Un petit morceau d’histoire

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May 7, 2013 13:41

Le minuscule quartier de Merhavia à Jérusalem comporte un musée, plusieurs maisons de personnages historiques et la résidence du president.




La synagogue Ohel Nehama et le centre communautaire Maalot, rue Chopin.

JFR P20 370. (photo credit: Shmuel Bar-Am)

Coincé entre le quartier juif de Kiryat Shmouel et le riche quartier arabe de Katamon, le minuscule Merhavia menait une paisible existence jusqu’à ce fameux 29 novembre 1947 où l’ONU décida de diviser la Palestine en deux, le plaçant en première ligne. Certes, les actions brutales menées par des Arabes dans les quartiers juifs n’avaient pas manqué jusque-là, mais, dès lors, les violences se sont multipliées de façon drastique.

L’actuelle rue HaPalmach, située juste dans la ligne du feu, a essuyé le plus gros des attaques. Ce n’est qu’à la fin avril 1948 que le calme est enfin venu pour ce petit quartier.

Merhavia ressemble peu aux autres quartiers juifs antérieurs à l’Indépendance, qui avaient pour vocation de loger les nécessiteux, de désengorger la Vieille Ville ou de respecter le commandement biblique de « prendre possession » de la terre d’Israël. Il est né d’une entreprise purement commerciale menée en 1936 par l’homme d’affaires Reouven Zilberstein. Quand, avec deux associés chrétiens, ce dernier achète le terrain de l’actuel Merhavia, il a pour objectif de le revendre à des promoteurs et à des particuliers. Ceux-ci y bâtiront des immeubles et des maisons en vue de les louer ou de les vendre et, dans quelques cas, pour leur utilisation personnelle.

Il y a encore quelques dizaines d’années, on ne trouvait pas une seule synagogue dans ce quartier résolument laïc, qui tenait pourtant son nom de la Bible (Psaume 118 : 5) : « Du fond de ma détresse, j’ai invoqué l’Eternel : Il m’a répondu [en me mettant] au large [Merhavia] ».

Une maison sur pilotis 

Entamez une petite promenade circulaire dans ce quartier très particulier de Jérusalem avec le musée d’art islamique Mayer, que vous trouverez à l’extrémité d’HaPalmach, à l’angle de la rue Hanassi. Avec sa petite dizaine de salles, c’est l’un des plus charmants de la ville. Il présente des milliers d’objets que les musulmans utilisaient dans leur vie de tous les jours au fil des siècles. Des objets si élégants et élaborés que les experts les placent dans la catégorie de l’art fonctionnel.

Une magnifique jarre peinte venue d’Egypte et datant du Xe siècle, une fabuleuse verrerie des IXe et Xe siècles et des harnachements de cheval ornementaux venus de l’Inde du XVIIIe siècle ne représentent que quelques exemples des pièces fascinantes que l’on peut admirer, notamment dans la salle des bijoux. Vous verrez aussi une assiette égyptienne verte et jaune du IXe siècle ornée d’un dessin très coloré et un service à jus de grenade iranien vieux de quinze siècles.

Le musée s’est surtout rendu célèbre par sa superbe collection de 200 montres et horloges anciennes : montres en or de Paris, outils d’horloger, pendule musicale du XVIIIe et horloge à billes. Incroyable mais vrai, cette collection (qui comprend une montre en or et cristal d’une valeur inestimable, créée pour Marie-Antoinette) a été récupérée en 2006 après avoir été volée en 1983.

Engagez-vous ensuite dans la rue HaPalmach et tournez dans l’allée qui jouxte le musée. Une grille verrouillée porte le numéro 10 : postez-vous devant, regardez sur votre droite et vous découvrirez une maison sur pilotis. Il en existe quelques-unes de ce genre à Tel-Aviv, mais elle n’a pas son égale dans le quartier. Reouven Zilberstein l’a construite en 1940 pour y habiter avec sa femme Orna. Elle est invisible de la rue à cause des constructions plus hautes et plus récentes qui l’entourent, mais à l’époque, il n’y avait là que du sable et la vue sur la Vieille Ville était magnifique.

Avant-poste de la Haganah 

La maison représentait donc une cible privilégiée des tirs arabes venus du quartier de Katamon, en contrebas.

