Terre sans communauté à marier

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May 8, 2013 09:58

Un homme d’affaires canadien souhaite implanter un groupe d’immigrants qui feraient leur aliya dans un nouveau quartier proche de Jérusalem.




Chaque unité de logement peut atteindre le million de dollars, si ce n'est parfois plus.

JFR P23 370. (photo credit: Niv Ellis)

Le père du sionisme moderne, Theodor Herzl, n’a foulé la Terre Sainte qu’une seule fois, en 1898.

Il s’est rendu à Jérusalem et s’est promené là où les collines de Judée ont rassasié ses yeux, lui offrant une vue exceptionnelle entre la localité appelée aujourd’hui Mevasseret Tsion et Ein Kerem. Le lieu touche et inspire l’homme qui a voué sa vie à la cause sioniste. Il y plante un cyprès et savoure l’espérance, et déjà la conviction, qu’un futur Etat juif naîtra là.

Les années s’écoulent. Cent quinze exactement. L’état juif est né, et le cyprès, l’arbre promesse, a bien poussé. L’homme d’affaires sioniste et canadien, Hershey Friedman, visite à son tour le site et en tombe amoureux. Ce milliardaire, « frappé au coeur » comme il le dira lui-même, s’enthousiasme pour l’endroit qu’il qualifie d’unique et sur lequel il décide d’investir immédiatement. Il acquiert ce terrain proche de Motza fin 2010, et va confier son projet d’aménagement du site à Azorim, gros promoteur immobilier israélien lourdement endetté, qu’il va racheter quelques mois plus tard. L’homme d’affaires se veut le pionnier d’un sionisme nouveau. L’idée est de transplanter une communauté entière ici, à Motza Illit. Qui prendrait possession de la terre, et s’y implanterait.

Redonner une nouvelle dimension au slogan fondateur : une terre sans peuple pour un peuple sans terre.

S’appuyant sur les inquiétudes des communautés diasporiques, Friedman affirme que « les Juifs, surtout en Europe, sont à la recherche d’un nouveau foyer, en raison de la situation incertaine dans leurs pays. La lutte contre l’antisémitisme est loin d’être gagnée et les choses n’iront pas en s’améliorant ». L’homme croit à son idéal communautaire, suggère que « plutôt que d’avoir une seule personne arrivant ici ou là, allant vivre dans les nouveaux gratte-ciel de Netanya, il est préférable de se donner la chance d’avoir un projet en commun, et ce projet, c’est vivre ensemble.

Une aliya de groupe 

Le concept est celui-ci, proposer à quarante ou cinquante familles de tenter l’aventure en communauté, et, pourquoi pas, d’être très, très heureux ».

Le plan est là. Reste à le confronter à la réalité. Car aller à la recherche d’une telle communauté n’est pas une tâche facile. Ne serait-ce qu’en raison de considérations financières : les candidats à l’aventure devront débourser au moins un million de dollars pour chaque unité.

Einat Zakariya, vice-président de la société gérant le marketing et les ventes, estime que le public intéressé sera essentiellement composé de familles aisées ayant toujours rêvé de vivre en Israël et dont les enfants ne sont plus à leur charge. Azorim se met donc en quête du groupe idéal, en Europe et aux Etats-Unis.

Le directeur des ventes du projet, Itzik Levi, évoque « Kochav Nolad », faisant référence à la version israélienne de La Nouvelle Star… « Nous voulons l’équivalent, notre programme à nous, à titre de comparaison, sera La Nouvelle Communauté. ». Mais le modèle du programme télévisé ne suffit pas à convaincre d’éventuels postulants dont la démarche est concrète et risquée. Bien qu’il soit dans l’intérêt de ces familles de sauter le pas ensemble, il reste bien des questions et des incertitudes… Avi Silverman, conseiller communautaire et éducatif pour l’organisation Nefesh B’Nefesh, qui gère l’aliya, souligne l’aspect inédit du projet. Mais confirme cependant qu’une aliya de groupe ne pourra que se révéler bénéfique pour toutes les parties concernées. « Quand vous quittez votre pays d’origine et fermez boutique, avoir l’opportunité de partager l’expérience avec d’autres personnes, c’est un atout formidable », note Silverman.

