Il s’en prend à Israël, qui se bat contre le Hamas, autre mouvement djihadiste extrémiste, et il tourne le dos à l’Egypte. Pourtant il y a quelques années à peine, Le Caire, avec le soutien des Etats-Unis, était à la tête des pays arabes pragmatiques faisant front contre l’islam radical sunnite et l’Iran chiite. Mais c’était avant que Washington n’abandonne Moubarak ; avant que les Américains ne se mettent à négocier directement avec Téhéran sur son programme nucléaire, une initiative perçue comme une trahison par l’Arabie Saoudite.

Aujourd’hui, c’est l’Egyptien al-Sissi qui tente de négocier la paix entre Israël et le Hamas. A la recherche d’alliés et de soutien sur le plan international, il est d’abord allé voir le roi Abdallah en Arabie Saoudite, puis le président Poutine à Sotchi. Il n’est pas allé à Washington, car la Maison-Blanche ne se résigne pas à la chute des Frères musulmans et n’accepte toujours pas le nouveau régime. Les relations entre les deux pays sont tendues.

Les tentatives de John Kerry pour promouvoir l’initiative de cessez-le-feu reposant sur l’acceptation des revendications du Hamas que proposaient la Turquie et le Qatar ont exaspéré Le Caire. L’Egypte a réduit sa représentation diplomatique dans ces deux pays, qui soutiennent ouvertement les Frères musulmans. Les Américains, ayant abandonné ou offensé tous les pays arabes de la région, n’ont plus d’alliés au Moyen-Orient. Si la Maison-Blanche avait soutenu Israël et l’Egypte, le Hamas aurait tout de suite compris que son agression ne serait pas tolérée. Comme il n’en a rien été, le Mouvement s’est senti conforté dans son intransigeance. Pourquoi accepter un cessez-le-feu alors qu’il pense avoir toutes les cartes en main ? Il n’est pas préoccupé par les pertes en vies humaines, encore moins par les souffrances de la population, puisque c’est Israël, mis sur le banc des accusés, qui se trouve de plus en plus isolé. Le Hamas peut donc se permettre d’attendre.

Combattre les Juifs et Israël, l’un des principes de base

L’Etat juif ne dispose pas du soutien de l’ONU et encore moins de celui de l’Union européenne, qui aurait dû être son allié dans le combat contre le terrorisme. Le Hamas ne peut que se réjouir d’entendre l’Angleterre proclamer qu’elle imposera un embargo sur les armes à destination d’Israël si les combats reprennent – quel que soit le côté qui en prenne l’initiative. Dans ses rêves les plus fous, cette organisation terroriste n’aurait pu imaginer un tel succès international, comme elle n’aurait pu imaginer que l’Occident abandonnerait Israël et que l’antisémitisme se déchaînerait en Europe.
Qui se rappelle que le Hamas est un mouvement islamique radical créé par Cheikh Yassin, un Frère musulman, pour détruire Israël et édifier sur les ruines de l’Etat juif un Etat islamique qui continuerait à se battre jusqu’à restaurer le califat dans tout le Moyen-Orient ? Combattre les Juifs et Israël est l’un des principes de base de la confrérie des Frères musulmans ; celle-ci a réveillé tout ce que l’islam avait contre les Juifs pour en faire une idéologie virulente qui s’est traduite par des textes et des pogroms avant la Seconde Guerre mondiale : des Frères s’étaient portés volontaires pour se battre contre Israël en 1948.

L’Occident n’a pas encore compris que le Hamas ne fait que se servir du problème palestinien et que ses slogans nationalistes sont là uniquement pour masquer son véritable objectif. Les Palestiniens s’y sont laissé prendre et ont voté pour lui en 2005. Pourtant le mouvement gazaoui n’a jamais parlé et ne parle jamais de créer un Etat palestinien indépendant, car le faire serait reconnaître Israël. Il parle seulement de combattre « l’Occupation », terme, pour lui, qui englobe Tel-Aviv et Israël tout entier. Et il a eu vite fait de se débarrasser de façon expéditive des représentants du Fatah à Gaza après les élections : des centaines d’entre eux ont été jetés du haut des bâtiments les plus élevés tandis que des centaines d’autres recevaient une balle dans les genoux pour s’assurer de leur infirmité à vie. Les familles des victimes se sont gardées de protester ou de réclamer compensation et aucune organisation humanitaire occidentale n’a pris leur défense.

C’est de Gaza que les terroristes arrivent au Sinaï

L’Egypte est aujourd’hui le dernier rempart du monde arabe contre l’Etat islamique d’une férocité inégalée qui s’installe en Syrie et en Irak, deux pays dans l’incapacité de fonctionner normalement et d’assurer sécurité et services essentiels à la population ; sans aide extérieure, leurs armées semblent incapables de résister à l’assaut de ce nouveau califat. Le dernier rempart – sinon le seul. Les alliés dont il dispose, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe, n’ont pas la capacité militaire nécessaire pour affronter le califat. Tout ce qu’ils peuvent faire – et ils le font – c’est de mettre leurs ressources considérables à la disposition de l’Egypte.

Il s’agit d’une part d’aider à son redressement économique et de l’autre lui permettre d’acquérir les armes dont elle a besoin. Riyad va financer le contrat de trois milliards de dollars de fourniture d’armements s’échelonnant sur plusieurs années dont al-Sissi a discuté avec Poutine à Sotchi. Egalement au menu de ces discussions, une coopération accrue dans le domaine économique et de l’énergie nucléaire. Sissi a fait du redressement économique sa priorité absolue ; or l’élimination du terrorisme est l’une des clés de ce redressement. C’est de Gaza que les terroristes arrivent au Sinaï, mais un nouveau front s’est ouvert dernièrement à la frontière avec la Libye où des militants islamiques ont fait leur apparition. 23 soldats égyptiens ont été tués lors d’une attaque surprise. Les terroristes s’en prennent aux poteaux électriques pour entraîner des pannes de plus en plus nombreuses. Sissi a envoyé des troupes pour renforcer son dispositif militaire et repousser de nouvelles attaques.

L’Occident voit-il les choses autrement ? Loin de venir en aide à Israël et à l’Egypte, les deux seuls pays faisant face à un islam radical déchaîné, l’Europe condamne Israël et lui refuse son assistance dans les forums internationaux tout en autorisant de violentes manifestations contre l’Etat juif qui dégénèrent en attaques contre les Juifs. Quant aux Etats-Unis, ils n’ont toujours pas repris leur aide militaire à l’Egypte et continuent à dialoguer avec ses ennemis.

L’auteur est un ancien ambassadeur d’Israël en Egypte et chercheur au JCPA.


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