Priorités croisées

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March 12, 2013 13:41

Les capitales européennes considèrent urgente la résolution du conflit israélo-palestinien. Une pression que tente de désamorcer John Kerry, en vue de la visite d'Obama.




John Kerry and his French counterpart meeting in Paris, Feb. 27, 2013.

Kerry Fabius 27.2.13. (photo credit: Reuters)

Drôles de priorités. La conférence de presse récemment donnée par le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son hôte le ministre des Affaires étrangères britannique, William Hague, s’est avérée très éclairante sur l’état d’esprit européen quant au processus de paix israélo-palestinien et la relance des négociations. Kerry terminait sa tournée à l’étranger dans le cadre de ses nouvelles fonctions. Après un tête à tête entre les deux hommes, Hague a ouvert la conférence par une déclaration des plus éloquentes : « Le Proche-Orient figure en tête de nos préoccupations, car la résolution du conflit israélo-palestinien nous tient particulièrement à coeur. Je me réjouis d’ailleurs de ce que ce sujet brûlant ait tout particulièrement retenu l’attention de mon homologue américain depuis sa nomination. Il n’y a pas d’autre préoccupation plus urgente en 2013 en matière de politique extérieure que la relance du processus de paix israélo-palestinien ». Et d’ajouter : « La région et le monde ne peuvent se permettre de rester dans l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Elle est dangereuse pour tout le Proche-Orient, et si nous ne faisons pas de progrès notoires en ce sens, c’est tout le concept de deux Etats pour deux peuples qui pourrait se révéler compromis ».

Etrange, non ? Le conflit Syrien a déjà fait plus de 70 000 victimes, l’Iran se rapproche dangereusement du seuil nucléaire, la Corée du Nord a récemment réalisé avec succès un nouveau test de lancement de missile longue portée à tête nucléaire, l’économie européenne est au bord du gouffre, mais pour Hague, ministre des Affaires étrangères britannique, la priorité absolue en 2013 en politique étrangère, c’est Israël et les Palestiniens.

Et le ministre de continuer sur sa lancée : « C’est une urgence absolue pour la communauté internationale de relancer le processus de paix sous l’égide des Etats-Unis et avec le soutien de la communauté européenne et de la Ligue arabe, entre autres.

La promesse que je fais à Kerry aujourd’hui est que le Royaume-Uni fera tout ce qui est en son pouvoir pour mobiliser l’Union européenne et les Etats arabes autour de ces efforts de paix ».

Tout est dit

Hague a ensuite brièvement évoqué quelques-uns des autres problèmes auxquels le monde doit faire face dans l’ordre suivant : la Syrie, l’Iran, l’Afghanistan, le G8 et le commerce transatlantique.

Kerry a alors pris la parole à son tour pour reprendre ces différents points, mais dans l’ordre inverse. Il a commencé par mettre l’accent sur les questions commerciales, puis, respectivement, sur l’émergence des nouvelles démocraties sur la scène internationale, sur le conflit syrien, le problème iranien, l’Afghanistan, pour enfin terminer par Israël et les Palestiniens.

« Pour ce qui est du processus de paix au Proche-Orient », a-t-il déclaré, « j’apprécie profondément l’intérêt que William Hague porte à la question et tiens à l’assurer du soutien indéfectible des Etats-Unis pour atteindre cet objectif », a déclaré Kerry avant de se lancer dans les habituelles platitudes sur le sujet.

« Comme la majorité des gens de par le monde, nous partageons la vision commune de deux états pour deux peuples, vivant côte à côte, en paix et en sécurité. Je suis impatient de me mettre au travail avec William sur ces questions et tant d’autres, comme la préparation du sommet du G8 de cette année par exemple. Et si je peux me permettre un commentaire, j’ajouterais que le président Obama est impatient d’effectuer sa visite dans cette région et d’agir sur le processus de paix ».

Tout est dit. D’un côté, Hague, dont la priorité absolue est de remettre le processus de paix à l’ordre du jour et de le placer en tête d’agenda. De l’autre, Kerry qui le relègue en fin de liste.

Et il est certain que si Kerry ne l’a évoqué qu’au terme de son allocution, ce n’est pas parce que le sujet n’intéresse pas le président. Mais, en fait, depuis qu’Obama a annoncé sa venue en Israël, les Etats-Unis font tout pour réduire les attentes qui entourent cette visite et donnent à espérer une percée spectaculaire dans la résolution du conflit.

