Nelson Mandela : hommages contrastés

By MARTIN ALARGENT
December 10, 2013 18:40

A l’heure où le monde entier salue le combat du dirigeant sud-africain, Shimon Peres et Binyamin Netanyahou ne se rendront pourtant pas à ses obsèques. Les dessous de cette absence.

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Le monde entier rend hommage à Mandela

P4 JFR 370. (photo credit: Reuters)

Depuis son décès, le 5 décembre à l’âge de 95 ans, Nelson Mandela a fait l’objet de nombreux hommages. Dans sa mort, Madiba, l’homme connu pour avoir éclairé la signification du mot « pardon », aura même réussi à réunir deux anciens rivaux français. Le président François Hollande a en effet décidé d’inviter son prédécesseur Nicolas Sarkozy à se joindre à lui à l’occasion de son voyage officiel en Afrique du Sud. Les deux hommes devaient rendre un hommage commun à l’ex-président sud-africain lors d’une cérémonie officielle, organisée à Soweto dans l’immense stade de Soccer City, mardi 10 décembre.


Le président américain Barack Obama et sa femme Michelle, ainsi que l’ex chef d’Etat américain Georges W. Bush, devaient être du voyage.


Le leader de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui voit en Mandela un « symbole de la libération du colonialisme et de l’occupation pour tous les peuples aspirant à la liberté » a également annoncé qu’il serait présent lors de l’événement solennel. Comme lui, des dizaines d’autres dirigeants devaient rendre un dernier hommage à Mandela.


Une semaine de deuil national a en outre été déclarée en Afrique du Sud.


En Israël également, les déclarations encensant le Prix Nobel de la Paix ne se sont pas fait attendre. « Le monde a perdu un grand leader qui a changé la face de l’Histoire. Nelson Mandela était un combattant des Droits de l’Homme, qui a posé son empreinte sur la guerre contre la discrimination et le racisme », a ainsi témoigné le président Shimon Peres. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a, quant à lui, affirmé : « Nelson Mandela était le personnage le plus honorable de notre époque. Il était le père de son peuple, un homme avec une vision, un combattant de la liberté qui avait rejeté la violence. »


Une absence notable


Cependant, à la surprise générale, Netanyahou et Peres ont annoncé qu’ils ne se rendraient pas à l’enterrement du pacifiste. La raison évoquée est économique. Le coût du voyage serait trop élevé, atteignant plus de 7 millions de shekels, pour le seul déplacement du Premier ministre.


Par ailleurs, les relations entre le symbole de la lutte contre l’apartheid et l’Etat hébreu n’ont pas toujours été cordiales. Nelson Mandela avait eu des propos pour le moins équivoques, le 20 octobre 1999, devant le Conseil législatif palestinien à Gaza : « Il est inutile que les Israéliens parlent de paix tant qu’ils continueront à contrôler les territoires arabes qu’ils ont conquis durant la guerre de 1967. Il faut choisir la paix plutôt que la confrontation, sauf dans les cas où nous ne pouvons rien obtenir, où nous ne pouvons pas continuer, où nous ne pouvons pas aller de l’avant. Si la seule solution est la violence, alors nous utiliserons la violence. C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense ».


Selon des propos recueillis en 1999 par Steve Linde, rédacteur en chef du Jerusalem Post, Mandela reprochait également à l’Etat hébreu d’avoir « collaboré très étroitement avec le régime de l’apartheid ». « Mais il n’a pas participé à des atrocités », avait-il timidement rectifié.


Alon Liel, ancien ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud de 1992 à 1994 a, pour sa part, déclaré au quotidien Yediot Aharonot que « suite à sa libération de prison, le pacifiste lui-même avait fait comprendre aux Israéliens, compromis avec le régime ségrégationniste, que la nouvelle Afrique du Sud souhaitait qu’ils accordent aux Palestiniens “leur droit à la liberté” ».


Israël fait partie des rares pays qui avaient ouvertement critiqué les positions de Nelson Mandela, notamment sur le dossier palestinien. « S’il approuvait l’idéologie sioniste dans son principe, il estimait que la paix au Proche-Orient passerait par une solution à deux Etats avec les Palestiniens, pour éviter, selon ses termes, qu’Israël devienne un “Etat d’apartheid” binational […] », analyse Linde.


Dans ce contexte, même si elle est motivée par des raisons financières, l’absence de Netanyahou et Peres ne devrait pas passer inaperçue.



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