Une agriculture 100 % casher

L’institut Adamah propose un cursus d’agriculture et de culture juive.

By PAUL FOER
November 6, 2012 14:01
Une agriculture casher

0711JFR14 521. (photo credit: centre Pearlstone)


Nadav Slovin cultive des pommes de terre sur les collines de Litchfield, dans le Connecticut.
Avec sa barbe rousse et son chapeau de paille, on pourrait le prendre pour un paysan Amish, si l’on ne voyait pas des tsitsit pendre de sa ceinture et une kippa dépasser sous son chapeau.

Slovin a 22 ans et il vient d’une famille juive massorti du Massachusetts. Il est l’un des étudiants inscrits au centre Isabella Freedman pour suivre, à l’institut Adamah, un cursus d’agriculture et de culture juive.

Il fait très beau en ce vendredi après-midi et c’est donc à l’ombre d’un arbre qu’un petit groupe d’étudiants d’Adamah bavardent, installés en cercle. Ils se préparent pour le Shabbat tout proche, et évoquent aussi la journée “portes ouvertes” annuelle de la ferme, prévue le dimanche qui suivra. Puis ils se rendent vers la rivière qui sert à irriguer non seulement les champs, mais aussi les âmes en leur tenant lieu de mikvé. Ils sont entre hommes, bien sûr, quand ils descendent vers un coude où l’eau est très profonde et où ils vont pouvoir s’immerger entièrement.

En ce chaud après-midi de juillet, l’endroit est bucolique.

L’été précédent pourtant, cette même rivière a quitté son lit sous l’effet de pluies violentes, inondant les champs et détruisant les récoltes.

Qu’il pleuve ou qu’il vente, toutefois, le personnel d’Adamah et ses étudiants font tout pour se nourrir euxmêmes et pour fournir des produits de la ferme aux actionnaires qui en ont acheté des parts afin de soutenir ce projet d’agriculture communautaire.

Ici, on vend des cornichons, du fromage et des fruits rouges en conserve, et l’on fournit les ingrédients pour les repas du centre Freeman, qui reçoit des groupes et organise des conférences autour du judaïsme.

“Me relier à la terre c’est me relier à mon Créateur”

 Rachel Stern se met toujours au travail de bonne heure : là, elle est occupée à ramasser des oeufs dans le poulailler comme si elle avait fait cela toute sa vie. Il est vrai que cette étudiante de dernière année a grandi dans une petite ferme familiale du Vermont. “Mais chez mes parents”, confie-t-elle, “on ne célébrait rien d’autre que Pessah et Hanoucca. Et encore, c’était pour faire plaisir à ma grandmère !” Si le judaïsme n’a donc guère été présent dans son éducation, il est devenu une passion à la fin de son adolescence.

“J’ai commencé à explorer et à étudier un peu le judaïsme à l’université et actuellement, je me spécialise en religion.

Cela me permet de trouver du sens à ma vie.”

Cet itinéraire personnel a mené tout naturellement Sarah vers Adamah. “J’avais envie de faire une expérience de vie communautaire juive”, raconte-t-elle. “Ici, j’ai découvert la richesse que procure le fait d’appartenir à une communauté dont les membres ont tous les mêmes motivations et qui repose sur des bases vraiment spirituelles.”

Slovin, qui est arrivé à Adamah avec un bagage juif nettement plus conséquent, recherchait pour sa part un moyen d’établir des liens plus profonds avec ce qu’il appelle “ma source, moi et mon environnement.” Il s’explique : “Me relier à la terre, qui est la source concrète qui me permet de vivre, c’est me relier à mon Créateur.

Travailler la terre est devenu un jeu pour moi, comme une danse créatrice qui magnifie les dons que nous fait Hashem [Dieu].”

L’été qu’il vient de passer à Adamah n’a toutefois pas été pour lui, semble-t-il, un long fleuve tranquille. “Les conflits étaient aussi nombreux que les fleurs sur un pied de concombre”, raconte-t-il. “Mais de ces fleurs, naissent des concombres, de magnifiques relations et des expériences enrichissantes qui m’ont appris de quelle façon je m’intègre dans une communauté, comment je me relie au judaïsme, comparé à mes camarades, et comment je peux m’améliorer, afin de devenir un individu plus sensible et plus humain. En fait, chercher à être plus responsable, plus tourné vers autrui, plus humble, c’est chercher à être un meilleur Juif. Mes expériences chez Adamah ont approfondi ma relation avec ma source, avec moi-même et avec mon environnement.”

