La tension monte au Caire à l’approche du 30 juin

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June 25, 2013 12:19

L’appel à la révolte gronde contre un président désavoué, accusé d’avoir trahi la révolution.




Manifestants égyptiens devant le palais présidentiel au Caire, le 4 décembre 2012.

P8 JFR 370. (photo credit: Reuters)


A l’approche du 30 juin, premier anniversaire de l’entrée en fonction du président égyptien, des manifestations monstres s’organisent pour réclamer sa démission. Jamais sa popularité n’a été aussi basse. L’an dernier elle était de 58 % ; selon un sondage récent elle ne dépasse pas aujourd’hui 28 %. Les jeunes descendus dans la rue pour mettre fin au régime Moubarak appellent à « La révolte » – le nom de leur nouveau mouvement – contre un président qui, selon eux, a trahi la révolution, instauré un régime dictatorial et répressif et n’a rien fait pour redresser une situation économique catastrophique ; le président ne pense qu’à mettre en place à tous les postes de l’état des membres de la confrérie des Frères musulmans, organisation qui ne fait pas mystère de son intention de rétablir le califat.

Morsy, qui en faisait partie, a démissionné après son accession à la présidence, mais son allégeance est restée entière. Il vient de nommer, à la tête du ministère de la Culture, un Frère musulman qui s’est empressé de remplacer les chefs de tous les départements – musique, théâtre et arts plastiques.

Une mesure qui a scandalisé les Egyptiens et s’ajoute aux mesures similaires prises au ministère de l’Education et à celui des Cultes.

La Confrérie parachève ainsi son emprise sur l’éducation, la religion et les activités culturelles, les trois secteurs qui vont lui permettre de mouler à son idéologie les futures générations.

Porter atteinte aux libertés civiles 

Le président a nommé, ces joursci, 17 nouveaux gouverneurs de province. Sept d’entre eux sont membres de la Confrérie, mais le véritable scandale est la nomination à la tête de la province touristique de Louxor d’un membre de la Gamaa al-Islamiya, l’organisation terroriste qui a perpétré en 1997 dans cette ville un attentat meurtrier ou plutôt un massacre : 57 morts, la plupart des touristes étrangers. Autre sujet de discorde : la Chambre basse du parlement ayant été dissoute par les tribunaux, Morsy a délégué temporairement les pouvoirs législatifs que lui confère la nouvelle constitution à la Chambre haute. Il la presse de légiférer conformément au programme de la Confrérie.

D’où une série de lois portant atteinte aux libertés civiles : loi limitant le fonctionnement des ONG, loi « organisant » le processus électoral de façon à favoriser les Frères musulmans et enfin loi sur les droits politiques des citoyens qui limite en fait certains de ces droits.

La Cour suprême de la constitution a invalidé plusieurs de ces lois.

Les « révoltés » ont lancé une pétition déclarant que Morsy avait perdu toute légitimité, et se sont engagés à réunir quinze millions de signatures avant le 30 juin. Ils proclament en avoir déjà recueilli sept et travaillent maintenant à l’organisation des manifestations contre Morsy et contre la Confrérie qui devraient atteindre leur point culminant le 30 juin.

Leur but : forcer le président à démissionner. Le succès est loin d’être assuré. Certes, la plupart des partis non islamistes soutiennent leur initiative et participeront aux grandes manifestations de la fin du mois. Le Front de salut national dirigé par le triumvirat Mohammad El-Baradei, Amr Moussa et Hamdeen Sabahi a donné son accord ; Moussa n’a pas hésité à déclarer que le 30 juin signifiera la fin de l’ère Morsy.

Un front d’opposition 

Seule formation politique d’opposition à l’heure actuelle, ce front rassemble libéraux, gauche et nassérisme populaire. Il refuse tout dialogue avec Morsy tant que trois conditions ne sont pas remplies : retrait de la nouvelle loi électorale, formation d’un gouvernement neutre jusqu’aux élections et renvoi du procureur de la République nommé illégalement par le pouvoir.