L’une de ces attaques survient en février 1948, le jour où Zilberstein marie son fils Herbert.

Les invités s’enfuient en toute hâte. De l’extérieur, peu de choses ont changé depuis, aussi peut-on penser que les trous qui marquent la façade datent de cette époque. Les balcons sont larges et, derrière les pilotis, vous apercevrez une porte vitrée couverte de barres décoratives.

Retournez-vous à présent et cherchez le numéro 9, en face.

L’immeuble actuel occupe l’emplacement d’une maison construite en 1937 au milieu de grands espaces désertiques par le Dr Walter Katz, immigrant allemand. Une maison bâtie à base de morceaux préfabriqués que Katz avait fait venir de l’Allemagne nazie : le prix à payer pour récupérer une partie des biens qu’il avait dû laisser derrière lui ! Au cours des premiers mois de la guerre d’Indépendance, Katz commandait cette zone pour la Haganah et la maison familiale servait d’avant-poste à l’organisation. Son fils Yoram, âgé de 12 ans, participait à l’effort de guerre en montant la garde, en nettoyant les armes et en les transportant d’un endroit à un autre.

Passez le numéro 12 et remontez l’allée du numéro 14 (indiqué sur le côté de l’immeuble). En montant l’escalier, vous pourrez encore voir la maison des Zilberstein sur votre droite.

Tournez à gauche dans un court passage, juste au-dessous de la dernière volée d’escaliers, et vous atteindrez une large étendue de verdure où se dressent des arbres gigantesques : des pins de Jérusalem, un énorme palmier, d’immenses eucalyptus et un cèdre qui ressemble à un sapin de Noël.

Plusieurs bancs permettent de profiter de cette atmosphère bucolique.

Les trois longs bâtiments bas que vous voyez sur la gauche sont appelés les maisons Biberman (Batei Biberman), du nom de leur constructeur. Situées entre les rues HaPalmach et Ben-Avi, elles datent du milieu des années 1940. Pendant la guerre, l’abri anti-bombes du sous-sol s’est révélé une excellente cachette pour la Haganah et représentait, en outre, un lieu sûr pour essayer les nouvelles armes et apprendre à tirer aux nouvelles recrues. 

Sur les lieux du crime 

Une fois disposés à quitter votre banc, traversez le jardin et redescendez (à gauche) sur HaPalmach en passant devant un parterre de fleurs et un adorable poivrier. Vous déboucherez à la hauteur du numéro 18, près d’un petit centre commercial. Jetez un coup d’oeil à la table minuscule placée devant le traiteur du 18b, où Netiva Ben-Yehouda est venue s’asseoir chaque jour jusqu’à sa mort, il y a deux ans, à l’âge de 83 ans. Courageuse commandante du Palmach, la fougueuse Netiva a pris part à de nombreux combats pendant la guerre d’Indépendance. Plus tard, avec Dahn Ben-Amotz, elle a coécrit un dictionnaire humoristique de l’argot hébreu. De 1995 à 2009, elle a animé, sur Radio Israël, une émission nocturne où elle discutait avec les auditeurs et passait de vieilles chansons israéliennes.

Un crime célèbre a été commis en face, sur la place Ben-Zion Guini, du nom du premier ingénieur juif de la ville. La victime était le comte Folke Bernadotte, médiateur nommé par l’ONU. Bernadotte venait de mettre au point une proposition d’accord dont il espérait qu’elle ferait cesser les combats pour l’indépendance d’Israël. Parmi ses suggestions : donner le Néguev aux Arabes et faire revenir les réfugiés arabes sur les territoires contrôlés par les Juifs.

Le 17 septembre 1948, craignant que le nouveau gouvernement israélien n’accepte ce plan, des membres du groupe Stern ont tendu une embuscade au niveau de cette place. L’un d’eux a tué Bernadotte et son aide, André Sérot.

Descendez la rue Hagdoud HaIvri, où se dressent d’autres pins gigantesques, puis tournez à gauche dans Mevo Yoram.

Cette petite rue doit son nom à Yoram Katz, le fils de Walter Katz, tué en 1955 dans des échauffourées avec les forces syriennes sur la rive est du lac de Tibériade. Il avait 19 ans.

