Lumière sur un Homme de l’ombre

Raymond Aubrac, figure de la Résistance française, s’est éteint mardi 10 avril au soir

By REUTERS
April 17, 2012 14:45
3 minute read.
Raymond Aubrac a tiré sa révérence le 10 avril 201

Raymond Aubrac. (photo credit: Reuters)

Les hommages ont afflué mercredi 11 avril pour saluer la mémoire de Raymond Aubrac, mort la veille au soir, à l’âge de 97 ans à l’hôpital du Valde- Grâce à .


Dans un communiqué, l’Elysée a rendu hommage à “cette figure héroïque de la Résistance” et à son épouse Lucie Aubrac, décédée en 2007. “Ces héros de l’ombre qui ont sauvé l’honneur de la , à un moment où elle semblait perdue, disparaissent les uns après les autres”, pouvaiton lire. “Nous avons le devoir d’en maintenir le souvenir vivant au coeur de notre mémoire collective.”

Né en juillet 1914 à Vesoul, de commerçants juifs aisés, peu pratiquants, Raymond Samuel - de son vrai nom - rejoint avec Lucie les rangs de la Résistance dès 1940. Le couple, qui deviendra mythique, participe à la création du mouvement Libération-Sud.

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Sous divers pseudonymes dont celui d’Aubrac, Lucie et Raymond contribuent à faire de Libération le mouvement de résistance le plus important en zone Sud, après le groupe Combat, fondé par Henri Frenay.

Les époux Aubrac, puisqu’il convient désormais de les appeler ainsi, appartiennent au noyau central du mouvement “non en vertu de nos mérites”, écrira plus tard Raymond, “mais comme souvent dans les organisations clandestines, du fait du hasard, des contacts et de l’amitié.”

C’est ainsi qu’Aubrac a eu l’occasion de rencontrer tous les dirigeants de Libération-Sud, mais aussi Yves Farge de Franc-Tireur, Henri Frenay, de Combat ou des envoyés de Londres, comme Yvon Morandat. Emmanuel d’Astier apprécie les talents d’organisateur de Raymond Aubrac et durant l’été 1942, lui confie la direction de la branche paramilitaire du mouvement qui vient d’être créée.
 

 
Du hasard et quelques choix 


À partir de janvier 1942 et de l’arrivée en France de Jean Moulin, Libération-Sud se trouve impliqué dans la démarche d’unification des mouvements de résistance de la zone sud, aux côtés de Combat et de Franc- Tireur. L’Armée secrète est le nom donné au regroupement des branches militaires des différents mouvements. Le commandement en est confié au général Charles Delestraint ; autour de lui, une sorte d’étatmajor qui comprend, entre autres, Aubrac.

En novembre 1942, la zone Sud est envahie par les Allemands, et les résistants sont pourchassés directement par la Gestapo, dirigée à par Klaus Barbie.

Mais c’est par la police lyonnaise qu’Aubrac est arrêté le 15 mars 1943. Puis relâché. Le 24 mai, Lucie organise, avec la participation de son mari, l’évasion de l’hôpital de l’Antiquaille, de leurs compagnons Serge Ravanel, Maurice Kriegel- Valrimont et François Morin-Forestier.

Mais le 21 juin, Raymond est de nouveau arrêté. Cette fois-ci, par la Gestapo, à Caluire, avec Jean Moulin et d’autres participants d’une réunion destinée à régler des conflits internes. Parmi les malheureux incarcérés : le Dr Frédéric Dugoujon, leur hôte de la villa Castellane, Henri Aubry, du mouvement Combat, Bruno Larat, Lassagne, de Libération-Sud, le colonel Lacaze, du 4e bureau de l’Armée secrète et le colonel Schwartzfeld, responsable du mouvement lyonnais France d’abord.

Raymond Aubrac est emprisonné au fort Montluc de Lyon. Il s’évadera le 21 octobre 1943, pendant son transfert de l’Ecole de santé militaire à la prison. A l’origine de cette périlleuse opération : Lucie, enceinte de leur deuxième enfant. Après cette évasion, le couple et leur fils Jean-Pierre entrent dans la clandestinité, de refuge en refuge. Ils parviendront à rejoindre Londres en février 1944.

L’avocat et président de l’association des Fils et Filles de déportés juifs de France, Serge Klarsfeld, a salué le “dernier grand acteur et dernier grand témoin” de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans un communiqué, le PCF a de son côté rendu hommage à un couple qui restera “une source inépuisable d’inspiration dans les combats pour l’émancipation, la justice, la liberté, l’égalité et la fraternité.” Europe Ecologie-Les Verts assure pour sa part vouloir “rendre vivant l’héritage qu’il nous a légué”.
 “C’était à la fois un grand-père très attentif, d’une insatiable curiosité, et qui avait les valeurs républicaines chevillées au corps”, a indiqué mercredi son petit-fils Renaud Helfer-Aubrac, sur 1. “Pour lui, la liberté, l’égalité et la fraternité n’étaient pas de vains mots. Bien au contraire”.

A la fin de sa vie, Aubrac militait au sein de l’Union juive française, organisation juive laïque, très à gauche, en faveur de la paix, de la reconnaissance, notamment, du droit au retour des réfugiés palestiniens et pour le retrait des colons israéliens de tous les territoires occupés.



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