Morsy et les Frères musulmans se retrouvent étrangement isolés ; les organisations salafistes, ainsi que d’autres groupes religieux et des militants extrémistes revenus d’exil avec la bénédiction des autorités leur ont retiré leur soutien, trouvant qu’ils n’appliquaient pas la charia assez vite et se méfiant de leurs objectifs à long terme.

L’absurde, c’est que la Confrérie voudrait bien elle aussi appliquer la charia, mais doit procéder avec prudence devant l’hostilité du grand public et la nécessité de s’occuper d’abord de l’économie.

Seule la Gamaa al-Islamiya soutient ouvertement le régime. Faut-il le rappeler, cette organisation extrémiste est liée à l’assassinat du président Sadate et a tenté d’assassiner Moubarak ; dans les années quatre-vingt-dix elle a perpétré avec l’aide de l’Iran des dizaines d’attaques terroristes à travers le pays, faisant plus de mille morts, égyptiens et touristes étrangers.

Une situation économique préoccupante 

Les Egyptiens sont si désenchantés par leur président que, vendredi 14 juin, quelques centaines des personnes l’ont pris à partie alors qu’il sortait de la mosquée, l’insultant et lui barrant la route.

Ses gardes du corps ont eu le plus grand mal à le tirer de là sain et sauf. Des bureaux de la Confrérie sont attaqués chaque jour dans le pays et des protestataires campent devant le palais présidentiel au Caire. C’est la situation économique qui préoccupe essentiellement le peuple.

Le gouvernement arrive encore à importer les produits de première nécessité et à les subventionner, mais uniquement grâce à l’aide et aux prêts du Qatar, de l’Arabie Saoudite, de la Libye et de la Turquie.

Morsy ne peut toujours pas se résoudre à accepter les conditions du Fonds monétaire international pourtant disposé à accorder à l’Egypte un prêt de 4,8 milliards de dollars, mais demandant en contrepartie des réformes qui seraient durement ressenties par les classes les plus défavorisées qui sont le pilier du régime.

A cela s’ajoute la crise provoquée par l’Ethiopie qui s’apprête à construire un barrage sur le Nil bleu. Pour l’Egypte, entièrement dépendante des eaux du fleuve, c’est une menace insupportable.

Des efforts sont déployés des deux côtés pour apaiser les esprits, mais, là encore, les Egyptiens sont furieux devant ce qu’ils perçoivent comme l’incapacité du régime à défendre les intérêts vitaux du pays.

Pour tenter de détourner l’attention, et faire preuve de leadership, le président égyptien a annoncé qu’il rompait les relations diplomatiques avec la Syrie. La mesure, qui était attendue, n’a intéressé personne. Les Frères musulmans commencent enfin à se rendre compte du sérieux de la situation à l’approche du 30 juin. On rapporte que les jeunes du mouvement s’organisent en formations paramilitaires pour défendre « leur » président et leurs bureaux à travers le pays.

Il faut dire que l’armée, jouissant d’un taux d’approbation sans précédent – 94 % – répète qu’elle n’a pas l’intention d’intervenir. Le ministère de l’Intérieur va donc faire appel à des milliers de policiers et aux véhicules blindés des forces de sécurité intérieure pour défendre le régime.

Curieusement, au lieu de traiter en urgence la situation économique, les Frères musulmans continuent à renforcer leur emprise sur le pays, comme si de rien n’était.

Le président répète à qui veut l’entendre qu’il est confiant, car Allah est avec lui. Il va donc falloir attendre le 30 juin pour savoir si l’opposition sera en mesure de mobiliser les millions d’hommes nécessaires pour ébranler le pouvoir de la Confrérie.

Zvi Mazel est un ancien ambassadeur en Egypte et un chercheur au JCPA.


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