Coup de balai dans les médias

By ELI POLLAK
May 7, 2013 12:32

Il est temps de lever la loi du silence qui sévit autour des journalistes et de mettre fin au harcèlement sexuel et moral.




Emmanuel Rosen

JFR P10 320. (photo credit: Facebook)


Les médias, producteurs de films, éditeurs, journalistes, sont très friands d’affaires de moeurs. Mais dès que les regards se portent sur leur pré carré, et que leurs propres pratiques sont dans la ligne de mire, leurs esprits curieux et intrusifs se mettent soudain en veilleuse et leurs caméras et leurs micros s’enrayent comme par enchantement.

Les salles de rédaction israéliennes et leurs bureaux administratifs seraient-ils enfin prêts à adopter une politique éthique au travail, et à mettre en place des mesures afin de mettre en faillite ces moeurs délétères ? Leurs employés sont-ils au courant de ce qui s’y passe ? Le public doit-il en être informé ? Y a-til un cahier des charges mis en place pour gérer les plaintes et des peines prévues pour punir les dérapages ? Que savons-nous du harcèlement sexuel dans les médias ? La question a refait surface la semaine dernière en raison des accusations portées contre Emmanuel Rosen, journaliste télé pour Aroutz 10 qui anime son propre programme éducatif, Tik Tikshoret. Il s’avère que depuis de nombreuses années, une épée de Damoclès était suspendue audessus de sa tête. Ses frasques lui avaient déjà coûté sa place à Aroutz 2, il y a 3 ans. À l’époque, Rosen était un journaliste phare en prime time pour les infos de la seconde chaîne israélienne, dans une émission appelée Oulpan Shishi. Selon le site Internet Walla, Rosen avait été licencié suite à une plainte déposée par une jeune employée de la chaîne. Son directeur, M. Avi Weiss, avait nommé un comité pour vérifier la crédibilité de la plainte et conclu à la nécessité de limoger Rosen. Walla rapporte par ailleurs qu’en 2008 déjà, les comportements de Rosen avaient eu pour conséquence de voir le journaliste Avri Guilad refuser de programmer La boîte noire, une émission produite par Reshet et animée par Rosen pour Aroutz 2, et ce en raison des nombreuses rumeurs qui couraient sur ses comportements licencieux.

Motus sur des affaires de moeurs en série 

Il s’avère que tout ce remueménage est positif. La plainte a eu pour effet d’assainir des comportements et pratiques d’un autre âge auxquelles il est temps de mettre un terme. Mais privilèges ou passe-droits, en 2010, en dépit des allégations qui courraient sur lui, Rosen a été embauché par Aroutz 10, non plus comme un simple journaliste, mais comme leur spécialiste politique.

Puis il a décroché un poste à la télévision éducative en décembre 2008. Et également été recruté par la station de radio 103FM, la « radio en continu », basée à Tel- Aviv, pour présenter le journal du soir avec le journaliste Ben Caspit.

On ne peut s’empêcher de se demander ce que ses nouveaux patrons de Aroutz 10 savaient de ses dérapages lorsqu’ils l’ont engagé.

Et qu’en savait Caspit d’ailleurs ? Après tout il était employé par la chaîne dans les années 2002-2006.

Est-ce que Weiss de Aroutz 1 avait passé l’information à Aroutz 10 ? Et si oui, pourquoi n’en n’ont-ils pas tenu compte ? Et si Weiss ne les a pas informés des faits, pourquoi ce silence ? Il est évident que Weiss et la direction de Aroutz 10 doivent rendre des comptes au public. Pourquoi les producteurs du programme Reshet n’ont-ils pas donné suite aux récriminations de Guilad en procédant à des investigations sérieuses ? On imagine le tollé si par exemple une université embauchait un professeur qu’un autre établissement aurait limogé pour les mêmes motifs ! Sans parler d’un politicien, d’un ministre, ou de n’importe quel fonctionnaire. Où d’un président. Bien sûr, cela aurait des conséquences, et quoi de plus normal ! Rosen et ses supporters se plaignent d’une campagne de diffamation orchestrée contre lui. Ils en veulent pour preuve qu’aucune des femmes soi-disant harcelée par le passé n’a jamais porté plainte.

L’éthique en question 

Mais comme le souligne très justement Meirav Karako, ténor de la presse qui écrit dans le magazine Globes, et accuse Rosen de l’avoir harcelée obsessionnellement, les faits ne doivent pas seulement être considérés du point de vue légal, mais aussi d’ordre éthique.

