L’année Klimt

La ville de Vienne lui rend hommage à travers moult expositions. L’occasion de revenir sur les connexions juives de ce célèbre peintre autrichien.

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October 17, 2012 11:08
2012 : l'année Klimt

klimt 1710 521. (photo credit: Le Belvédère Vienne)

Vienne fête les 150 ans de la naissance d’un de ses enfants prodiges, Gustave Klimt. Au programme : expositions des oeuvres de l’artiste dans plusieurs des musées principaux de la capitale autrichienne. C’est un véritable tour de la ville et de la vie de Klimt auquel nous sommes invités.

La carrière de Klimt démarre tôt. Dès l’âge de 24 ans, en 1886, accompagné de son frère Ernst et de Franz Matsch, il est invité à concevoir et à peindre le plafond qui orne les escaliers d’apparat du célèbre Burgtheater. On peut y voir l’ancien théâtre de Taormina en Sicile, et la scène finale de Roméo et Juliette de Shakespeare.

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Klimt a aussi peint un portrait des trois artistes, lui-même et ses deux collaborateurs, auto-promotion faite avant l’heure, puisque l’on peut facilement les reconnaître.

Les peintures mettent en évidence l’influence des Préraphaélites et le s l’influence des Préraphaélites et le symbolisme de l’art nouveau.

Ces esquisses, retrouvées dans le théâtre à la fin des années 1990, sont donc exposées et elles comprennent cet unique autoportrait de Klimt.

Les trois artistes ont alors du succès et beaucoup de commandes suivent ces premiers travaux. En 1890, le groupe commence alors à travailler (le travail restera inachevé) sur la décoration des panneaux séparant les colonnes et voûtes de l’escalier principal du Musée des Beaux- Arts de la ville (KHM). Sur un total de quarante peintures, onze sont l’oeuvre de Klimt, les autres étant de son frère Ernst et de Franz Matsch. Elles illustrent l’histoire de l’art et de l’art décoratif de l’Egypte ancienne aux temps modernes. Un pont temporaire surplombant l’escalier principal du musée a été érigé pour permettre aux visiteurs d’observer les toiles de plus près.

Un peintre immoral, aimé des Juifs En 1891, Klimt rejoint Künstlerhaus, l’association officielle des artistes influents de Vienne. Et trois ans plus tard, l’Université de Vienne lui commande trois peintures pour son hall d’entrée. Celles-ci doivent s’inspirer respectivement de la faculté de philosophie, de médecine et de droit. Klimt s’exécute au sens figuré et au sens propre puisque ses peintures, jugées radicales, obscènes et pornographiques, sont violemment critiquées et rejetées par la direction de l’université.

Renversant tous les tabous culturels, Klimt est accusé d’outrage à l’enseignement.

Le journal conservateur de droite Deutsches Volksblatt juge ses tableaux immoraux et estime que c’est pour cette raison que les Juifs les apprécient tant.

Klimt démissionne de cette commande publique qui sera d’ailleurs sa dernière, et rembourse l’avance payée avec le soutien de l’industriel juif Auguste Lederer, un de ses amis et mécènes. Ces peintures ainsi que d’autres seront détruites par les SS battant en retraite à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Seules, les études préparatoires et quelques photographies subsistent et sont en exposition.

Plus tard, Klimt va peindre des portraits de la femme de Lederer, Serena. Celle-ci et ses deux soeurs commandent des portraits de leur mère et de leurs filles. Un de ces portraits sauvera l’une d’elles. En effet, pour échapper à la déportation nazie, Elizabeth, la fille de Lederer, prétendra être une fille illégitime de Klimt. Une affirmation qui sera confirmée par les autorités.

Elizabeth échappera ainsi au sort tragique de la majorité des Juifs autrichiens.

Au Musée autrichien du Théâtre, la célèbre toile Nuda Veritas (la Vérité nue) illustre le projet de Klimt, comme il l’avait inscrit lui-même sur ce tableau, avec la citation de Friedrich von Schiller placée au-dessus de l’oeuvre : “Si tu ne peux plaire à tous par tes actes et ton art, plais à peu.

Plaire à beaucoup est mal”. Nuda Veritas était le miroir tendu au spectateur par Klimt pour secouer et provoquer le pouvoir. Représentant une femme nue et rousse qui porte “le miroir de la vérité”, il annonce l’art moderne. Cette oeuvre appartenait à Hermann Bahr, écrivain, mécène et critique littéraire. Ami de l’artiste, il en prend la défense dans son livre, Contre Klimt, et répond à la controverse qui entoure les peintures de la faculté. La plupart de sa correspondance fait partie de l’exposition et permet de mieux comprendre le rôle et l’importance de Klimt dans l’art moderne.

