Quand le petit Israël rencontre le Géant qui sommeille

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July 18, 2012 15:49

Retour sur des rapports mitigés avec la Chine, sous l’oeil vigilant des Etats-Unis




Benny Gantz et Chen Bindge

Chine. (photo credit:Nir Elias / Reuters)

En 2010, le commandant de la marine israélienne, l’amiral Eliezer Marom, était convié en Chine. Une invitation qui revêtait une signification toute particulière pour le gradé, dont le père allemand et la mère chinoise se sont connus et ont vécu dans l’Empire du Milieu jusqu’en 1955.

Septième de huit enfants, Marom est né quelques semaines seulement après l’installation de sa famille en Israël. Et se voit rapidement affublé du surnom de “Chiney”, en raison de ses traits asiatiques.

Lorsque l’invitation arrive sur son bureau du QG militaire de la Kirya à Tel-Aviv, Marom en a tout de suite compris la raison. Après des années de mise au ban du marché de la défense israélienne, les Chinois recherchaient un homme de l’intérieur qui pourrait promouvoir leur cause et obtenir la fin de l’interdiction des exportations militaires israéliennes vers la Chine. Ils ont alors pensé que Marom - “l’amiral sino-israélien” - serait leur homme. Mais ils ont eu tort.

Aujourd’hui encore cette mesure reste de mise, mais il ne fait aucun doute que les relations militaires entre les deux pays sont entrées dans une période de réchauffement - le pourquoi reste un mystère. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur la fréquence et la teneur des visites officielles entre Jérusalem et Pékin.

En mai, le chef d’état-major israélien, le lieutenant-général Benny Gantz, se trouvait en Chine pour des pourparlers de haut niveau avec l’establishment de la défense chinoise. En août dernier, son homologue chinois, Chen Bingde, chef d’état-major de l’Armée populaire de la libération, se rendait en Israël. Une première pour un chef militaire chinois. Et deux mois avant le voyage de Bingde, Ehoud Barak faisait connaissance avec le Géant qui sommeille, première visite d’un ministre israélien de la Défense depuis une décennie. Quelques semaines avant son voyage, Barak avait rencontré l’amiral Wu Shengli, commandant de la marine de l’APL, lors de sa visite en Israël.

A l’été 2010, le major-général Yair Golan menait une délégation militaire israélienne en Chine, quelques mois après qu’Amos Yadlin - alors chef du renseignement militaire - ne s’envole vers Pékin avec le vice- Premier ministre Moshé Yaalon. Enfin, il se chuchote ici et là que le Premier ministre Binyamin Netanyahou pourrait bien s’envoler lui aussi pour l’Empire Céleste où, le mois prochain, Matan Vilnai, actuel ministre de l’Intérieur, doit intégrer son nouveau poste d’ambassadeur d’Israël.

Points communs entre deux pays si différents

Le rapprochement des deux pays, qui intervient au terme d’une quasi-décennie de rupture entre l’APL et Tsahal, n’a pas échappé à Washington. Conséquence : un certain nombre de hauts fonctionnaires du Département d’État et du Pentagone ont levé les sourcils. Même si les responsables israéliens s’empressent de souligner que toutes les visites - dans les deux sens - sont clarifiées au préalable avec les États-Unis.

“Nous n’avons jamais demandé d’autorisation pure et simple, mais nous mettons systématiquement le Pentagone au courant des voyages et des itinéraires”, précise ainsi un haut-responsable de la défense.

Historiquement, le lien de la Chine avec le peuple juif remonte à des centaines d’années. Aujourd’hui encore, une ancienne enclave juive demeure à Kaifeng, ancien centre cosmopolite sur la Route de la Soie et pôle d’attraction pour les Juifs séfarades d’Inde et de Perse entre les 10e et 12e siècles. Dans les années 1930 et 40, environ 20 000 Juifs fuyant les nazis ont trouvé refuge dans l’Empire du Milieu, et établi une importante communauté juive à Shanghai.

Les deux pays seront créés à un an d’intervalle : Israël en 1948 et la République populaire de Chine en 1949. Mais tandis que l’Etat juif reconnaîtra immédiatement le régime du président Mao Zedong, il faudra attendre plus de 40 ans pour des relations diplomatiques officielles et une reconnaissance chinoise de l’Etat juif.

