Le jour où la Palestine est devenue membre à l'ONU

138 Etats ont voté en faveur d’une adhésion palestinienne à l’Assemblée générale.

By
December 4, 2012 15:29
Palestine ONU

P5 0512 521. (photo credit: Reuters)

65 ans plus tard, jour pour jour. Alors que le 29 novembre 1947, l’ONU avait voté pour le plan de partage de la Palestine mandataire en deux Etats - résolution acceptée par les Juifs et rejetée par les Palestiniens -, le même corps a approuvé l’adhésion de la Palestine à son Assemblée générale en tant que membre observateur permanent, le 29 novembre 2012. 138 Etats ont voté pour, 9 ont voté contre et 41 se sont abstenus.

« Le temps est venu pour que la communauté internationale dise clairement : non à l’agression, les implantations et l’occupation », a lancé le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant la salle comble de l’Assemblée générale de l’ONU. « Nous ne sommes pas là pour délégitimer un Etat établi voilà des années, à savoir Israël, mais au contraire pour affirmer la légitimité d’un Etat qui doit aujourd’hui parvenir à son indépendance, à savoir la Palestine », a-t-il déclaré.

Et de continuer : « Nos efforts ne sont pas destinés à achever ce qui reste aujourd’hui des négociations de paix, qui ont perdu leur objectivité et leur crédibilité, mais plutôt à essayer d’insuffler un nouveau souffle au processus et le consolider à la base, grâce aux résolutions internationales, afin que les négociations aboutissent ».

Selon Abbas, les Palestiniens n’accepteront rien de moins que « l’indépendance de la Palestine, avec Jérusalem-Est pour capitale, sur tous les territoires palestiniens occupés en 1967 et une solution pour les réfugiés sur la base de la Résolution 194, afin de vivre en paix et en sécurité aux côtés de l’Etat d’Israël ».

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a condamné la violente charge d’Abbas contre Israël, la qualifiant d’« hostile et empoisonnée » et de « fausse propagande ». « Je n’entends pas les propos d’un homme qui souhaite la paix », a rétorqué Netanyahou dans un communiqué. Le dirigeant palestinien n’a en effet pas manqué de réitérer ses accusations de crimes de guerre, nettoyage ethnique et dépossession de biens envers l’Etat hébreu.

Les 8 pays opposés à la démarche palestinienne étaient : les Etats-Unis, Israël, le Canada, la République tchèque, les îles Palaos, la Micronésie, la République de Nauru, le Panama et les Iles Marshall. 



Une défaite pour la diplomatie israélienne 

Le vote signe l’isolement de Jérusalem sur la scène internationale. Analyse.

Ce n’est pas une surprise. Mais cela n’en demeure pas moins une cuisante défaite pour Israël. Cuisante parce que Jérusalem avait notoirement tenté de faire échouer la démarche palestinienne. Des membres du gouvernement avaient même évoqué un bloc de 40 à 50 Etats, composé des « démocraties dites de qualité », qui auraient accepté de s’abstenir, voire de voter contre l’initiative.

Si l’Etat hébreu avait adopté, il y a plusieurs mois, la ligne établie trois jours avant le vote, qui consistait à minimiser la manoeuvre en la faisant passer pour inutile, la défaite aurait été moins lourde. Mais plus grandes sont les attentes et plus dure est la chute. En l’occurrence, il y avait l’espoir que l’Union européenne, en tant que bloc, s’abstienne et que d’autres grandes nations telles que le Japon et la Corée du Sud – voire même l’Australie - se laissent convaincre de voter contre.

C’était plus qu’un espoir. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman ont ardemment plaidé leur cause au cours des derniers mois. Bibi a appelé plusieurs de ses homologues pour leur demander de ne pas soutenir l’initiative palestinienne, tandis que Liberman a sillonné les capitales étrangères pour tenter de bâtir ce que le ministre adjoint aux Affaires étrangères Danny Ayalon avait un jour surnommé « une minorité morale ».

Renforcer Mahmoud Abbas 

Que ces efforts aient échoué soulèvent une seule et unique question : pourquoi ? Réponse : pour deux raisons principales. La première a trait avec le récent conflit armé à Gaza et la seconde avec les implantations et la stagnation du processus de paix en général. Concernant Gaza, l’opération et « Pilier de défense » et le fait que Mahmoud Abbas soit apparu comme le grand perdant de cette crise ont contribué à convaincre les grandes démocraties de voter en faveur de l’adhésion palestinienne.

L’UE, qui soutient Abbas et l’Autorité palestinienne à raison de milliards d’euros, ne peut pas rester sans rien faire face au déclin de Ramallah. Les dirigeants européens répètent depuis des années que davantage doit être fait pour soutenir le leader palestinien, et ces appels se sont fait plus pressants encore après la campagne à Gaza. Abbas y est en effet apparu comme sur le point de tomber dans l’insignifiance. L’UE, voulant lui redonner une stature, s’est dit qu’une victoire à l’ONU pourrait précisément atteindre l’effet recherché.

Car si le dirigeant palestinien s’était heurté à la résistance des grandes puissances à l’ONU, il serait rentré tête basse à Ramallah. Le Hamas a clamé une victoire militaire après « Pilier de défense », mais après le 29 novembre, le Fatah peut, lui, revendiquer une victoire diplomatique. Certes, ces deux succès sont illusoires car un Etat « perçu » virtuel n’est pas véritablement un Etat. Un Etat véritable a de vraies frontières, une vraie autorité et une vraie souveraineté.

Lassitude européenne 

Mais la défaite d’Israël est ailleurs. Après avoir systématiquement repoussé les demandes de l’EU, l’Etat hébreu s’attendait pourtant à obtenir le soutien de ses membres. Or, l’Europe a récemment pris la décision stratégique de s’opposer avec force, cris et vociférations à toute nouvelle construction dans les implantations, y compris dans les quartiers post-1967 de Jérusalem, tels que Ramot, Guilo et Pisgat Zeev.

En réponse, l’Etat juif a délibérément choisi d’ignorer ces protestations. Une stratégie payante jusqu’à un certain point : le moment où Israël a eu besoin de l’Europe.

On peut débattre de la légitimité de l’attitude israélienne face aux requêtes européennes, mais on ne peut certainement pas s’étonner que l’EU n’apporte plus son soutien à Jérusalem en des échéances comme celles-ci. La construction des implantations et l’absence d’initiative diplomatique israélienne a érodé le soutien d’Israël à un point que certains ne font que réaliser à présent.

Ce qui ne signifie pas pour autant que, s’il n’y avait pas de construction dans les implantions et que Netanyahou avait fait une offre généreuse aux Palestiniens, l’Europe aurait répondu présente. Israël serait bien mal avisé de compter sur des Etats tels que l’Irlande, le Luxembourg, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, l’Autriche ou encore la Suède dans ses batailles diplomatiques. Mais que l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas ou la Bulgarie ne soutiennent plus l’Etat hébreu devrait tirer la sonnette d’alarme.


Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL

Israel Weather
  • 12 - 22
    Beer Sheva
    15 - 20
    Tel Aviv - Yafo
  • 11 - 19
    Jerusalem
    15 - 20
    Haifa
  • 17 - 29
    Elat
    14 - 27
    Tiberias