Il est des destins hors du commun. Dans Tu seras juif mon fils, Maray Saday nous livre l’itinéraire riche en rebondissements de sa conversion, où l’on sent la main de Dieu intervenir dans l’Histoire. « Il a plu à Hashem de construire ma relation au judaïsme par le spectre de la conversion », confie Saday. La quête de Dieu, la foi, la religion, le mysticisme, Maray est tombé dedans dès le berceau, et aura à l’aube de sa vie voyagé dans les trois monothéismes pour choisir en 2012 de devenir juif.

« La Providence divine influença mes parents en leur inspirant mon prénom », écrit-il. Car Maray veut dire « amer » selon la Torah, et Maître en araméen selon les Amoraïm dans le Talmud. Quant à son nom de famille qui signifie « mon champ » en hébreu ou « les champs », l’écriture hébraïque, obligeant de substituer le Shin en Samekh, pour ne pas avoir à calligraphier le nom d’Hashem, il est déjà une constante fierté pour le jeune postulant qui y voit davantage un appel à la conversion qu’une simple coïncidence.

Du Coran au baptême

Les péripéties familiales des Saday sont celles des populations démunies vivant sous le joug de régimes oppressifs, en quête d’un avenir plus clément sous d’autres latitudes. Avec un père opposant politique à la dictature en place, la famille n’a d’autre choix que de fuir son Congo natal pour l’Europe. La vénalité des passeurs, l’escroquerie, le vol, et les voici dépouillés, démunis, au Sénégal. Le père gagne seul l’eldorado européen et, de là, fera venir sa famille lorsqu’il aura obtenu ses papiers dans le cadre du regroupement familial. Des années plus tard.

A 16 ans, Maray est enfin français et après une brillante scolarité fait des études universitaires. De son grand-père, animiste et sorcier inspiré, il gardera des souvenirs hauts en couleur et, de son passage par l’école coranique au Sénégal, celui d’y avoir excellé dans l’étude. Pourtant, à l’âge de 21 ans il se fait baptiser. Fidèles à leur tradition, ses parents tous deux chrétiens de confession protestante, estiment qu’un individu doit pouvoir choisir sa croyance et sa foi lorsqu’il est en âge de le faire.

Maray qui se destine à être pasteur, entre alors véritablement « en questionnement », mais ne trouve pas dans sa croyance les réponses nécessaires au renforcement de sa foi. Questions sans réponse qui vont le ramener aux sources : le judaïsme. « Je me suis intéressé au fondement de la foi », explique-t-il, « je me suis rendu compte que le christianisme prend sa source dans le judaïsme. Je voulais comprendre pourquoi les ennemis du peuple juif s’acharnent sur lui à ce point, alors qu’il jouit de la bénédiction divine. Je me disais que ce n’est pas pour rien. La vérité doit être là », se souvient Maray, aujourd’hui installé en Israël.

Des fonts baptismaux au mikveh

Il se plonge alors dans l’étude des textes. Dans la cité où il grandit, il se lie d’amitié avec un garçon juif de son âge, qui lui fera découvrir les délices du shabbat et les mystères de la cacherout. Premier contact direct, chaleureux et profond avec le peuple auquel il va décider d’appartenir. « En tant que chrétien, parce que né et éduqué dans une famille ayant hérité de cette foi, je n’ai pas trouvé de place pour une véritable réalisation personnelle. Cette réalisation passant par deux voies : avoir le sentiment d’être un acteur actif pour la guéoula (délivrance), et vivre pleinement sa foi en associant Hashem à chaque niveau, étape et moment de ma vie », écrit-il.

Saday a fait de son témoignage sur son processus de conversion et de la mission au sein du peuple juif dont il se sent investi un récit ludique et généreux, qu’il a construit sur le modèle des cinq dimensions du corps selon le Ari Zal, du plus visible au moins visible : Peau-Chair-Artères-Os-Moëlle, selon les cinq spécificités dont il se sent porteur et qui le rendent plus ou moins identifiable aux yeux d’autrui soit : Noir-Français-Sioniste-Converti-Juif. « Nous devons comprendre le rôle essentiel que joue le converti au sein du peuple juif. Dans son sillage, il amène une somme d’expériences et de connaissances importantes pour le renforcement du peuple. Notre responsabilité à cet effet, en tant que converti est colossale, nous avons un devoir d’exemplarité dans la pratique de la Torah et des mitsvot ; cela est dû au fait que le judaïsme est pour nous un choix et cet ukase divin doit être jour après jour embelli par une crainte palpable d’Hashem. C’est seulement à ce prix que l’alliage, avec ceux qui sont nés juifs, s’opère de la manière la plus fraternelle », écrit-il.

Un an après être devenu Pinhas Elyahou, il fait son Aliya : « Je voulais une ville tranquille, ouverte et tolérante. Je voulais être au centre. Je voulais la mer. » Il s’installe donc à Herzliya. « Il y a plus de Emouna qu’on ne le pense chez les laïcs en Israël, car ils ont intégré les valeurs juives ».

Construire des ponts : une vocation

L’entreprise qu’il a créée en France est aujourd’hui domiciliée dans l’Etat hébreu. Elle a pour but de jeter un pont entre Israël et l’Afrique : il exporte des technologies israéliennes et répond à des appels d’offres en Afrique dans les domaines de l’agriculture et des énergies renouvelables, comme par exemple le solaire. « En faisant mon Aliya, j’ai bénéficié du programme d’intégration des scientifiques. Je vais maintenant finir ma thèse sur les métiers du sport, car sport et politique permettent de participer à des événements internationaux. Tout ce qui montre la société israélienne à l’étranger est positif et contribue à rectifier les idées fausses qui circulent autour de ce pays en plein essor, ce que beaucoup ignorent.»

Pinhas a été interpellé via les réseaux sociaux sur l’immigration clandestine en Israël. Il s’est alors rapproché des 800 Congolais qui lui ont tout appris du cheminement douloureux de leur exil et il y a été sensible. « Ils sont arrivés de manière légale, il ne faut pas faire l’amalgame avec les Soudanais et Erythréens ». Cette rencontre l’a poussé à s’investir. Avec la création d’une Fédération africaine en Israël, il entend bien défendre leur cause. Pourtant, il doit admettre que les immigrés de confession chrétienne sont plutôt pacifiques, alors que ceux de confession musulmane posent davantage problème. « Des Ethiopiens et des Erythréens sont financés par des milices islamistes pour s’infiltrer en Israël et une fois dans la place, y provoquer des troubles », explique-t-il.

Le travail de l’Iran au Congo et en Angola rend compte des manigances iraniennes pour y étendre son influence. L’Iran tente de boycotter la présence israélienne en Afrique qui est un terrain de jeu que se disputent des intérêts divers. « Celui qui aura la main sur les ressources de ce continent aura un train d’avance sur l’avenir », explique l’homme d’affaires.

« Mon objectif avec mes activités professionnelles et politiques, est de développer les relations économiques et des partenariats dans le domaine du développement entre l’Afrique et Israël. Cela permet à Israël de gagner des soutiens sur ce continent. L’Etat hébreu est d’ailleurs devenu, il y a peu, membre observateur au sein de l’Union africaine. C’est très positif », se réjouit-il.
Il est possible à certains de résumer toute leur vie en une seule phrase. Pinhas est de ceux-là : « Tu seras juif mon fils ».


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