Le conseiller précise : « Le soutien que vous recevrez durant votre aliya est capital et constitue d’ailleurs un des facteurs de réussite pour tous les immigrants. Etre dans le même bateau, ne pas vivre l’arrivée en Israël comme une plongée dans le vide est déterminante pour la suite. » Un des facteurs clés, souligne-t-il, est l’aide destinée à chacun pour affronter l’inévitable secousse que constitue la démarche de se transplanter dans un autre pays.

Nefesh B’Nefesh s’est tourné vers le KKL, Keren Kayemeth LeIsraël ou Fonds national juif, afin de créer le même type de communauté (sans le prix élevé du projet Azorim Motza) dans le Néguev. A Karmit notamment, non loin de Beersheva, des groupes locaux essaient d’attirer les olim déjà installés en Israël pour fonder ensemble une communauté. Silverman avance que « dans la région sud, l’idée serait cette fois d’impliquer pleinement les immigrants dans la culture israélienne ».

Les communautés locales se concentrent sur les besoins spécifiques des nouveaux arrivants – recherche de lieux d’accueil durant les fêtes nationales et religieuses ou aide supplémentaire à apporter aux enfants pour l’hébreu – et espèrent ainsi attirer les immigrants tentés par l’immersion israélienne.

Silverman explique : « Il s’agit de sortir les olim de leur bulle francophone ou anglo-saxonne, en leur assurant un accueil chaleureux à Karmit, sensibilisée aux attentes des nouveaux arrivants. » La communauté devrait ouvrir ses portes en 2015.

A Motza Illit, Friedman ne semble guère troublé par les difficultés provoquées par la mobilisation et donc l’arrivée de toute une communauté. « Cela fonctionne à merveille aux Etats-Unis. Si vous allez en Floride, à Fort Lauderdale ou Boca, vous vous rendrez compte que ce type de communauté est très populaire. Ça commence par un petit groupe, puis des amis veulent se joindre au noyau et ainsi de suite », explique Friedman.

Le rêve du XXe siècle 

Azorim s’attache donc à mettre sur pied le projet tout en tâchant d’adapter ses unités de luxe aux particularités de l’environnement. Afin de préserver l’aspect naturel du site, aucun espace n’est alloué pour les voitures au-dessus du sol, et les garages construits en sous-sol seront accessibles par la route. Sur l’insistance des localités avoisinantes de Motza, il a en effet été demandé à Azorim de respecter le statut protégé du site en bannissant les gratte-ciel.

La solution : opter pour des lotissements s’harmonisant avec le paysage. Enfin, il faudra s’interroger sur le devenir de « La Maison Blanche », ce bâtiment délabré au centre de Motza qui a été, dans ses jours de gloire, une maison de convalescence pour les riches résidents de Jérusalem.

« Cette zone était exclusivement réservée aux Israéliens pour leur retraite », précise Friedman. Les lois de préservation du bâtiment historique construit en 1927 exigent que la façade néoclassique soit conservée. Azorim s’est interrogé sur ce drôle d’espace qui sera planté au beau milieu de ses 218 nouvelles unités. Finalement la communauté résidente tranchera, comme l’affirme Zakariya. « Nous voulons adapter le lieu à la communauté et à ses différents besoins, car les résidents n’oublient pas qu’ils réalisent ici, aussi, un rêve. » Aujourd’hui, quelle que soit la difficulté de Friedman à dénicher la communauté idéale, l’homme garde foi en la terre et en ce petit coin de paradis. « C’est la vue la plus extraordinaire que vous puissiez avoir », s’extasie-t-il. « Ce lieu est exceptionnel, il mérite vraiment de voir un jour ce projet devenir réalité ».


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