Aux Philippines, des héros ordinaires

By GALIT EDUT
December 24, 2013 18:56

La mission humanitaire israélienne vient de rentrer après 15 jours sur l’île dévastée




L'équipe israélienne au grand coeur

P10 JFR 370. (photo credit: Reuters)

Deux semaines de mission humanitaire. Les 147 membres du Commandement du front intérieur de Tsahal et du corps médical envoyés pour secourir et assister la population philippine après le passage de l’ouragan Haiyan sont rentrés en Israël. Dans l’avion de retour, ils évoquaient pêle-mêle fatigue, enthousiasme, bonheur et satisfaction.


Grâce à l’hôpital de campagne qu’ils ont construit à Bogo City, ils ont pu soigner 2 686 Philippins, hommes, femmes et enfants blessés pendant l’ouragan. Face à la violence de la catastrophe, l’équipe israélienne a mis tout son cœur à l’ouvrage.


Les Philippines ont subi 22 ouragans cette année seulement. Motifs : la chaleur condensée dans les couches supérieures de l’atmosphère, et des différences de pression qui produisent des vents violents. La dernière tempête a traversé les Philippines début novembre à une vitesse de 320 km/heure, dévastant tout sur son passage de façon effroyable.


Les résidents locaux, pourtant habitués au climat violent, ont été sidérés par l’intensité de l’ouragan Haiyan, considéré comme la pire tempête de l’histoire des Philippines. Plus de 5 000 personnes ont perdu la vie, des milliers sont toujours officiellement portées disparues, et des centaines de milliers d’habitants ont été évacués de leurs maisons. Les réseaux d’électricité et de téléphone ont été coupés, les canalisations endommagées, les routes bloquées, et les équipes de secours ont eu les pires difficultés pour atteindre les survivants.


La Tikva tous les matins


Cinq jours après le coup de tempête, la délégation israélienne a atterri en plein chaos avec 90 tonnes de matériel médical, fermement déterminée à assister cette population en détresse. Les équipes du Commandement du front intérieur et du Corps médical se sont attelées à mettre en place un hôpital de campagne de 15 tentes, tout près d’un hôpital local.


Chaque tente abritait un service différent : pédiatrie, urgences, radios, laboratoire, et salles d’opération et d’accouchements.


L’aspect mobile de l’hôpital n’a pas entravé le travail des médecins : les patients étaient enregistrés dans le système informatique en bonne et due forme. Soixante membres du personnel médical travaillaient dans cet hôpital de fortune, parmi lesquels de jeunes militaires en service et des soldats réservistes. D’autres bénévoles, sans lien avec l’armée, ont également accepté de se joindre à la délégation.


« Nous ne savions pas exactement ce qui nous attendait sur le terrain à notre arrivée, aussi avons-nous décidé d’amener autant de spécialistes que possible, en particulier ceux auxquels l’armée n’a normalement pas recours, comme des sages-femmes, des pédiatres et des spécialistes des soins néonatals », explique le lieutenant-colonel Racheli Mizan, responsable des soins infirmiers de Tsahal.


Dès que l’ordre d’envoyer une délégation aux Philippines a été donné, Mizan a commencé à rassembler une équipe composée des meilleurs professionnels qu’elle a pu trouver, autant au sein de l’armée que dans la société civile. Elle s’est adressée aux infirmières en chef de chaque hôpital israélien pour obtenir leurs recommandations.


« Les infirmières doivent être expérimentées, professionnelles et chaleureuses. Nous avons également besoin de personnel solide et aguerri émotionnellement », explique-t-elle. Elle ajoute qu’elle n’a essuyé aucun refus auprès des personnes contactées.


Inbal Amit est une de ces bénévoles. Elle est infirmière en chef au service de médecine interne du Centre médical Sheba. Lorsque Racheli Mizan lui a proposé de se joindre à l’équipe, Amit a accepté sur-le-champ, sans la moindre hésitation.


