500 millions d’investisseurs chinois, et moi et moi et moi…

Les investissements chinois se multiplient en Israël. Non sans soulever quelques inquiétudes de part et d’autre.

By TOVA COHEN
July 3, 2014 11:04
Israël et la Chine travaillent ensemble

Israël et la Chine travaillent ensemble. (photo credit: REUTERS)

L’achat par la Chine d’une participation majoritaire au sein du plus grand groupe alimentaire israélien reflète la hausse importante des investissements chinois dans une économie largement dépendante des marchés occidentaux.

L’accord, annoncé courant mai, donne à la Chine accès à l’expertise high-tech israélienne, un gage de prestige auprès des consommateurs rendus méfiants par les scandales domestiques de la production alimentaire. C’est également une nouvelle opportunité de placements financiers pour contourner les obstacles commerciaux des Etats-Unis, préoccupés par cette concurrence dérangeante.
La Chine offre en retour un marché important et une source de financement, au moment où les appels au boycott d’Israël se font de plus en plus pressants, surtout en Europe, en raison de l’impasse des pourparlers de paix avec les Palestiniens.

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Eclipsé par son entrée très médiatisée sur le marché africain, le rôle de la Chine en Israël connaît une croissance rapide, en dépit de l’inquiétude des Israéliens de voir les actifs stratégiques leur échapper.
Selon le conseiller scientifique du ministère de l’Economie, Avi Hasson, l’empire du Milieu était deuxième l’an dernier, après les Etats-Unis, en termes de projets communs entre Israël et les entreprises étrangères soutenues par son bureau, qui finance des start-up de high-tech et facilite les affaires à l’étranger. « En 2014, je pense que la Chine sera numéro un », déclare Hasson à Reuters. « Il y a trois ans, ils étaient inexistants. »

La peur de l’inconnu

Pour le ministre de l’Economie Naftali Bennett, Israël « met le cap sur l’Orient ». Selon lui, l’Asie a pris le pas sur les Etats-Unis, en tant que deuxième destination des exportations d’Israël après l’Europe. « Nous transférons nos ressources économiques… à Bangalore, en Afrique et en Chine, en Chine, en Chine », confiait-il récemment lors d’une conférence sur le high-tech.

Cette présence croissante du géant qui sommeille ne semble pas plaire à tout le monde en Israël. Certains s’inquiètent de l’augmentation du coût de l’investissement direct pour leurs firmes par rapport aux marques occidentales ou américaines plus convoitées.

Ainsi, l’accord de vendre 56 % de l’entreprise laitière emblématique d’Israël Tnouva à la compagnie nationale chinoise Bright Food Group Co Ltd touche une corde particulièrement sensible. Coopérative agricole fondée il y a plus de 80 ans, Tnouva est un symbole du puissant passé rural d’Israël.
« Quel pays normal placerait sa sécurité alimentaire et toute son industrie laitière entre les mains de la Chine ? » demande alors Shelly Yachimovich, membre de l’opposition. Ephraïm Halévy, ancien chef du renseignement israélien, également opposé à cette transaction, a demandé au parlement de trouver les moyens de protéger ses atouts majeurs.

Préoccupé par les risques d’espionnage, le Shin Bet, l’agence israélienne de la sécurité intérieure, a passé des annonces l’an dernier à la recherche de personnes parlant chinois couramment, dans la région de Tel-Aviv, sans doute pour garder un œil sur le nombre croissant de visiteurs du Céleste Empire.

Le ministère de l’Economie tend cependant à minimiser les problèmes potentiels. « La peur de l’inconnu justifie sans doute l’inquiétude des Israéliens. Car la Chine est encore une énigme pour beaucoup de gens », déclare Ohad Cohen, chef du département du commerce extérieur du ministère de l’Economie israélien.

Echange production contre innovation

Contrairement à de nombreux autres pays, il n’existe pas de « Chinatown » dans les villes israéliennes pour servir de pont, mais les contacts et les visites commerciales accrus devraient améliorer la compréhension mutuelle. Et permettre aux Israéliens d’aplanir de leur mieux les réticences de Pékin à s’impliquer au Moyen-Orient.

« Les Chinois s’en fichent. Le conflit israélo-arabe ne les concerne pas », déclare un participant aux récents échanges israélo-chinois qui souhaite garder l’anonymat.
Bien que l’empire du Milieu soit devenu le centre mondial de la fabrication, il n’a pas fait de réels progrès dans l’innovation et la technologie. Israël, par comparaison, manque de muscle dans la production, mais se targue de son inventivité high-tech.

Ohad Cohen, du ministère de l’Economie, note que les investissements chinois en Israël au cours des trois dernières années sont passés de zéro à 4 milliards de dollars. Les investissements directs étrangers en Israël en 2011-2013 s’élèvent à 32 milliards de dollars.
Selon Pékin, les chiffres du commerce bilatéral ont été multipliés par 200 ces vingt dernières années, pour atteindre plus de 10,8 milliards de dollars en 2013. Israël est aujourd’hui le troisième partenaire commercial de la Chine après l’Union européenne et les Etats-Unis.

