Shirel, la bien nommée

By DAHLIA PEREZ
July 9, 2013 18:06

Avec son album Lachouv Habaïta, Shirel Shirel, qui signifie « Chant vers Dieu » en hébreu, nous offre des textes mûris à l’expérience israélienne.




Shirel en concert

P22 JFR 370. (photo credit: DR)

Neve Tsedek, Tel-Aviv. C’est le lieu qu’a choisi Shirel pour un concert privé. Et convier un public de femmes, uniquement, à la découverte de son nouvel album, Lachouv Habaïta composé de titres en français, en anglais et en hébreu. Dans la salle, des Françaises et Israéliennes de tous âges se pressent. Shirel se montre enfin. Solaire. Robe blanche, pieds nus, coiffée d’une couronne de fleurs, elle s’accorde parfaitement avec le décor délicat de l’endroit. L’accueil est résolument chaleureux. L’artiste est en territoire ami. Sur scène, elle s’exprime dans un hébreu parfait. Shirel est là, en Israël.

Enfant de la balle, Jennifer Djaoui, de son vrai nom, fille du producteur André Djaoui et de la chanteuse Jeane Manson, est née en France et a grandi en Californie avant de rejoindre Israël à dix-sept ans. Très vite, elle se tourne vers la musique et se forme, dans une école de Tel-Aviv, au chant et à la danse. Révélée en 2001 par Notre Dame de Paris, la jeune femme sort en 2003 son premier album, Tous les chemins, enchaîne comédies musicales et s’offre même une incursion au cinéma avec O Jérusalem sorti en en 2006, avant les comédies musicales Le Sel et le miel et Avenue Q, importée de Broadway. Puis un nouvel opus, Olds Things sort en février 2013. Un virage s’amorce.

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Aujourd’hui Shirel s’offre un nouveau défi. Chanter Israël en hébreu. Sans renier toutes ses belles aventures artistiques précédentes pour autant. Dès le premier titre qu’elle interprète, Ani lo rotsa laavod (Je ne veux pas travailler), elle s’amuse et conquiert la salle : Shirel fait partager sa jubilation d’être là. Avec la deuxième chanson Lachouv Habaïta, le titre phare de son nouvel album, elle rend hommage à sa terre d’élection, Israël. Son territoire secret, celui auquel elle veut appartenir, et qu’elle a rejoint définitivement. Mais revenir à la maison, pour Shirel, c’est bien entendu revenir vers soi.

Dans Lo nafsik lirkod (nous n’arrêterons pas de danser) elle réussit le pari d’évoquer l’attentat du Dolphinarium avec un mélange de pudeur et d’émotion. Fière d’appartenir à un peuple qui se relève. Voix nue, puissante, sobriété et force du message, Shirel est habitée. Quelque chose d’authentique se dégage de ce virage. L’hébreu habille sa voix, dont la tessiture sert les sonorités âpres de la langue. Une transition de taille pour l’artiste, qui enchaînera prochainement avec un nouveau concert prévu à Tel-Aviv. Shirel, la bien nommée, a trouvé son nom. Entretien.

Pieds nus, guitare, décontraction évidente, il y a chez vous un côté chanteuse folk. Vous le revendiquez ? 


J’aime la folk. S’il fallait se définir par un genre, un style musical, le mien serait plutôt justement jazz et folk. Pourquoi ce choix de vous produire devant un public composé exclusivement de femmes ? Je suis dans un chemin, et c’est un travail intérieur très profond. Je vais à un cours de Torah. J’ai rencontré là des femmes qui m’ont encouragée à chanter en hébreu, soutenue toute l’année. D’où ce concert, qui je l’espère amènera une brakha (bénédiction) pour la suite. L’ambiance était chaleureuse, et j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup d’amour.



Avec « Lachouv Habaïta » on vous découvre auteur de plusieurs nouvelles chansons sur des thèmes très personnels(«At» sur votre mère et « Lonafsiklirkod » sur le Dolphinarium). Est-ce une démarche nouvelle ou aviez- vous déjà écrit dans vos précédents albums ?


J’ai toujours écrit, sauf pour mon premier album. Je compose depuis l’âge de quinze ans mes propres mélodies, car c’est dur de trouver des personnes qui ressentent la même chose que moi. Les chansons sur ma Maman et sur l’attentat du Dolphinarium sont des choses très importantes pour moi, et j’essaie d’exprimer à travers mes textes l’appartenance au peuple juif, avec ses hauts et ses bas.

At par exemple, sur ma mère, vient de mes tripes, Olds Things peut-être plus superficielle, parle de ma passion pour les vieilles choses, Ani lo rotsa c’est le côté joyeux qui vient de ma mère qui est américaine. Transmettre la gaieté est important aussi, comme parler de moments plus graves.