Dans le salon de Berta Zuckerkandl C’est d’ailleurs Bahr qui définit l’objectif de la Sécession de Vienne, mouvement fondé par Klimt, dans le premier numéro de Ver Sacrum (Printemps sacré), revue mensuelle autrichienne fondée par Klimt en 1898. Il s’agit d’une association d’artistes, fondée en 1897 par Klimt, le designer Kolman Moser, les architectes Otto Wagner, Josef Hoffmann et Joseph Maria Olbrich et quelques autres.

Son but est d’opposer une nouvelle expression artistique à l’art défraîchi des salons officiels viennois du Künstlerhaus que tous ces artistes ont d’ailleurs quittés.

Pour ce faire, ils créent leur propre espace d’exposition, le palais de la Sécession, conçu par Joseph Maria Olbrich. Pour ce hall, devenu aujourd’hui une des plus belles curiosités de Vienne, Klimt crée la Frise Beethoven, dédiée au compositeur. Ce cycle de peintures murales réalisé en 1902 a pour thème la 9e Symphonie. Par son érotisme et ses descriptions graphiques, la frise provoque une sévère critique mais reçoit aussi beaucoup d’éloges. Le visiteur pourra en juger de lui-même en l’observant de près grâce à la plate-forme, installée spécialement en l’honneur des 150 ans de Klimt.

C’est aussi là qu’intervient les Zuckerkandl, famille aristocrate juive 21 – DU 17 AU 23 OCTOBRE 2012 influente. Car l’idée de la Sécession, mouvement fondateur de l’art moderne, a germé et s’est développée dans le salon de Berta Zuckerkandl. Klimt a d’ailleurs peint un portrait de la belle-soeur de Berta, Amalia, qui, en 1942, a été assassinée dans un camp de concentration.

Le Musée de Vienne, de son côté, dispose d’un fonds exceptionnel d’oeuvres de Klimt qui sera pour la première fois exposé dans son intégralité. 400 planches, disposées par sujet, qui constituent la plus large collection des dessins de Klimt au monde.

L’exposition présente aussi des tableaux comme Pallas Athéna de 1898, première peinture où l’artiste incorpore de l’or. L’idée vient à Klimt après sa visite à Venise (en compagnie de Alma Schindler- Mahler-Gropius- Werfel) et Ravenne.

On peut aussi admirer le portrait d’Emilie Flöge, compagne de vie du peintre, première toile où l’on voit des décors ornementaux au premier plan.

D’autres objets importants composent l’exposition du Musée de Vienne : la blouse de peintre de Klimt, son masque mortuaire et le dessin qu’Egon Schiele réalisa de lui sur son lit de mort.

Klimt et ses femmes Admiré et hué de son vivant tout à la fois, Klimt est aujourd’hui célébré, à tel point que cela tourne parfois à la Klimtomania : ses oeuvres apparaissent sur toutes sortes d’objets. Le musée de Vienne a pris le phénomène à bras-le-corps en lançant une campagne sur Facebook intitulée “The Worst of Klimt” (le pire de Klimt) et en exposant ces objets kitchs, insolites ou ridicules.

On ne peut parler de Klimt sans évoquer les femmes dont il a fait le portrait, il disait d’ailleurs : “Il n’y a pas d’autoportrait de moi. Ma propre personne comme ‘sujet pictural’ ne m’intéresse pas - ce sont plutôt les autres personnes, notamment les femmes”.

Le portrait de Sonja Knips de 1898 est exposé au Belvédère. Tableau essentiel puisqu’il est le premier des portraits de femmes que le peintre exécute. Pendant les quelques années suivantes, Klimt sera commissionné et peindra vingt et un portraits des femmes proéminentes de la société viennoise. Douze d’entre elles sont issues de familles juives aristocratiques, une autre d’une famille juive convertie au christianisme et une dernière est mariée à un Juif. Un nombre remarquable quand on sait qu’à l’époque, la population juive de Vienne s’élève seulement à huit pour cent.

Son portrait le plus célèbre est sans doute le premier qu’il a fait d’Adèle Block-Bauer, membre d’une famille juive aisée, mécène de Klimt. La peinture, confisquée par les nazis au moment de l’Anschluss était, jusque récemment encore, exposée au Belvédère. Après une longue bataille légale, la toile, ainsi que d’autres, a été restituée aux descendants de la famille et le portrait a été acheté par la galerie Neue, à New York, pour 135 millions de dollars, une des sommes les plus élevées dans le domaine de l’art.

Klimt a peint un autre portrait d’Adèle.

Elle est la seule à avoir été peinte deux fois par l’artiste. Le Belvédère possède la plus grande collection de toiles de Klimt au monde. L’exposition offre aussi à voir, deux oeuvres récemment acquises : Tournesol (1907) et Famille (1909/10).