« Je lui ai dit “oui” avec plusieurs points d’exclamation », confie Amit. « C’est seulement après avoir accepté que j’ai commencé à réaliser. Qui vais-je trouver pour me remplacer au travail ? Et comment ma famille va-t-elle pouvoir se passer de moi – mes enfants n’ont qu’une seule mère. Je me suis demandé comment ce serait là-bas. Je me sentais prête professionnellement et émotionnellement, et je savais que je voulais apporter ma contribution pour aider à sauver des vies. »


Elle a donc ôté sa blouse d’hôpital et enfilé celle de l’équipe de l’armée israélienne. Tous les matins, les membres de la délégation entonnaient la Tikva, mangeaient des rations militaires et dormaient dans des locaux communs.


« Les membres de l’équipe ont tous donné beaucoup plus que ce que l’on attendait d’eux », souligne-t-elle fièrement.


Sans eau, électricité ou moyens de communication


Lorsque l’équipe israélienne est arrivée sur l’île, toutes les infrastructures étaient complètement détruites. Il était très difficile d’apporter une assistance médicale dans ces conditions. « Il n’y avait pas de lumière dans la salle d’accouchement, et la future maman devait tenir une lampe de poche pour que le personnel puisse voir ce qu’il faisait », explique Michal Peres, une sage-femme du Centre médical Meir de Kfar Saba. « Il y avait deux ou trois femmes allongées sur le même lit, côte à côte. C’était inimaginable »


Dans ces conditions difficiles, sans eau courante et sans moyen de communication pour contacter leur famille chez eux, l’équipe israélienne a cependant réussi à rétablir l’électricité et permis à d’autres femmes d’accoucher dans une pièce éclairée.


« Toutes mes craintes se sont vues confirmées. J’ai été accablée par la chaleur. L’hygiène du camp laissait vraiment à désirer… », raconte Peres. « Mais j’ai surmonté mon appréhension, et chaque matin, j’arrivais le sourire aux lèvres. »


Après avoir passé la nuit dans les pièces mises à leur disposition à proximité de l’hôpital, les infirmières dévouées commençaient leur journée à 6 h 30 tous les matins.


« Les chambres étaient minuscules, mais tout ce dont nous avions besoin était un endroit pour dérouler nos sacs de couchage et reposer nos têtes », explique Racheli Mizan.


Pendant les premiers jours, le seul moyen de se laver pour le personnel était une bouteille d’eau minérale et un savon spécial. « Nous avons tous reçu les vaccins nécessaires », souligne-t-elle. « Personne n’était inquiet ».


Au moment prévu pour la mise en route officielle de l’hôpital de campagne – à 8 heures du matin – tout était déjà en place. « Quand il pleuvait pendant la nuit, il fallait sécher tout ce qui avait été mouillé par l’eau qui s’infiltrait dans la tente », se souvient Amit.


Environ 800 enfants ont été soignés à l’hôpital. Certains d’entre eux, coincés sous les décombres, ont perdu des membres dans l’effondrement d’édifices. D’autres présentaient des surinfections.


« Nous nous sommes occupés d’un enfant de deux ans atteint de méningite. Ses parents avaient demandé son transfert à l’hôpital israélien car ils avaient entendu dire qu’il offrait le meilleur traitement dans la région », raconte Orna Tzouria, l’infirmière en chef de l’hôpital pour enfants Safra à Tel Hashomer. « Après un traitement intensif de 24 heures, nous avons réussi à le stabiliser et avons pu le faire transférer dans un hôpital local pour la suite du traitement. Je suis très contente que nous ayons réussi à appliquer les normes de soins israéliennes, comme elles sont pratiquées dans les hôpitaux chez nous. »


Quand la demande se faisait moins pressante, les membres du personnel allaient assister leurs collègues, ou trouvaient d’autres tâches utiles à effectuer.


« On a tous mis nos ego de côté », affirme Tzouria. « S’il fallait nettoyer quelque chose, débarrasser les poubelles ou déplacer un objet quelconque, tout le monde s’y mettait. Si je pouvais reproduire cette éthique de travail chez nous, ce serait vraiment formidable. » Les bénévoles israéliens ont pu rester en contact avec leur famille, principalement grâce aux messages WhatsApp sur Smartphone. Tous ont laissé derrière eux un conjoint et de jeunes enfants. Cependant leurs familles (d’origine et élargies) se sont toutes mobilisées pour fournir l’aide nécessaire tandis qu’ils étaient occupés à secourir une population en détresse à l’autre bout du monde.


