Egypte : cherche alliés désespérément…

36 soldats égyptiens tués et 31 autres blessés, tel est le bilan de l’un des attentats les plus sanglants de l’année dans le Sinaï du Nord.

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October 29, 2014 14:55
La rencontre à New York en septembre entre Obama et Sissi n’a pas mis fin à la crise.

La rencontre à New York en septembre entre Obama et Sissi n’a pas mis fin à la crise.. (photo credit: REUTERS)

Ansar Bait al-Maqdis est le fer de lance des groupes djihadistes prêts à tout pour plonger l’Egypte dans le chaos. L’armée a lancé une vaste offensive pour éliminer ces groupes ; elle soutient avoir tué plus de 600 terroristes, détruit la plupart de leurs repaires fortifiés et saisi quantité d’armes et d’explosifs ; quelque 1 875 tunnels auraient été détruits ou bloqués. Il s’agit là de revers sérieux pour les extrémistes, solidement implantés au sein de la population du Nord de la péninsule et qui peuvent compter sur leurs réseaux de Bédouins de la région. Ils reçoivent des renforts constants en hommes et en matériel transitant par les frontières du pays.

La bande de Gaza sert de plaque tournante et de base logistique à toute cette activité. On y fabrique des armes, prépare des explosifs, forme les terroristes avant de faire passer les uns comme les autres dans la péninsule. Il se trouve toujours assez de tunnels pour cela. Mais c’est des frontières avec la Libye et avec le Soudan qu’arrivent des terroristes en nombre croissant et des armes. La frontière séparant l’Egypte de la Libye s’étend sur 1 200 kilomètres de terrains désertiques ou montagneux, rendant tout contrôle difficile, sinon impossible, vu l’anarchie qui règne en Libye.
Le pays n’est plus en état de fonctionner ; sa capitale a été en partie conquise par des milices islamiques ou tribales. Gouvernement et parlement se sont réfugiés à Tobrouk, non loin de la frontière égyptienne. Une frontière près de laquelle sont massées des centaines de djihadistes, certains venus de Syrie et d’Irak. Des dizaines de soldats égyptiens ont été tués au cours d’accrochages avec ces terroristes.

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Et ce n’est pas tout. Militants et armes transitant par le Soudan passent en Libye à travers la frontière longue de 400 kilomètres entre les deux pays. Il n’est par ailleurs pas impossible que l’Iran continue à envoyer des armes vers le Sinaï. Dans ses efforts pour déstabiliser l’Egypte, Téhéran est prêt à aider les extrémistes sunnites – comme il l’avait fait avec al-Qaïda.

L’erreur de Moubarak

Durant son long règne, Moubarak avait laissé les réseaux de passeurs et de contrebandiers se développer tant à travers l’Egypte que dans la péninsule du Sinaï, persuadé que cela ne créait problème qu’à Israël. Mais aujourd’hui, son pays paye cher aujourd’hui cette erreur d’appréciation.
Confronté à cette menace dramatique, le président Sissi pensait pouvoir compter sur l’aide de l’Amérique, dont l’Egypte a été l’allié fidèle pendant des dizaines d’années. Mais la Maison-Blanche, qui n’a pas pardonné à Sissi la chute du président Morsi et l’exclusion du pouvoir des Frères musulmans, a immédiatement décrété un embargo sur les armes à destination de l’Egypte. La rencontre à New York entre Obama et Sissi n’a pas mis fin à la crise. Obama aurait soulevé la question des droits de l’homme ; son interlocuteur aurait rétorqué en déclarant qu’il était prêt à rallier la coalition contre l’Etat islamique – sans envoyer ses soldats se battre, car il en avait besoin pour défendre son propre pays contre le terrorisme.
Les relations entre les deux pays sont toujours difficiles, même si l’Amérique s’est enfin décidée à débloquer les hélicoptères Apache qui auraient déjà dû être livrés il y a des mois.