Affaire à suivre 

De nombreuses voix se sont en effet élevées à Washington, comme dans les capitales européennes et arabes, pour conseiller à Obama de venir en personne afin de « faire la loi », et imposer un « plan Obama » comme remède au conflit. Mais au cours de sa tournée européenne, Kerry a justement pris soin de désamorcer les attentes de ceux qui espèrent voir Obama dicter aux parties concernées les termes exacts d’un futur accord de paix.

Un message bien reçu par le Premier ministre britannique, Gordon Brown. Le dirigeant s’en est réjoui, car il ne souhaite pas voir les Etats-Unis s’imposer comme leader du processus de paix, ni Obama imposer ses diktats, comme il l’avait fait notamment au début de son premier mandat, en exigeant le gel des constructions dans les territoires disputés, ce qui n’avait abouti qu’à complexifier encore plus la situation et immobiliser le processus de paix.

Mais les conseillers du Premier ministre feraient bien de méditer les paroles prononcées par Kerry devant un parterre d’étudiants allemands : « Au terme de son voyage, l’administration américaine verra comment il convient de poursuivre ces négociations de paix ». En d’autres termes : affaire à suivre.

Beaucoup de dossiers sont en attente sur le bureau d’Obama.

Le président a fort à faire à l’international, mais également sur le front interne. Or, le conflit israélo-palestinien ne peut être ignoré aujourd’hui, alors qu’un regain de violences secoue la Judée-Samarie et remet ce dossier sensible sur le devant de la scène géopolitique. Difficile de regarder ailleurs pour Washington.

« Un conflit à nos portes »

John Kerry a donc récemment effectué son premier déplacement à l’étranger depuis sa nomination. Un voyage de 10 jours qui l’aura conduit en Grande-Bretagne, après avoir été reçu en Allemagne, en France, en Turquie, en Italie, en Egypte, en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis et au Qatar. Il y a fort à parier que, dans toutes ces chancelleries, il aura été soumis à de fortes pressions pour faire avancer le processus de paix par tous les moyens.

Robert Serry, diplomate d’origine hollandaise, aujourd’hui coordinateur spécial pour le processus de paix au Proche- Orient au nom de l’Onu, a ainsi déclaré à la fin du mois de février, lors d’un forum débattant de la question à Wilton Park : « Il est inconcevable de clôturer ce voyage sans avoir échafaudé les plans d’une Palestine politiquement viable ».

Et le diplomate d’ajouter que des avancées se font sentir de réunion en réunion sur l’épineux sujet. Certaines d’entre elles sont à mettre sur le compte du recyclage d’idées appartenant à des accords antérieurs restés lettre morte. Mettre ces idées en oeuvre pourrait contribuer à une amélioration des relations entre les parties, a fait valoir Serry. Avant d’ajouter que tous les regards étaient tournés vers l’Etat hébreu, tant il est devenu évident pour tous, que tout effort de paix serait vain sans consultation préalable avec les Israéliens et leur pleine coopération.

Andreas Reinicke, envoyé spécial de l’Union européenne au Proche-Orient, a expliqué, lors de ce même forum, pourquoi cette affaire était si cruciale aux yeux du Vieux continent. « Du point de vue européen, ce conflit est à nos portes », a déclaré Reinicke. « Chypre est un pays avec lequel l’Europe a une frontière commune, et se trouve à moins de 400 km d’Israël seulement. Un conflit dans cette région a des répercussions partout, depuis la Finlande jusqu’à l’Espagne. » Et de continuer : « il est dans l’intérêt fondamental de l’Union européenne de résoudre ce conflit, car il est potentiellement explosif à l’intérieur de nos frontières. Il est, en outre, particulièrement sensible de par sa dimension religieuse.

Et il concerne en tout premier lieu les chrétiens, car Israël est un Etat juif et le passif entre les deux communautés est dramatiquement chargé, marqué par des exactions commises contre les Juifs au cours de l’histoire, qui ont culminé avec la Shoah ».

A n’en pas douter, les derniers développements dans le monde arabo-musulman compliquent encore la donne pour tout le monde. Israël essayera de convaincre Kerry et Obama lors de leur visite que c’est précisément en raison de ces récents développements que l’affaire devient inextricable et la résolution du conflit encore plus irréaliste. Les Européens eux, et Hague en témoigne, feront pression sans relâche sur l’administration américaine, jusqu’à faire figurer le conflit en tête de ses préoccupations. Y parviendront-ils ? Réponse dans les mois à venir.


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