« Coming to my garden », « This is my secret land »... Vous avez toujours un mot vibrant sur l’aliya, sur ce rapport fusionnel avec la terre d’Israël ?


C’est LA source d’inspiration. J’ai fait mon aliya à dix-sept ans, puis j’ai enchaîné sur une vie professionnelle intense. J’ai choisi de laisser derrière moi la facilité, pour faire, pour reprendre une expression américaine, a leap of faith littéralement un saut de foi. Tout recommencer, c’est ce que je fais là, et c’est bien un amour fusionnel comme vous le dites, inconditionnel, très fort, qui dépasse toute logique. En France, faire quelque chose qui marche, j’ai dit non, pour faire exister ici quelque chose de différent. C’est une expérience d’humilité et de courage.

Avez-vous des connexions avec des artistes israéliens qui vous donneraient envie de vous investir de plus en plus sur la scène locale ?


Oui. Il ne faut pas oublier que je viens de l’école Rimon de Tel-Aviv. Mes profs étaient des artistes et j’en connais d’ailleurs plusieurs. Notamment Idan Raichel, dont j’ai repris une chanson. Petit à petit on trouve des idées d’échanges, de collaborations.



Vous avez un rapport aux médias français très maîtrisé, notamment dans ces talk-shows où vous avez dû parfois faire face à une certaine agressivité des invités ou des journalistes. C’est un exercice délicat ?


J’ai représenté avec beaucoup de fierté Israël sans peur de dire ce que je pensais, avec ce côté féminin qui évite de devenir agressif. Aujourd’hui, ça ne m’intéresse plus du tout. En Israël, je peux être moi-même, je n’ai pas d’angoisse en entrant sur un plateau télé. Les Israéliens me parlent parfois de naïveté. Ce n’est pas de la naïveté, mais de l’amour pur. Ils ont perdu çà. J’ai conscience qu’il y aura d’autres débats ici, mais je n’ai pas besoin de faire de la politique en tout cas, c’est ridicule.



Vous faites un bilan très serein d’une période sans doute douloureuse en France.

Un cheminement qui vous amène à chanter « No is like a yes », et « Icha Yehoudiya » Etre béodaya, en gratitude vis-à-vis de Dieu, c’est le but. Face à beaucoup de portes fermées, on doit apprendre à accepter les non avec autant de joie que les oui, pour permettre au Créateur de se dévoiler. C’est le parcours d’une femme juive au quotidien, avec ses propres guerres à mener. C’est forcément un chemin spirituel. Pour légalot oto, pour le dévoiler. C’est notre but.

Quelles sont les influences que vous gardez des pays où vous avez vécu et l’apport artistique de ce métissage ?


Des USA, j’ai hérité du jazz de ma grand-mère. Et de la folk américaine que j’écoutais à Los Angeles. Ma mère en écoutait beaucoup et cela m’a influencée. Pour la France, j’adore Brel, mais en dehors de quelques auteurs, ce n’est pas la musique que j’écoute. J’ai plus retenu de la France son sens de l’esthétisme, de la mode, du raffinement culinaire.

On sent le plaisir que vous avez à naviguer entre plusieurs langues, même à l’intérieur d’une même chanson. Songez-vous à en faire un atout pour toucher plusieurs publics d’horizons différents ? 


Je ne cherche pas à faire une carrière internationale. Je fais plutôt le chemin inverse des Israéliens qui eux veulent percer en houts lahaarets (à l’étranger). Ils sont nés ici et ils ont ce mouvement vers l’extérieur. Ils ne viennent pas « du dehors », et comme dit mon père ils ont un « retour » de retard ! Moi je n’ai pas besoin d’aller voir ailleurs. Je n’en ai aucune envie ; mon but est de chanter ici et de représenter Israël, même si je chante dans plusieurs langues.

Votre plus beau souvenir de tournée, de pays par lequel vous êtes passée ? 


C’était à Troyes, en France. J’étais en tournée avec Notre Dame de Paris. J’avais entrepris de faire un arbre généalogique et je faisais le 12 à l’époque, les renseignements, à chaque ville différente, pour trouver des pistes. Je donnais le nom de ma grand-mère. Avez-vous des « Fhal » ? A Troyes donc, on m’a répondu oui. J’ai cherché et j’ai trouvé. Je suis tombé sur des gens de ma famille que je ne connaissais pas, qui m’ont dit qu’ils avaient acheté des places du spectacle pour venir me voir ! Ils avaient un cadeau pour moi, un album de famille de ma grand-mère, avec des centaines de photos exceptionnelles. Découvrir mes racines... Ça reste mon plus beau souvenir.


Shirel se produira le 29 juillet à 21 h 30 à l’Haezor, Tel-Aviv Réservations : 03 51 06065 www.ticketcenter.co.il



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