Vers le bois de la lune 

Les quatre histoires rattachées au numéro 5 de la rue datent des années 1950. Le bâtiment est parfois appelé la Maison des consuls, car plusieurs de ses habitants étaient diplomates. Yemima Chernovitz, auteur bien connu des enfants qui ont grandi en Israël à cette époque, y a vécu.

L’animateur de télévision Gil Hovav a pour sa part grandi dans la maison d’en face, au 6, Mevo Yoram. Hovav a commencé sa carrière de journaliste en parlant des bars de Jérusalem dans l’hebdomadaire local Kol HaIr. Aujourd’hui, on le connaît comme chef cuisinier et ce sont plutôt les restaurants qu’il fréquente. Gil Hovav anime des émissions de cuisine très populaires à la télévision. Au numéro 9, habitait l’écrivain, dramaturge et critique littéraire Nathan (Agmon) Bistritzky.

Un haut pin de Jérusalem domine cet édifice bien préservé, construit dans les années 1940. Situé à l’extrémité sud de Merhavia, c’était à l’époque l’un des rares bâtiments du quartier à appartenir à des juifs.

Né en Ukraine, Bistritzky a immigré en 1920 et rejoint les agriculteurs pionniers du village de Betaniya. Bien connu pour ses personnages controversés, comme le messie autoproclamé Shabbataï Tzvi et Judas Iscariot, il a travaillé 30 ans pour le KKL comme responsable de la jeunesse et de l’information.

En poursuivant dans la même direction, vous parvenez à un sentier menant à Hourshat Hayareach (bois de la lune), plein de vieux chênes et de pins, de fleurs et d’amandiers. Dans les années 1980, les promoteurs ont fait des pieds et des mains pour acquérir ce terrain, planté d’arbres au XIXe siècle pour entourer une léproserie. L’âpre combat mené par les écologistes et les riverains a cependant porté ses fruits et le terrain a fini par être classé « jardin public ».

Rue Chopin, la bien nommée ? 

Enfin, le sentier se termine par quelques marches menant à la rue Chopin. Le célèbre compositeur et pianiste virtuose polonais est tenu par beaucoup pour un antisémite, mais en 1960, à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, son nom a néanmoins été attribué à cette rue, peut-être parce qu’elle avait été choisie pour accueillir le futur théâtre et la salle de concert de Jérusalem.

Commencée en 1964 et achevée en 1971, la construction du théâtre a été principalement financée par la famille de philanthropes Sherover. Une aile abritant la vaste salle de concert Henry Crown et deux auditoriums plus petits a ensuite ouvert en 1986. La place Miles Sherover, devant l’entrée principale, comporte une grande statue en béton, oeuvre du fameux sculpteur Yehiel Shemi. Son nom, très imaginatif : « Sculpture en béton ».

De retour dans la rue Chopin, passez l’entrée secondaire du théâtre et arrêtez-vous devant le centre communautaire Maalot et la synagogue Ohel Nehama, construits par le célèbre architecte David Cassuto. L’association à but non lucratif qui gère ce bâtiment peu commun, inauguré dans les années 1980, propose des cours de judaïsme en hébreu et en russe pour nouveaux immigrants. Elle va également chercher des enfants éthiopiens habitant des quartiers éloignés pour leur faire suivre des cours de bar et batmitzvah.

Enfin, elle collecte et distribue des vêtements et des meubles pour des familles nécessiteuses (appelez Freddy Siesel au 054.567.2242 si vous avez des choses à donner).

Juste à côté, le centre juridique de Jérusalem Israël Bar a été achevé en même temps que son voisin. Un large escalier mène aux trois arches qui composent l’entrée de cet édifice moderne plutôt original.

Tournez dans la rue Hanassi, qui borde Kiryat Shmouel. C’est là que vit notre président. Terminez votre promenade chez lui, au 15 rue Hanassi (le premier bâtiment de Merhavia), puis, si ce n’est pas encore fait, allez visiter le musée d’art islamique, en face. Celui-ci est ouvert 7 j/7 et accessible aux handicapés.

Pour en savoir plus sur les horaires et les tarifs, consultez le site www.islamicart.co.il/. Pendant les vacances scolaires, des ateliers et des spectacles pour enfants sont organisés.


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