Une main de fer sans gant de velours

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October 22, 2013 16:21

Processus de désarmement nucléaire iranien : Les sanctions économiques doivent être accompagnées par la menace de la force militaire.




Le double jeu du président iranien Asaf Rouhani

P8 JFR 370. (photo credit: Reuters)

Le contrôle de l’armement au Moyen-Orient occupe de nouveau le devant de la scène et fait actuellement l’objet de cruciales négociations – qu’il s’agisse des armes chimiques syriennes ou du programme nucléaire iranien.

Au-delà du battage politique largement médiatisé, on pourrait taxer ces événements dramatiques de complètement irréalistes, s’il n’existait pas de précédents concluants en la matière. Car contrairement aux décennies d’échecs en Corée du Nord, les inspections incessantes en Irak ont mis fin aux ambitions nucléaires de Saddam Hussein et conduit à la chute du régime. Ceci confirme donc que la clé du désarmement en Syrie et en Iran est la pression militaire ininterrompue, ce que les universitaires et les décideurs politiques appellent la « diplomatie coercitive ».

Prenons exemple sur la Libye. A Tripoli, c’est un Kadhafi hystérique qui renonçait à ses stocks de substances chimiques et à la technologie d’enrichissement de l’uranium utilisée pour fabriquer des armes nucléaires immédiatement après la destitution de Saddam Hussein par l’armée américaine en Irak. Puis, le dictateur libyen changeait brusquement de cap, et accueillait des équipes britanniques et américaines pour débarrasser son pays des matières nucléaires, le plus rapidement possible.

La Libye s’empressait alors de signer et de ratifier la Convention sur les armes chimiques (CAC). Les équipes de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, ont alors commencé la tâche ardue de neutraliser plusieurs centaines de tonnes de cet arsenal mortel.

L’échec nord-coréen


En revanche, le cas de la Corée du Nord illustre les résultats décevants des accords de limitation des armements non accompagnés de menaces coercitives. Pendant des années, Pyongyang a exploité avec succès la mobilisation et la diplomatie américaines pour développer son programme nucléaire illicite. En n’acceptant que certaines limitations afin d’éviter une attaque militaire imminente, pour revenir sur ses engagements dès que la pression diminue.

Puis en 1994, l’administration Clinton célèbre la promesse de la Corée du Nord de geler, puis de démanteler son programme d’armes nucléaires sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les Etats-Unis retirent alors leur force navale, et les inspecteurs de l’AIEA se voient bloquer l’accès aux sites. Mais des satellites et autres plateformes de renseignement indiquent que la production de plutonium a repris, et les Américains répondent par des conférences.

Quelques années plus tard, la Corée du Nord est en possession d’armes nucléaires. L’échec n’est pas dû à des programmes secrets, à l’abri des satellites espions et autres moyens de renseignement, mais découle de l’absence de volonté politique d’utiliser la force lorsque des violations sont constatées.

Au lieu de cela, une « communauté internationale » amorphe, vaguement dirigée par les Etats-Unis, s’est contentée d’avoir recours à des pressions économiques, une forme beaucoup plus légère de coercition, sans parvenir à détourner la Corée du Nord de son objectif.

Quand l’Iran se moque du monde


A Téhéran, chaque mesure mise en œuvre durant le processus avec la Corée du Nord a été soigneusement étudiée et imitée avec succès depuis deux décennies. En effet, les Iraniens ont appris à agir avec encore plus de précaution que les Nord-Coréens, et avancent lentement, tout en évitant l’isolement extrême et ses conséquences économiques.

En octobre 2003, après l’invasion de l’Irak, le chef de la diplomatie nucléaire iranienne et actuel président Hassan Rouhani négocie ce qui est célébré comme un « accord historique avec les Européens », qui s’essayent à la maîtrise de l’armement pendant que les Américains sont occupés en Irak.

Sur le papier, ils ont réussi, et l’Iran, qui redoute un possible détournement des forces américaines d’Irak, promet son entière coopération en échange d’une aide économique et autre forme d’assistance de l’Europe. Pendant quelques mois, les inspecteurs de l’AIEA se voient faciliter l’accès à des installations d’enrichissement où des activités illégales ont été identifiées. Mais, comme dans le cas nord-coréen, cela prend fin lorsque l’opération militaire américaine en Irak commence à se démanteler, et que la base de la diplomatie coercitive s’effondre.

Comme Rouhani s’en vantera plus tard : « Pendant que nous parlions aux Européens à Téhéran, nous étions en train d’installer nos équipements à Ispahan. »


L’élimination des armes chimiques en Syrie


Mais, fait assez inhabituel dans la politique mondiale, des leçons semblent avoir été tirées des échecs en Corée et en Iran, et sont désormais appliquées, à commencer par la Syrie, avec un œil tourné vers l’Iran.

Suite à l’utilisation effroyable d’armes chimiques par le régime d’Assad, qui a fait plus de 1 000 morts fin août, et sous la menace d’une frappe militaire américaine, un accord détaillé a été négocié par les Russes à la dernière minute.