Emilie, l’amour d’une vie ? Mais le tableau le plus célèbre est sans doute Le Baiser dont la rumeur dit que le couple qui y est peint ne serait autre que l’artiste et sa muse, Emilie Flöge.

Aujourd’hui encore, on ne sait si leur relation était platonique ou non. Il n’en est pas moins que Klimt a gardé un lien proche avec Emilie Flöge, qui, par ailleurs était la belle-soeur de son frère.

En tout cas, cette relation était probablement significative puisqu’au cours des 27 ans où ils se sont connus, Klimt lui a envoyé pas moins de 400 cartes postales et notes.

Dans une seule d’entre lles, découverte en 2000, l’amour y est abordé : Klimt y dessine un coeur et écrit : “Maintenant ma très belle Miderel (Emilie), regarde ce très long baiser, à bientôt”.

Muse, compagne, Emilie est aussi celle que l’on trouve à ses côtés lors de ses apparitions publiques. Après avoir eu une attaque cardiaque en janvier 1918, sa première pensée est pour elle et il griffonne : “Faites venir Midi”. Il mourra trois semaines plus tard.

Si l’on ne sait pas grand-chose de ses relations amoureuses, on sait que Klimt a eu au moins six enfants (de trois femmes) ou probablement beaucoup plus.

L’exposition se poursuit dans la ville de Vienne avec le Musée autrichien des Arts appliqués / Art contemporain (MAK). On peut y admirer les broderies et tissus aux ornementations Art nouveau dessinés par Emilie et Hélène Flöge. En 1904, Emilie Flöge et sa soeur Hélène ont d’ailleurs ouvert un salon de couture à Vienne où elles vendaient leurs créations. Le salon a connu un très grand succès et était fort prisé par l’aristocratie juive viennoise, jusqu’en 1938, au moment de l’Anschluss, où il a dû fermer ses portes.

Le Leopold consacre, lui, une exposition à Klimt, intitulée : “Gustave Klimt.

Voyages”. Les cartes postales et lettres écrites à Emilie Flöge y figurent.

Parallèlement à ces “récits de voyages”, on découvre les dessins (le musée en expose plus d’une centaine) et les tableaux majeurs de Klimt comme des paysages du lac Attersee et de ses environs où Klimt, de 1900 à 1916, a passé tous les étés accompagné des soeurs Flöge et de leur famille. L’exposition montre l’artiste sous un jour plus familier : plusieurs photographies laissent découvrir un Klimt détendu, dans sa vie privée, portant sa fameuse blouse. Enfin, la reconstruction d’un de ces studios permet d’imaginer l’artiste au travail.

Prolixe, riche et modeste L’une des peintures, représentant un de ces paysages évoqués plus haut, a été mise aux enchères à 43 millions de dollars. Mais dans le cas de Klimt, l’amertume n’est pas de mise : s’il a été honni, il a aussi été beaucoup admiré et a gagné de considérables sommes d’argent. La vente du portrait d’Emilie Flöge, par exemple, lui avait rapporté dix fois plus que le montant annuel, perçu à l’époque par un professeur d’école primaire. Malgré cela, le peintre a vécu toute sa vie avec sa mère et ses soeurs célibataires.

C’est en 1918 que Klimt s’éteint, la même année disparaissent aussi Egon Schiele, son protégé, Otto Wagner et Kolman Moser. Avec eux, meurt aussi la Sécession, même si Klimt et Moser avaient déjà quitté l’association 13 ans auparavant.

Le mouvement, s’il a été de courte durée, a constitué une étape essentielle dans l’histoire de l’art, et c’est aussi son histoire qui est célébrée avec les 150 ans de son fondateur.

Quelques-unes des remarquables expositions mentionnées plus haut dureront tout au long de l’année. Ces célébrations ont une telle ampleur que l’on a du mal à imaginer comment la ville de Vienne dans six ans pourra célébrer de manière plus complète le centenaire de la mort de l’artiste.

Ce dernier avait pourtant un ton assez modeste quand il parlait de lui-même : “Je suis convaincu de ne pas être particulièrement intéressant comme personne. Il n’y a rien de spécial à voir en me regardant.

Je suis un peintre qui peint jour après jour, du matin au soir”.

Au regard de sa popularité et du rôle qu’a joué la Sécession dans l’art, on pourrait en douter. Cette exposition à l’échelle de la ville de Vienne et du succès de Klimt donne en tout cas l’occasion de suivre son conseil : “Si quelqu’un veut savoir quelque chose sur moi (...), qu’il se penche de près sur mes tableaux.”

L’auteur, professeur Emiritus de Médecine, écrit pour des revues et donne des conférences sur des sujets variés comme la médecine, la musique, l’art, l’histoire et les voyages (www.irvingspitz.com). De plus, des photos de voyages sont exposées sur le site www.pbase.com/irvspitz et sur son blog à www.educationupdate.com/irvingspitz.



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