Sommet Obama-Netanyahou : le Proche-Orient sur la sellette

By
March 19, 2013 12:12

Obama a posé le pied sur le sol israélien pour 2 jours : le temps pour Israël et les Etats-Unis d’accorder leurs violons pour une stratégie commune.




Uzi Arad 390

Uzi Arad 390. (photo credit: REUTERS/Gil Cohen Magen)

Dans la saga des relations israélo-américaines, ce qui monopolise le plus souvent l’attention, ce sont les turbulences qui agitent le couple Obama- Netanyahou. Les plus tendres parlent de montagnes russes ou d’un manque d’atomes crochus. Pour les plus féroces, c’est-à-dire la plupart des grands médias, ils se détestent copieusement. Le blâme en revient unanimement à Netanyahou. Pour avoir soutenu officiellement la candidature de Mitt Romney dans sa course pour la Maison Blanche, lors de la dernière campagne électorale américaine, lui reprochent certains. Or, comme Stephen Colbert, l’humoriste politique américain, l’a dit à l’ambassadeur israélien Michael Oren, dans une interview : « Netanyahou voulait l’autre type. C’est clair. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Du coup, ça va être chaud pour lui, parce qu’Obama fait encore un tour de piste et peut lui dire : t’as misé sur le mauvais cheval, Bibi ».

Ouzi Arad a assisté aux réunions Obama-Netanyahou, en tant que conseiller à la sécurité nationale les deux premières années du deuxième mandat du Premier ministre. Au contraire de l’humoriste, il ne voit dans le soutien de Netanyahou, aucune maladresse propre à invalider les relations entre les deux hommes. « A quoi reconnaît-on un grand homme d’Etat ? A sa capacité à laisser de côté ses griefs personnels », a-t-il souligné dans une interview, en marge de la Conférence de Herzliya, les 11 et 14 mars derniers.

Trahir les secrets d’alcôve, ce n’est pas le genre d’Arad. Lui qui collectionne les casquettes prestigieuses : conseiller à la sécurité nationale de 2009 à 2011, conseiller à politique étrangère au cours du premier mandat de Netanyahou dans les années 1990, il a également passé 25 ans au Mossad, à la tête des services de renseignement. Nul doute qu’il aurait des wagons d’histoires juteuses à raconter. Mais ce n’est pas son genre de les partager, justement. Et s’il a pris la peine de prendre la plume, ce n’est pas pour raconter ses mémoires personnelles, mais plutôt pour signer un livre sur l’histoire des grandes décisions au sommet de l’Etat et son rôle dans l’organisation et le renforcement du Conseil national de sécurité.

Nécessité fait loi 

Pas du genre à passer aux aveux donc et à étaler au grand jour la teneur des rencontres Obama-Netanyahou. Néanmoins, il confie que nous devons nous attendre à des surprises, quant à la capacité des deux hommes à surmonter leur crise conjugale. Pour l’un et l’autre, c’est la politique et l’obligation de résultats qui priment sur tout le reste. Netanyahou vient de le prouver lors du marathon pour former une coalition. Et il n’est que de se souvenir qu’Obama et Hilary Clinton, eux aussi, ont réussi à établir une relation de travail fructueuse, après avoir été des adversaires sans pitié, lors des primaires en 2008 avant la course aux présidentielles.

Par la suite, l’intérêt national les a rappelés à l’ordre et ils sont devenus de proches collaborateurs. Nécessité fait loi.

Le message d’Arad est donc simple : il en ira de même entre Obama et Netanyahou. Ils ne seraient pas arrivés là où ils en sont s’ils étaient trop susceptibles. Pour assumer ses fonctions avec efficacité, tout dirigeant doit être capable de laisser ses émotions de côté.

« Dans nos sociétés démocratiques, nos leaders doivent savoir accepter d’être dans la ligne de mire. Ils ont des comptes à rendre. A la fin d’une session de travail, chacun a de quoi admirer les compétences de l’autre et trouve matière à le respecter », analyse Arad avant d’ajouter : « Ils viennent tous deux de remporter un nouveau mandat, qui n’était pas gagné d’avance, ni pour l’un ni pour l’autre. Et le succès électoral est une donnée qui intime au respect ».

Arad est aujourd’hui chercheur et conférencier au centre interdisciplinaire de Herzliya, plus précisément à l’institut national Lauder, spécialisé dans les études en diplomatie et stratégie. De plus, il vient d’être désigné pour prendre la succession de Shlomo Gazit, l’ancien chef des renseignements militaires, au poste de président d’un département d’études en défense stratégique. Département dédié à l’histoire de la sécurité nationale d’Israël. Très récemment, il s’est également vu proposer de remplacer Ouzi Dayan, ancien conseiller à la défense nationale, pour prendre la tête d’un groupe de discussion appelé « Conseil à la sécurité et la défense d’Israël ». Conseil destiné à réunir politiques, universitaires et hommes d’affaires pour échanger en matière de sécurité.