Privé de ce soutien essentiel, le président égyptien a dû chercher ailleurs. Il consolide en ce moment sa propre coalition qui repose sur les pays d’Afrique du Nord confrontés, comme lui, à la menace venue de Libye, notamment le Soudan et l’Algérie. Il a aussi établi des contacts directs avec le gouvernement légitime de la Libye ; son Premier ministre, Abdullah al Thani s’est rendu au Caire à la mi-octobre et un accord de coopération entre les deux armées a été signé.
L’Egypte va former les forces de sécurité libyennes, police comprise : la frontière sera surveillée conjointement et les services de renseignement échangeront leurs informations. Cet accord a été rapidement suivi d’effet. Des avions « non identifiés » ont bombardé l’aéroport de Tripoli tenu par des milices islamiques et tribales. L’Egypte a été montrée du doigt et la Maison-Blanche a été prompte à condamner. Le Caire a répondu par un démenti officiel selon lequel ses forces ne sont pas intervenues au-delà de ses frontières.

Il semble que les raids aient été effectués par des pilotes de l’armée libyenne décollant à partir d’aéroports égyptiens à bord d’appareils égyptiens ou appartenant aux Emirats Arabes Unis. Grâce à ces attaques, l’armée libyenne a pu reprendre l’offensive contre les islamistes et, appuyée par un ancien dissident, le général Khalifa Haftar, a reconquis Benghazi et marche sur Tripoli.

Le tout pour le tout

Sissi s’est ensuite tourné vers le président soudanais. Rien n’a filtré de leurs discussions ; le porte-parole du président égyptien s’est contenté de dire que les deux chefs d’Etat avaient décidé de coopérer, en particulier face à la menace commune venue de Libye.
Autre décision, l’établissement d’une zone de libre-échange le long de leur frontière. Les deux présidents ont aussi convenu d’agir d’un commun accord sur la question du barrage en voie de construction par l’Ethiopie sur le Nil Bleu, barrage qui risque de réduire les quotas de l’eau du fleuve attribués à l’un et l’autre pays. En invitant au Caire Omar el-Bashir, qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour, le président égyptien a pris le risque de s’aliéner l’opinion publique internationale. Il l’a fait parce que, privé de l’aide américaine, son pays a un besoin impérieux d’alliés.

La semaine dernière, Sameh Shukri, ministre des Affaires étrangères d’Egypte, s’est rendu à Alger pour tenter de convaincre les Algériens, qui ont 600 kilomètres de frontière commune avec la Libye, de se joindre à la coalition. Au cours de ses entretiens avec le président Bouteflika, il a insisté sur la menace que pose la Libye pour tous les pays frontaliers.

Contre la terreur islamique

A la suite des attentats du samedi 25 octobre, le président Sissi a annoncé déclencher une guerre sans merci contre les terroristes. Le problème est que ces derniers se cachent au milieu des populations civiles, comme il a été dit plus haut.
Dans un premier temps, l’état de siège a été décrété au Sinaï du Nord et le poste frontière de Rafah avec Gaza a été fermé. La délégation du Hamas qui devait arriver lundi au Caire pour la poursuite des négociations avec Israël à la suite de l’opération Bordure protectrice a été priée de rester chez elle. Les autorités égyptiennes accusent plus ou moins ouvertement le Hamas d’être impliqué dans l’attentat.

Des experts militaires préconisent l’évacuation de tous les Bédouins de la région du Sinaï du Nord afin de pouvoir mieux repérer les terroristes. Une mesure peu probable – pour le moment. Mais il est question de créer une zone tampon entre Gaza et l’Egypte. Sur une bande d’un à trois kilomètres bouclée par une barrière de sécurité, on ne laisserait aucun bâtiment et pas la moindre végétation.

Ce combat tous azimuts coûte cher à l’Egypte. Le président Sissi, qui comptait canaliser les efforts et les ressources de son pays pour effectuer les réformes économiques et sociales indispensables à son développement, doit se battre contre la terreur islamique qui cherche à détruire l’Egypte comme elle a détruit la Libye, la Somalie, le Yémen, la Syrie et l’Irak.
La coalition qu’il s’efforce de construire ne compensera pas l’absence de l’aide américaine, mais il fait flèche de tout bois. Il n’est pas impossible qu’il se tourne vers la Russie, avec laquelle il a déjà conclu un important marché de fourniture d’armes. S’il n’arrivait pas à contenir la menace terroriste, ce serait une catastrophe non seulement pour le Moyen-Orient, mais encore pour l’Occident. On peine à comprendre pourquoi les Etats- Unis et l’Union européenne, loin de lui venir en aide, n’ont pas l’air de se préoccuper de la situation.


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