Un calendrier serré fixe les étapes concrètes qui doivent être mises en place pour l’élimination de l’arsenal chimique de Damas. Son exécution a commencé immédiatement, avec la présentation d’une liste d’inventaire, l’arrivée des inspecteurs de l’OIAC, et les premières étapes de démantèlement des usines de production d’armes chimiques.

Le régime reconnaît qu’en dépit du bouclier fourni par les Russes contre l’attaque prévue par le président américain Barack Obama, toute déviation aux termes de l’accord pourrait éliminer cette protection.

Cependant, les sceptiques s’empressent de noter qu’Assad a encore un certain nombre de moyens à sa disposition pour retarder et, finalement, éviter l’application de l’accord dans son intégralité. Le retrait ou la destruction de 1 000 tonnes d’armes chimiques, dispersées dans au moins 40 lieux différents à travers la Syrie déchirée par la guerre, prendra au moins deux ans. Dans des circonstances normales, de telles opérations d’élimination et de destruction prendraient beaucoup plus longtemps, en raison de toutes les précautions prises pour éviter les dommages à l’environnement et à la santé.

Mais dans le contexte unique de la guerre civile syrienne, le processus peut être accéléré, tant que le régime d’Assad a un intérêt à coopérer. Tous les sites de stockage sont censés être sous le contrôle total de l’armée d’Assad et le transport des équipes et du matériel de destruction peut se faire plus rapidement.

Des installations d’incinération mobiles ne sont peut-être pas la meilleure solution pour se débarrasser de ces armes inhumaines, mais elles peuvent s’acquitter de la tâche.

Avec les renseignements américains, russes et probablement israéliens pour observer chaque détail, les tentatives de cacher ou de déplacer d’importantes quantités de matériaux pour éviter leur destruction sont quasiment certaines d’être détectées.

Le bâton sans la carotte


Du point de vue iranien, le retour de la diplomatie coercitive en Syrie, fondée sur une coopération renforcée entre la Russie et l’Amérique, est une préoccupation majeure. Peut-être pour la première fois, la République islamique va-t-elle avoir du mal à faire traîner les négociations interminablement, et à conclure des accords pour les rompre immédiatement après. Dans le contexte actuel, la pression pour arriver à un accord rapide et facilement vérifiable est intense. Les agences internationales, comme l’AIEA, vont obtenir le soutien politique nécessaire afin que toutes les violations soient rapidement et précisément signalées.

Un satellite extrêmement sophistiqué et d’autres capteurs viendront compléter les rapports de l’AIEA, comme lors de la mise en lumière du site de Parchin, où les preuves ont montré que des détonateurs nucléaires ont été testés.

En outre, la coordination au sein du Conseil de sécurité de l’ONU permettra d’éviter les longs débats et les retards, qui ont bénéficié à l’Iran depuis de nombreuses années.

Pour Rouhani et le guide suprême Ali Khamenei, la meilleure option, dans les circonstances actuelles, serait un accord que le Premier ministre Binyamin Netanyahou a qualifié de « mauvais », basé sur le modèle nord-coréen. Un « mauvais » accord permettrait de lever les sanctions économiques, qui menacent la survie du régime, en échange d’un gel de l’enrichissement, ainsi que d’engagements futurs de démantèlement des sites clés.

Dans la pratique, toutefois, cela permettrait à l’Iran de maintenir intact tout ou une partie de ses usines d’enrichissement d’uranium, ainsi que le réacteur de production de plutonium à Arak.

Et, comme dans le cas de la Corée du Nord, une fois la tempête passée, les pièces seront encore en place pour reprendre les activités de ces sites et créer une situation de « désengagement » : c’est-à-dire assez de matière fissile pour produire une ou plusieurs armes nucléaires relativement rapidement.

En revanche, si le précédent syrien est suivi, les Iraniens n’obtiendront pas leur « mauvais accord », mais au contraire seront contraints de prendre des mesures immédiates en vue du démantèlement des installations utilisées pour le développement d’armes nucléaires.

Un tel accord empêcherait l’Iran de tergiverser et ne le laisserait pas échapper à de graves conséquences pour en avoir violé les termes, comme il l’a fait en 2003.

Si les Américains et d’autres puissances veulent éviter un nouveau scénario nord-coréen, qui menacerait leurs intérêts vitaux, ils doivent insister pour que les mêmes exigences strictes stipulées dans l’accord syrien soient inscrites dans n’importe quel accord avec l’Iran. Et pour que le processus aboutisse, il faut maintenir les sanctions économiques accompagnées par la menace de la force militaire. Toutes les options doivent être mises sur la table, et elles doivent faire preuve de crédibilité.


Le professeur Gerald Steinberg enseigne les sciences politiques à l’université Bar-Ilan. Il a servi comme délégué israélien aux ateliers académiques de l’AIEA pour un Moyen-Orient dénucléarisé.




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