Amit a énormément manqué à ses trois enfants, âgés de 6 à 13 ans, mais ils étaient aussi très fiers d’elle. « Ils n’ont pas vraiment compris pourquoi je partais », explique-t-elle. « Mais ils se sont entraidés et ont tout fait pour traverser cette période le mieux possible. Je crois que l’éducation de nos enfants passe en partie par l’exemple. Il ne suffit pas de leur répéter qu’il est important de faire du bénévolat. J’ai de la chance d’avoir pu me rendre utile auprès de ceux qui sont dans le besoin. »


« Le personnel philippin est extrêmement bien formé, mais leur équipement est vieux de 20 ans », continue l’infirmière. « Les conditions que nous avons eues sont monnaie courante pour eux. Chez nous, en cas de naissance prématurée ou si les nouveau-nés sont en danger, ils sont immédiatement transférés à l’USIN (Unité de soins intensifs néonatals). Mais ici, le bébé est remis à la mère, qui fait de son mieux pour le maintenir en vie. Nous ne sommes pas habitués à de telles pratiques. »


Tsahal, toujours prêt à partir


Seulement une fois rentrées chez elles, ces quatre infirmières vont pouvoir tirer les leçons de ces expériences intenses, qui les accompagneront toute leur vie. « La dernière fois que je me suis envolée pour l’étranger avec une équipe de secours, c’était après le tremblement de terre de 1999 en Turquie », raconte Mizan. « J’étais alors jeune officier, et ce qui est resté gravé en moi, c’est l’intensité et le sentiment de responsabilité qui pesaient sur l’armée israélienne. Nous avions travaillé sans relâche pour secourir la population turque lourdement touchée ».


Pour Orna Tzouria, ce voyage est l’une des expériences les plus marquantes qu’elle ait jamais vécues. « Je suis venue ici pour aider ces gens à se remettre sur pieds », explique-t-elle, « mais au contraire, c’est moi qui en ressors renforcée. »


Des catastrophes naturelles, tremblements de terre, tempêtes, inondations ou raz-de-marée détruisant des villes entières, se produisent constamment et partout. Quels sont, alors, les critères retenus par l’armée israélienne pour décider ce qui justifie l’envoi d’une équipe de sauvetage ? « Nous sommes toujours prêts à partir en mission, là où l’armée nous en donne l’ordre », répond le lieutenant-colonel Haïm Elisha de l’Unité de recherche et de sauvetage du Commandement du front intérieur. « Et n’oubliez pas que les Philippines nous ont aidés lors du vote à l’ONU en faveur de la création d’un Etat juif. »


Fort de sa propre expérience dans les régions où son unité s’est déployée, l’officier affirme que partout, Israël et l’armée israélienne ont une excellente réputation.


« On entend partout parler de l’Etat hébreu en termes extrêmement positifs. L’armée israélienne est considérée comme une organisation qui sauve des vies et vient volontairement en aide à ceux qui en ont besoin. Et n’est-il pas écrit dans le Talmud « Qui sauve une seule vie, sauve l’humanité tout entière ? », ajoute-t-il. « Prendre part à ce type d’événements procure un sentiment de satisfaction que rien d’autre ne peut apporter. C’est la cinquième fois que je participe à une équipe de secours, et si on me demande de le faire à nouveau, je partirai sans hésiter. »


Pendant que le personnel médical travaillait à l’hôpital, les autres membres de l’équipe du front intérieur participaient à la reconstruction d’une école entièrement détruite dans la tempête. « En moins d’une semaine », explique Elisha, « nous avons restauré leurs salles de classe et réparé le toit. Les enfants ont chanté des chansons en hébreu et nous ont embrassés. Jusqu’à notre arrivée, ils vivaient sans électricité et ne pouvaient rien faire. Mais dès le début de notre intervention, ils se sont mis à travailler activement pour tout remettre en ordre. C’était tellement incroyable à voir – j’en ai eu les larmes aux yeux. »


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