« Le gouvernement israélien a fait une priorité de la promotion des relations économiques avec la Chine », poursuit Cohen, citant les nombreuses visites des membres du gouvernement au Céleste Empire, cette dernière année, notamment celles du Premier ministre Binyamin Netanyahou et du président Shimon Peres.

Amir Gal-Or, directeur associé d’Infinity, société israélo-chinoise d’investissement basée à Pékin, pense qu’il y aura une hausse annuelle de 20-30 % du nombre d’acquisitions chinoises d’entreprises israéliennes dans les prochaines années, tandis que les investissements dans les entreprises israéliennes pourraient doubler tous les ans.
La seule façon dont la Chine peut trouver un équilibre entre l’essor de sa puissance mondiale et la croissance de sa structure de coûts passe par l’innovation. Et c’est ce qu’elle recherche, en partie, en Israël, déclare Gal-Or.

Déficit d’image

Mi-mai, l’université de Tel-Aviv et de l’université Tsinghua de Pékin ont lancé conjointement un centre pour l’éducation et la recherche innovante de 300 millions de dollars, en présence de la vice-premier ministre chinoise Liu Yandong, venue en Israël pour marquer l’événement.
« La Chine envisage avec confiance les perspectives d’avenir de nos relations », a-t-elle déclaré lors d’une conférence à Tel-Aviv qui a attiré plus de 350 délégués chinois. « Nous sommes persuadés que nous avons beaucoup à apprendre d’Israël, célèbre pour son savoir-faire en matière d’innovation. »
Trois accords ont été signés entre les deux pays, afin de promouvoir la recherche bilatérale ainsi que la participation d’entreprises israéliennes dans plusieurs parcs d’innovation chinois.
Adam Fisher, partenaire israélien de la compagnie américaine VC Bessemer Venture Partners, qui a travaillé à Pékin, estime que les investisseurs chinois sont à la recherche d’alternatives aux marchés américains. Mais en même temps, il y a, selon lui, pénurie d’investisseurs en Israël. « Les entreprises israéliennes n’ont jamais accès à des capitaux suffisants et ne récoltent pas autant que leurs homologues américains. »

Mais si l’on peut s’attendre à voir les sociétés de capital-risque israéliennes continuer à collecter des fonds en Chine, en revanche, estime Fisher, les investissements directs chinois dans les start-up israéliennes pourraient s’avérer plus difficiles. « Elles n’ont pas le même cachet qu’une marque américaine ou même européenne, il y aura donc toujours un déficit considérable sur les investissements directs chinois dans les entreprises israéliennes », déclare Fisher, qui n’a pas recueilli de capitaux en Chine pour les sociétés de son portefeuille.

Le milliardaire de Hong Kong

L’arrivée de la Chine sur la scène financière israélienne a réellement commencé fin 2011, avec la vente de 60 % des parts du fabricant agrochimique MA Industries – maintenant appelé Adama – à China National Chemical Corp (ChemChina) pour 1,44 milliard de dollars.
L’année suivante, Zohar Dayan, directeur général de la start-up Wibbitz, tombe, en faisant défiler les messages d’une de ses adresses courriel qu’il vérifie rarement, sur un formulaire de contact rempli par Horizons Ventures, la société de capital-risque du milliardaire de Hong Kong Li Ka-shing.
Dayan, comme beaucoup dans le secteur de la technologie en Israël, essentiellement tourné vers les Etats-Unis, ne connaissait pas Horizons à l’époque, mais le courriel aboutit à un investissement de 2 millions de dollars dans son entreprise, à l’origine d’une technologie qui permet de transformer des articles de texte en courtes vidéos.

Aujourd’hui, Horizons est le seul investisseur majeur de Wibbitz, et le troisième fonds de capital-risque le plus actif en Israël en 2013.
Dans un bâtiment moderne du centre de Tel-Aviv avec vue sur la Méditerranée, la société de high-tech ironSource a reçu en avril une délégation chinoise dirigée par Xu Xiaoping, le fondateur du fonds d’amorçage ZhenFund et du New Oriental Education & Technology Group.
« Nous envisageons sérieusement d’investir dans plusieurs sociétés israéliennes », déclare Xu lors de sa première visite en Israël. « L’idée est d’amener la technologie israélienne, l’innovation… sur le plus vaste marché chinois et de développer là-bas la technologie elle-même. » La Chine est particulièrement intéressée par les technologies mobiles, Internet, médicale et agricole ainsi que les biotechnologies, explique-t-il.

L’intérêt pour les investissements chinois est réciproque.
« Nous sommes aujourd’hui plus actifs dans la recherche d’investissements et la Chine est maintenant réceptive, la prise de conscience est là, nous sommes sur leur radar », estime Gidi Sturlesi, PDG de Lifebond, un fabricant de produits bio-chirurgicaux, qui envisage de collecter des fonds en Chine au début de l’année prochaine.


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