et passera à droite chez les chrétiens germaniques, à gauche chez Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier. Hitler le transformera en fantasme final. […] Avant la haine et le mépris, il y a la pulsion de mort de celui qui est soit dans la frustration et l’obsession, soit dans la transgression.

De l’antisémitisme à l’antisionisme donc… 

La sécularisation des quatre termes de la matrice d’origine est à craindre à gauche et à l’extrême gauche lorsqu’elle s’applique au pays des juifs. L’antisémitisme a commencé en URSS avec les Protocoles des Sages de Sion : on a remplacé le mot « juif » par le mot « Sion ». On n’a plus besoin de crier : mort aux juifs ! Mais : mort à Israël ! Ajoutez-y l’idéologie du renversement (les derniers sont les premiers). Israël colonialiste, impérialiste, comploteur, bourreau du peuple palestinien comme il était autrefois bourreau du Christ… Le conflit israélo-palestinien part du refus du fait juif au nom de l’islamisme, pas le contraire. Ce désir d’éradication des juifs figure dans le Coran, à côté de la volonté d’assigner une condition de soumission aux femmes. Cette relation inéquitable « homme-femme » suscite un désir d’élimination des juifs.

Le judaïsme pour la communion avec l’Eternel ne réclame pas un Fils révélateur et prône l’équité de la relation hommefemme.

Le mystère juif hante les croyances qui reposent sur la frustration, la prédation, la soumission des femmes et la consommation. Mais aujourd’hui, avec la montée de l’islamisme, les chrétiens se rapprochent des juifs, ils sont obligés de devenir un peu protestants. Le judaïsme peut devenir d’utilité publique.

Vous-même avez été très tôt victime de l’antisémitisme.

Alors que mon père était un « ganev », un bandit, en prison, je me demandais : suis-je une projection de lui ? Est-ce moi qui suscite le désir de génocide ? Mon éditeur s’est accroché à cette idée. Il m’a dit : faites-moi là-dessus quelque chose pour ma collection.

Claude Berger, Pourquoi l’antisémitisme ? Les Editions de Paris Max Chaleil 2013 94 pages, 9,50 euros.


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