Car les emplois de ces hommes, leurs revenus et l’avancement professionnel dont ils bénéficient sont conséquents. Instaurer une atmosphère où les femmes sont davantage des objets sexuels que des collègues de travail respectés, est inacceptable, qu’il y ait crime commis ou pas. Et les médias qui sont prêts à couvrir de telles pratiques devraient être poursuivis et dénoncés par le public.

En Israël, il est urgent d’élever le niveau d’éthique en matière de relations professionnelles entre les deux sexes. L’affaire Rosen est une chose, l’absence de normes éthiques, une autre. Par exemple, le Dr Yitzhak Laor, connu pour ses positions d’extrême-gauche, est l’un des premiers à refuser d’accomplir son service militaire en « territoires dits occupés ».

Mais, fait un peu moins connu, en 2010 Laor a été accusé par le blog de gauche Haoketz, d’être un harceleur sexuel en série, alors qu’il était rédacteur en chef du journal Haaretz.

Du harcèlement moral au harcèlement sexuel 

Pourtant, Laor travaille aujourd’hui encore comme journaliste pour Haaretz. Ses éditeurs ont-ils mis en place une commission d’enquête ? Non. Et pourtant, pour ce cas précis, une femme a bien porté plainte, mais malheureusement trop longtemps après les faits pour être prise en compte.

Il semblerait qu’à Haaretz aussi, un bon coup de balai serait nécessaire, accompagné d’une révision des normes du travail, et que les relations entre les hommes et les femmes auraient besoin d’être sérieusement revus et corrigés.

Le problème ne se limite pas au harcèlement sexuel, mais s’étend au harcèlement moral.

Eli Yatzpan est l’un des comédiens les plus célèbres en Israël. Il fait certainement figure de modèle pour nombre de jeunes artistes en herbe. Lior Averbach a rapporté que le 28 février, Yatzpan aurait insulté des techniciens et les aurait traités de façon dégradante au motif qu’ils auraient mal fait leur travail. Comme cela a été mis en évidence à l’époque, il ne s’agissait pas d’un fait isolé.

Suite à ces événements, le directeur de Aroutz 10 aurait discuté du problème avec Yatzpan, exigé que ces faits ne se reproduisent pas et lui aurait intimé de surveiller son comportement. Toutefois, aucune mesure réelle n’a été mise en place. Le comédien ne s’est même pas donné la peine de présenter ses excuses aux techniciens qu’il avait humiliés en public. Et Yatzpan est loin d’être le seul employé de Aroutz 10 à être colérique.

Des accusations semblables avaient déjà été lancées, il y a cinq ans, contre le programme News Five de la chaîne avec Rafi Reshef. De nombreux employés s’étaient plaints de dénigrement en public, en particulier émanant du gestionnaire du programme, Nehuschtan Okun, qui a quitté l’émission en 2012, en raison de difficultés financières au sein de la chaîne. Mais les plaintes étaient également dirigées contre Reshef lui-même. Certains des employés ont qualifié cette malheureuse expérience de traumatisante et se sont plaint qu’ils en resteraient marqués à vie.

Et la liste n’est pas exhaustive. Rafik Halabi, rédacteur en chef principal des nouveaux programmes de Aroutz 1, Mabat, figure aussi sur cette liste noire. En 2007, il avait été accusé de harcèlement sexuel par le tribunal disciplinaire de la Commission de la fonction publique d’Israël. Et s’est vu contraint de démissionner de la direction de la première chaîne.

Cela a-t-il mis fin à sa carrière ? Pas du tout. Il a été rapidement embauché par Keshet à Aroutz 2, pour présenter le programme Rafik Halabi sur le terrain. Et plus récemment, il a été question de le nommer au poste de conseiller à la mairie de Daliat-el-Carmel.

Quelqu’un dans les médias y a-t-il vu une objection ? Non.

Les stars du petit écran sont fières de flirter avec le pouvoir. Elles influencent la mode, donnent le ton des tendances musicales du moment et pèsent sur la vie culturelle et les opinions politiques. Il est dommage que le public les encense jusqu’à en faire des icônes et à les ériger en modèle de comportement, alors qu’ils se rendent coupables de discrimination envers les femmes, violent leur espace vital et leur situation professionnelle et parfois même leur corps.

Il devient extrêmement urgent qu’un système adéquat soit mis en place pour éviter ces dérapages et ce laxisme. Plus vite l’omerta sur les journalistes sera levée, mieux ce sera.


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