Dany Boon, un humoriste humaniste

Pour la première fois, Dany Boon présentait l’un de ses films en amont de sa sortie sur les écrans bleu-blanc : Supercondriaque

By JOHANNA AFRIAT
December 23, 2014 12:37
Dany Boon, un humoriste humaniste

Dany Boon, un humoriste humaniste. (photo credit: FACEBOOK)

Voilà une comédie très drôle sur un sujet qui l’est moins, il y est en effet question d’hypocondrie, une névrose que Dany Boon ne connaît que trop bien pour en avoir longtemps souffert.

Romain Faubert est donc un hypocondriaque invétéré et un célibataire endurci, dont les seules compagnes sont les précieuses étagères bondées de médicaments qui encombrent ses murs. Tout irait encore bien si son mal n’empoisonnait la vie de son entourage, et particulièrement celle du médecin traitant qui a eu le malheur de se prendre d’amitié pour lui… Ce dernier décide donc un beau jour que le seul moyen d’avoir la paix est d’occuper son ami. Et quelle plus belle occupation que l’amour ? Seulement caser un hypocondriaque n’est pas une mince affaire. Romain Faubert devra se battre contre lui-même, allant jusqu’à emprunter l’identité d’un héros révolutionnaire pour sortir de ses limites et finalement trouver l’âme sœur… Le scénario, très travaillé, joue sur les rebondissements, et les répliques sont franchement irrésistibles : le public ne s’y trompe pas. Le rire est bel et bien au rendez-vous du début à la fin du film.

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Comme pour Les ch’tis, le film repose sur l’alchimie du tandem formé par Dany Boon et Kad Merad, l’un dans le rôle du malade exaspérant, l’autre dans celui du médecin exaspéré. Et la complicité des deux crève à nouveau l’écran : « J’ai pensé à Kad pour le rôle du docteur seulement après avoir écrit le film. C’était un vrai bonheur de rejouer ensemble, j’avais oublié à quel point notre duo fonctionnait bien », raconte Dany Boon, à l’origine du scénario. Egalement réalisateur, il juge toutefois que cet intervalle entre les deux opus était « nécessaire », pour permettre au tandem d’enfiler d’autres habits que ceux des employés de la poste de Berck-sur-Mer tout en étant crédibles aux yeux du public. Certains rôles à succès (et quel succès !) ont effectivement tendance à coller à la peau.

Ce plaisir de travailler ensemble est essentiel pour le réalisateur qui envisage le cinéma comme une « affaire de famille » : « La complicité est essentielle sur un plateau de tournage, je ne pourrais pas travailler avec des gens dont je ne me sens pas proche. Faire un film est très compliqué, la moindre des choses, c’est d’avoir une équipe soudée pour pouvoir le “porter” jusqu’au bout. »

Pour compléter le duo, une jeune comédienne, Alice Pol, à qui Dany Boon offre ici son premier rôle au cinéma : « J’ai vu Alice jouer au théâtre et j’ai trouvé qu’elle avait un grand potentiel comique un peu dans le style de Jacqueline Maillan ou Valérie Lemercier. Les comédiennes comme elle, à la fois jolies et capables de ne pas se prendre au sérieux pour pouvoir faire rire sont assez rares : en général, il faut choisir entre l’un ou l’autre. »

Tous hypocondriaques ?

Hypocondriaque en rémission (même s’il confie avoir cru récemment souffrir de la maladie de Parkinson à cause de légers tremblements…), Dany Boon explique que l’envie d’aborder ce sujet lui est venue en constatant que cette pathologie gagnait de plus en plus de monde : « Aujourd’hui avec Internet, les gens se renseignent à propos du moindre symptôme et s’affolent très vite. Souvent, les patients arrivent chez le médecin après avoir fait leur propre diagnostic et dictent presque leur ordonnance. On voit aussi des virus apparaître dans certains pays et provoquer de véritables psychoses à l’autre bout du monde… La banalisation du gel hydroalcoolique pour se désinfecter les mains est d’ailleurs très révélatrice de l’époque où l’on vit. Ce gel est l’autre vedette du film, et l’utilisation obsessionnelle que mon personnage en fait provoque le rire des spectateurs ; mais pensez qu’il y a encore 8 ou 10 ans, personne ou presque ne savait ce que c’était. »

Pour l’acteur-réalisateur, « le rire a toujours été une forme de “réparation” face à la bêtise et à la laideur qui nous entourent ». Si le comique pense qu’on peut rire de tout, il reste persuadé qu’il faut être capable de respecter et même d’aimer les gens pour souligner certains de leurs travers et les mettre en scène. Au fil de ses sketches, jouant entre autres sur son complexe d’oreilles décollées, et de ses films, l’autodérision apparaît comme une marque de fabrique chez l’artiste. Il se plaît à évoquer des sujets universels et intemporels qui touchent tout le monde et ne se verrait absolument pas faire de la satire politique par exemple. Faire des films dans un registre plus dramatique ? Cela ne correspond pas à une véritable envie, mais il pourrait reconsidérer la question si un scénario lui plaisait vraiment.

L’heureux parcours d’un enfant rejeté

L’humanité et l’humilité de l’homme ne sont pas qu’une façade ; elles caractérisent véritablement cet artiste si particulier et imprègnent également son mode de vie. Deux qualités qui ne sont sans doute pas étrangères à son succès. Et d’expliquer que c’est justement l’humilité qui permet de continuer à travailler sereinement après un succès phénoménal comme celui des Ch’tis : « Lorsque j’écris, j’espère évidemment atteindre mon but qui est de faire rire les spectateurs. Mais j’avance pas à pas, je ne me mets pas de pression. Je ne suis pas obsédé par la peur de l’échec ni par les chiffres au box-office. Le jour où je commencerai à me prendre pour quelqu’un d’important, je pense que je commencerai à être en danger par rapport à mon travail de création. »

Sur la question de l’antisémitisme en France, l’artiste s’assombrit et admet faire lui-même l’objet d’insultes et de menaces régulières : « La parole s’est libérée depuis quelques années, surtout sur Internet où les gens sont anonymes ». Ceci dit, l’artiste raconte avec philosophie être simplement passé d’une stigmatisation à une autre en devenant juif ; enfant il se faisait déjà insulter à la fois par les Français et par les Arabes du fait de ses origines kabyles : « J’ai été un enfant rejeté au sein de ma propre famille. Avec le recul, je comprends que cette souffrance m’a amené à m’interroger constamment sur la nature humaine pour tenter de mieux la comprendre. J’ai beaucoup intériorisé et réfléchi. Mes sketches et mes films sont en quelque sorte le résultat de toutes ces observations. »

D’après lui, le racisme est malheureusement le fait de toutes les minorités. Et d’enchaîner avec son humour habituel : « C’est d’ailleurs lorsque j’ai commencé à me faire insulter que j’ai compris que ma conversion était réussie… » Dany Boon parle alors du plaisir ressenti en s’intéressant au judaïsme. Il n’hésite pas à évoquer une forme de destin dans sa conversion.

A l’image de sa profession : « Je crois que j’ai un don pour faire rire et il est presque de mon devoir de le mettre à profit. C’est quelque chose que j’ai reçu et ma place est là. Je n’ai aucun mérite, le talent est une chose qui nous traverse, nous ne sommes que les canaux chargés de véhiculer ce qui nous a été donné… »

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