Quant aux rapports militaires, ils ont germé dans les années 1980 et 90. L’armée chinoise repose alors en grande partie sur les anciennes plates-formes soviétiques et les entreprises de défense israéliennes sont expertes en matière de modernisation des tanks et avions de combat.

Selon un fonctionnaire de la défense, qui a travaillé en Chine, l’intérêt chinois dans des relations avec Israël était fondé sur trois éléments clés : l’appréciation d’une culture ancienne confrère, la croyance sincère que les Juifs comptent parmi eux les esprits les plus intelligents du monde et un intérêt pour les tactiques militaires et la technologie de l’Etat juif, qui ont causé la défaite d’ennemis arabes.

Coup de canif dans le contrat

Mais à la fin des années 1990, tout va basculer avec la finalisation d’un contrat d’1 milliard de dollars pour la vente d’avions d’alerte avancée Phalcon aux Chinois. A peu près à la même période, les relations sinoaméricaines commencent à se détériorer, mais Israël - d’abord sous Netanyahou puis sous Barak - pense convaincre la Maison- Blanche et le Pentagone de l’importance de la transaction. En vain. En 2000, Barak sera obligé d’annuler le contrat.

Fin 2004, Israël est à nouveau pris dans le collimateur américain, après que la Chine lui demande d’entretenir des drones Harpy que l’Etat juif lui a vendus quelques années plus tôt. Les Etats-Unis accusent alors Israël d’équiper les appareils chinois de systèmes américains. Jérusalem a beau nié les accusations, il essuie une rétrogradation immédiate dans ses liens militaires avec Washington.

“Le différend entre Israël et les États-Unis découle de leurs évaluations respectives quant à la nature de la menace militaro-stratégique chinoise”, a écrit Ouzi Eilam, ancien chef de recherche et développement au ministère de la Défense, dans une analyse de la crise. “Selon la perception américaine...

la Chine constitue une menace stratégique importante pour les Etats-Unis et ses intérêts, notamment en Asie orientale.

Israël n’a pas apprécié à sa juste valeur le sérieux avec lequel les Etats-Unis considèrent la vente à la Chine de systèmes d’armement considérés comme stratégiques.”

Quoi qu’il en soit, la crise prendra finalement fin à l’été 2005, au terme d’un accord selon lequel Israël accordait un droit de veto aux États-Unis sur les ventes d’armes à certains pays - comme la Chine - que Washington considère comme une menace à sa sécurité nationale.

“Notre politique reste la même aujourd’hui”, a récemment réaffirmé un haut fonctionnaire de la défense. “Nous ne leur vendons rien qui soit relié à la défense et qui compromettrait nos liens avec les États-Unis.”

Échanges de bons procédés

Si tel est le cas, alors la question que beaucoup se posent est : de quoi peuvent bien s’entretenir Gantz, Barak, Yadlin, Yaalon, Marom, Golan et consorts avec leurs homologues chinois.

Pour l’heure, il s’agirait d’intérêts communs. Celui de Pékin dans le resserrement des liens avec Israël découle d’un espoir qu’un jour la technologie israélienne soit à nouveau accessible à la Chine, mais aussi d’un désir d’être impliqué dans les événements du Moyen-Orient, en particulier après avoir été pris de court par les récents bouleversements dans la région.

Le principal problème évoqué par Israël dans ces rencontres reste l’Iran et sa course à l’arme nucléaire. L’Etat juif voit la Chine comme un acteur clé dans l’annihilation du programme nucléaire iranien, l’enjoignant de mettre un terme à sa dépendance envers le pétrole des Mollahs et d’arrêter de fournir la République islamique en armes et autres composants de missiles.

Sans parler de l’intérêt israélien à étendre sa portée économique - en particulier vers une superpuissance économique comme la Chine - et de tisser des liens sécuritaires et diplomatiques qui pourraient être les bienvenus dans une conjoncture difficile.

Les Israéliens ont également essayé de faire comprendre aux Chinois ce qu’il adviendrait de leur propre économie si Israël prenait les devants et attaquait l’Iran. C’est pourquoi le gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer, avait rejoint l’une de ces délégations il y a quelques années.

Alors, si pour l’heure Israël est engagé dans son alliance avec les États-Unis, il lui faudra manoeuvrer précautionneusement pour ne pas répéter les erreurs de la dernière décennie, au fur et à mesure qu’il désirera progresser dans ses relations avec la Chine.


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