Sakhnin-le Louvre, même combat!

Ouverture de la seconde Biennale méditerranéenne d’art contemporain de Sakhnin.

By CHRISTOPHE BIGOT
June 25, 2013 12:23
4 minute read.
Une audace qui mise sur la surprise plus que sur le choc.

P9 JFR 370. (photo credit: DR)

Alors que les caméras du monde entier se sont tournées récemment vers le Festival de Cannes, portons nos regards plus près de nous pour découvrir une initiative culturelle particulièrement stimulante. En effet, c’est à Sakhnin que se déroule la seconde Biennale méditerranéenne d’art contemporain. Une initiative de Belu Simon-Fainaru et d’Avital Bar-Shay qui n’en sont pas à leur coup d’essai en termes de surprise. Il y a deux ans, ils nous invitaient déjà à découvrir l’art contemporain dans les containers du port de Haïfa. Aujourd’hui, c’est dans la ville arabe de Sakhnin, dans des lieux inattendus, que s’exposent des artistes internationaux réputés.

Qui pourrait croire qu’une boucherie arabe exposerait une oeuvre de l’artiste israélien Moshé Gershuni ? Qui s’attendrait à découvrir le travail des célébrités telles que l’américain Bruce Neuman, le français Daniel Buren ou le collectif germano-russe AES+F à Sakhnin, dans une ville moins connue pour ses initiatives culturelles que pour son club de football ? Où, si ce n’est dans cette Biennale, pourrait-on voir réunis des artistes afghans, tadjiks, turcs, iraniens et israéliens ? 

Une invitation à la redécouverte de lieux connus 

Le talent des organisateurs et de leurs soutiens se niche à la fois dans leur audace et leur ténacité. Cette audace qui mise sur la surprise qui interpelle plutôt que sur celle qui choque ; sur la ténacité qui permet de faire grandir plutôt que celle qui fige les situations. Grâce à eux, c’est un coup de projecteur salutaire qui est donné sur « une périphérie de la périphérie », sur une ville qui prend des risques, fait bouger les lignes, met de la couleur dans le quotidien de ses habitants. Nous avons sous les yeux – mais encore faut-il vouloir s’y attarder – une formidable illustration de ce que l’art peut produire comme discours et changements politiques ou sociétaux. En effet, chacun pourra percevoir dans les rues de Sakhnin, dans les boutiques, maisons ou lieux de cultes qui exposent de l’art, que c’est une nouvelle approche du dialogue qui s’écrit entre Juifs et Arabes, entre l’Orient et l’Occident. « Re-Orientation », le titre bien « à propos » de cette Biennale, est une invitation à la redécouverte de lieux connus. A l’heure de la globalisation, la surprise est au coin de la rue. Il suffirait presque de changer d’horizon, de regarder vers ce si proche Orient plutôt que vers le lointain Occident. Comme disaient les jeunes révolutionnaires français de Mai 68, « Sous les pavés, la plage ».

Aujourd’hui, à Sakhnin, nous pouvons dire « Dans la boucherie, de l’art ».

Le Louvre, Sakhnin : un même combat au service de l’art et du dialogue

Ceci n’est pas sans rappeler, chauvinisme oblige, certaines initiatives françaises de décentralisation culturelle. Ainsi, récemment, le Centre Georges Pompidou a expérimenté une itinérance de certaines oeuvres dans un musée mobile, parcourant la France. Le musée du Louvre vient d’inaugurer son antenne à Lens, ville minière qui a souffert de toutes les plaies : deux guerres mondiales puis la crise économique qui a mis à plat cette industrie. Aujourd’hui, ce sont plus de 500 000 visiteurs qui ont arpenté ce musée depuis son inauguration par François Hollande le 4 décembre dernier. Sous un autre jour, ils sont partis à la découverte d’un nouveau bassin minier français : les majestueux terrils lensois, vestiges miniers d’un autre temps et La Liberté guidant le peuple de Delacroix, pièce maîtresse du musée du Louvre, sortie de son écrin pour se confronter à d’autres publics et d’autres horizons. Le Louvre, le Centre Georges Pompidou, Sakhnin sont liés par un même combat au service de l’art, du dialogue avec les publics et d’une quête de l’étonnement. Mettre de l’art et de la poésie dans un monde qui en manque cruellement, changer de perspective pour redécouvrir son quotidien, tel est l’enchantement auquel nous sommes invités à Sakhnin. Telle est la leçon à retenir, chacun dans nos univers. Y compris pour l’ambassadeur que je suis.

Biennale méditerranéenne d’art contemporain de Sakhnin Du 13 mai au 13 juillet 2013 a lieu la seconde Biennale méditerranéenne d’art contemporain de Sakhnin, réédition de la première Biennale méditerranéenne qui s’était tenue à Haïfa en 2010. Cet événement, organisé avec le concours de l’Institut français et inauguré le 18 mai en présence de l’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, réunit des artistes de tous pays, de l’Afghanistan au Maroc en passant par la France, sans oublier les artistes israéliens, quelle que soit leur origine. Le thème de cette année : la « Réorientation », qui rapproche la notion géographique d’« orient » de termes synonymes de changements comme « redirection » et « changement social ». Le but : promouvoir la coopération, la compréhension mutuelle et le dialogue interculturel.

L’auteur est l’actuel ambassadeur de France en Israël.


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