Comme si ce n’était pas assez, Arad chapeaute un projet destiné à faire se rencontrer les élites du pays. Leur but est de plancher sur les nouveaux défis auxquels le pays doit faire face, pour y répondre avec des idées fraîches : étudier les leçons du passé pour promouvoir l’avenir. Arad a à coeur d’honorer ces fonctions, tant il croit en l’importance des stratégies à long terme, dans un pays qui a tendance à gérer les crises au coup par coup.

Sur le terrain de Netanyahou 

Il est crucial pour le sommet Obama-Netanyahou que les deux hommes voient clair dans les divergences d’intérêts qui les animent à propos du Proche-Orient : « Les Etats-Unis sont concernés par les turbulences qui secouent la région, mais Israël est dans l’oeil du cyclone », fait-il remarquer.

Leur cahier des charges comprendra l’Iran, la Syrie, les Palestiniens, l’Egypte, les pays du Golfe, la Turquie, et la Jordanie. Obama et Netanyahou doivent s’entendre sur une politique et s’accorder sur des actions coordonnées. Leurs stratégies respectives devront être comprises et validées.

Au-delà de la compréhension, il s’agit d’organiser la répartition des tâches : se mettre d’accord sur où et comment agir. Et savoir s’abstenir si besoin. Les pourparlers avec les Palestiniens ont ceci d’unique : ils se déroulent sur le terrain de Netanyahou, sur le sol israélien. Obama est hors de sa routine quotidienne. En tant qu’invité, il n’a pas d’autres obligations qui pourraient lui occuper l’esprit.

Arad doute fort que la priorité sera la question des Palestiniens. Il faut être pragmatique et admettre qu’une solution miracle ne va pas pouvoir être tirée du chapeau, ditil.

Et ce, dans la mesure où le Hamas tient Gaza d’une main de fer, avec pour conséquence un durcissement du Fatah, côté Autorité palestinienne.

Les paramètres de l’époque Clinton ont changé, insistet- il. A l’époque, l’ordre du jour était le retrait des territoires disputés à 95 % et le partage de Jérusalem.

Mais au moment des accords d’Oslo, personne ne pouvait imaginer que le Hamas, armé jusqu’aux dents, aurait un jour la mainmise sur Gaza. Une vision cauchemardesque qui est devenue réalité.

Une impasse, selon l’expert. Néanmoins le statu quo est dangereux. Arad préconise donc « d’explorer la sphère des faisabilités » et recommande « de mettre tranquillement un pied devant l’autre, en évitant de faire pression et sur Israël et sur les Palestiniens. » Il met l’accent sur le fait qu’il doit y avoir réciprocité dans toute avancée : « Personne n’est en droit d’attendre qu’Israël fasse un geste, sans qu’en face, il en soit fait un autre en retour. L’unilatéralité a fait son temps.

Nous sommes aujourd’hui plus vieux et plus sages. Nous voulons une route à deux voies ».

L’Iran dans le collimateur d’Obama 

D’après Arad, Obama n’a pas l’intention de laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire pour ensuite se trouver dans la situation où il faudrait l’empêcher de s’en servir. Il a l’intention de stopper l’Iran avant le seuil critique. Et il en a les moyens. Il n’y a aucun indicateur qui laisserait à penser que la politique américaine en la matière a changé. « Obama a des convictions, et il s’y tient. Il est prêt à dégainer, quand bien même cette décision ne ferait pas l’unanimité au sein de l’opinion publique américaine », déclare-t-il.

Arad reconnaît qu’Israël et les Etats-Unis ne s’accordent pas en tout point sur ce dossier sensible, mais il minimise les dissonances. Il n’en recommande pas moins à l’Etat hébreu d’écouter ce que son allié aurait à lui dire sur le sujet, plutôt que de se braquer sur ses positions.

A l’heure qu’il est, il n’est pas dit encore que la diplomatie échouera dans le dossier iranien. Tout n’est pas joué. Ce qui est sûr, c’est que l’Iran avec la bombe nucléaire ne sera pas, pense l’expert. A bon entendeur…


Related Content

January 16, 2018
Médecins israéliens sans frontières

By MAAYAN HOFFMAN

Israel Weather
  • 6 - 17
    Beer Sheva
    9 - 18
    Tel Aviv - Yafo
  • 6 - 12
    Jerusalem
    8 - 16
    Haifa
  • 11 - 22
    Elat
    9 - 19
    Tiberias