Le directeur d’Adamah est Shamou Sadeh, fils de Juifs hongrois. Avec la famille qu’il a fondée, il a quitté Washington pour s’installer dans une région rurale du Maryland, afin d’y élever des chèvres et de vivre du lait et du fromage qu’elles donnaient. Sa mère est tisserande, son père écrivain et horticulteur, descendant de Juifs qui travaillaient la terre en Europe.

Aujourd’hui, Sadeh habite avec sa femme et ses enfants à proximité de la ferme, mais il fait bien davantage que superviser. Il fournit aux étudiants un cadre pour travailler, étudier et réfléchir en suivant pendant trois mois une formation au leadership, appelée Adamah Jewish Environmental Fellowship. Destiné aux jeunes adultes de 20 à 32 ans, le programme traite d’agriculture biologique, de vie en autarcie, de culture juive, de création de communautés et de pratique spirituelle. Les élèves travaillent à la ferme, dans la cuisine commerciale et avec les chèvres pendant la journée. Et le soir, ils étudient le judaïsme, la constitution de communautés et le management.

Comme l’affirme le prospectus, Adamah “relie les gens à leurs racines, à la terre, à une communauté, au judaïsme et à eux-mêmes en leur proposant des programmes visant à construire un monde plus durable.

Cultivons les âmes et le sol, récoltons des hommes et des cornichons.”

Les cornichons : une affaire sérieuse 

Ça y est, la journée portes ouvertes bat son plein. Déjà, un petit groupe est parti dans les champs récolter des concombres, dont les participants feront ensuite des cornichons. Pendant ce temps, Jack Wertenteil et ses deux enfants, Pinny et Sarah, Juifs pratiquants, se régalent d’une pizza cuite au feu de bois dans le four extérieur, après avoir suivi une conférence sur un camion alimenté à l’huile végétale, utilisé sur la ferme. Tout à l’heure, eux aussi apprendront à confectionner des cornichons et ils en rapporteront quelques bocaux chez eux, dans le New Jersey. D’autres visiteurs, amis et sympathisants, ont préféré à la pizza des fruits et des légumes frais. Ils ont aussi appris à traire les chèvres. Peut-être choisirontils, un peu plus tard, de suivre Jon Greenberg, agronome spécialiste de l’étude des plantes et de la nature dans la Torah et la tradition juive. Celui-ci doit mener une visite guidée dans les champs et vergers voisins, pimentant ses explications de récits tirés du Midrash et d’exégèses, liés aux plantes qu’il décrit.

Deux semaines plus tard, dans la ferme très similaire du centre Pearlstone, à Reisterstown, également dans le Maryland, Morris Patitz, diplômé d’Adamah, explique à un groupe d’éducateurs juifs comment fabriquer les fameux cornichons, de manière à ce qu’ils puissent ensuite enseigner cet art à leurs propres élèves.

La mission que s’est donnée le centre Pearlstone est très similaire à celle d’Adamah : “Incarner et inspirer une vie pleine, saine et écologique à travers l’expérience d’une éducation fondée sur le judaïsme, l’agriculture et la protection de la nature.”

Le centre Pearlstone n’est pas aussi rural qu’Adamah. S’il est même un peu plus “chic”, son personnel n’en compte pas moins des diplômés de ce programme, plus ancien et plus reconnu. Cet après-midi-là, une cinquantaine d’enseignants se sont donc promenés à travers des champs, des serres et des pâturages afin de rassembler les ingrédients nécessaires au repas du soir. Ils reviennent les bras chargés d’aubergines, de tomates, de poivrons et autres produits de la terre. Ils se divisent en petits groupes pour préparer une salade israélienne, des légumes grillés ou d’autres plats colorés. Certains font déjà chauffer une marmite de lait de chèvre en vue de fabriquer du fromage frais aux herbes du jardin. Dans deux poêles géantes, mijote un shashlik végétarien avec les oeufs que l’on vient de ramasser dans le poulailler. Les cornichons, eux, sont déjà prêts. Bref, la petite foule qui se démène dans la cuisine s’apprête à déguster un typique repas de ferme communautaire et s’en lèche les babines...
Alors c’est donc ça, la nouvelle cuisine juive ? 


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