Le 25 juillet 2006 , ma fille, interne en pédiatrie au centre hospitalier Rambam de Haïfa, termine sa garde de 24 heures et se réjouit du long sommeil qui l’attend avant de célébrer son anniversaire. Elle sort de l’hôpital, à la lumière du jour, pour trouver un cordon de police qui empêche les curieux de s’approcher d’un périmètre de sécurité autour du rond-point situé à quelques mètres de l’entrée de l’hôpital.

« Une Katioucha avait atterri, le nez en plein milieu du carrefour », se souvient-elle. « La guerre m’est alors apparue dans toute sa réalité, presque palpable. »

Pendant les 34 jours de la seconde guerre du Liban, plus de 60 roquettes sont tombées dans un rayon d’un kilomètre autour de l’hôpital.

Debbie Hemstreet, qui travaille comme rédactrice en langue anglaise à l’hôpital Rambam, raconte : « Les médecins ont dû s’occuper des patients sous le feu de l’ennemi. Comme nous n’avions pas d’abri, nous avons dû soigner les patients au sous-sol ! Quoi qu’il arrive, l’hôpital devait continuer à fonctionner. »

Contre les missiles et les attaques chimiques

Centre régional de santé du Nord et spécialiste de haut niveau en traumatologie, Rambam est aussi le centre de recours de 12 hôpitaux locaux. Il dessert également le poste de Commandement Nord de Tsahal, toutes les forces de l’ONU stationnées dans la région ainsi que la Sixième flotte américaine. Pendant la guerre de 2006, près de 800 blessés y ont été admis, dont deux fois plus de civils que de militaires.

Sa vulnérabilité a incité l’administration à chercher des solutions qui assureraient la sécurité des patients et du personnel, et permettraient d’accueillir un plus grand nombre de patients en cas de conflit.

« Tout d’abord, le service d’urgence a été renforcé contre les missiles », explique Debbie Hemstreet. A l’extérieur du bâtiment, une zone pouvant être hermétiquement isolée a été préparée pour décontaminer les victimes d’une attaque chimique. »
Après l’achèvement de ce premier volet en 2009, la seconde phase du projet a été mise en route : la construction d’un parking souterrain convertible en hôpital en cas de besoin.

Initialement, sa capacité d’accueil devait être de 750 lits, mais le ministère de la Santé a insisté sur une installation de 2000 lits, car, en tant qu’hôpital régional, il pourrait être à même de recevoir des centaines de patients d’autres établissements du Nord.
Le 25 mars dernier, l’hôpital Rambam a mené un exercice de grande envergure afin de tester sa préparation opérationnelle.
L’exercice simulait une attaque de missiles sur l’hôpital impliquant l’évacuation des patients, des lits et des équipements à des points précis de chacun des étages de l’hôpital souterrain, y compris les installations complexes de soins intensifs, de dialyse et de matériel chirurgical.

L’exercice recouvrait également la logistique, comme le fonctionnement du système de ventilation et des appareils électroniques, la mise en place des toilettes et des douches, et l’évacuation de tous les véhicules du parking.

Un parking qui cache bien son jeu

Rien ne différencie ce parking de ceux de son acabit : avant tout un endroit sûr pour garer sa voiture pendant que l’on vaque à ses occupations. On en fait le tour à la recherche de la place vide introuvable et son sol crisse littéralement de propreté.
« Le sol crisse ainsi parce qu’il est recouvert d’une peinture époxy pour en faciliter l’entretien », explique Kobi Bossel, ingénieur civil et chef de projet du parking-hôpital intégré.

Le parking peut accueillir jusqu’à 1 500 voitures en temps de paix et se transformer en hôpital pleinement fonctionnel en 72 heures en cas de guerre. D’une profondeur de 16,50 mètres sous terre, il compte trois niveaux, chacun d’environ 20 000 mètres carrés.
En mode hôpital, il totalise une capacité maximale de 8 000 personnes : jusqu’à 2 000 patients et 6 000 médecins, infirmières, personnel d’entretien et autres. Il abrite également une garderie pour les enfants du personnel hospitalier.
C’est le plus grand hôpital d’urgence souterrain fortifié du monde.

Bossel, qui a commencé à travailler sur le projet en 2007, décrit comment, en cas d’attaque, le niveau -3 est l’endroit le plus sûr où trouver refuge.

« Le niveau -3 est entièrement protégé contre les attaques chimiques et également sécurisé contre les missiles », explique-t-il. « En cas d’attaque chimique, les filtres peuvent être rapidement remplacés. Il peut se dérouler jusqu’à huit opérations chirurgicales simultanément sur ce niveau. »
« Au niveau -2 », poursuit Bossel, « 60 % de la superficie est entièrement protégée contre les attaques chimiques et 100 % contre les missiles. En cas d’attaque chimique, il faut mettre un masque à gaz avant d’entrer dans une zone non protégée via des sections désignées, qui permettent de passer de la zone chimiquement propre à la zone affectée. »
Le niveau -1 n’est pas protégé contre les attaques chimiques et n’est que partiellement protégé contre les missiles. Les zones non protégées sont marquées au sol.

On y trouve également des douches de décontamination des personnes éventuellement exposées à des produits chimiques, ainsi que des départements de post-traumatisme, d’urgence et de logistique. L’accès aux étages inférieurs se fait par des rampes protégées ou l’un des 11 escaliers.

En mode d’urgence

En cas de la guerre dans le Nord, l’hôpital Rambam passe en mode d’urgence et le parking commence sa transformation en hôpital. « Si l’état d’urgence est déclaré », explique Hemstreet, les propriétaires de voitures sont appelés par haut-parleur à retirer leur véhicule. S’ils ne se présentent pas, celui-ci est remorqué.

La zone est ensuite nettoyée et l’on commence à faire descendre les patients, à partir du triage et de la décontamination si nécessaire, vers les différentes unités des niveaux inférieurs, au fur et à mesure de leur mise en service.
Les patients alités sont déplacés directement du sous-sol de l’hôpital au niveau -1 du parking, à travers un couloir assez large pour laisser passer un lit d’hôpital. »

Un espace qui accueillait six voitures, accueille maintenant 10 lits.
L’ensemble est hermétiquement isolé et, aux niveaux -2 et -3, quelque 400 vannes entrent en action pour permettre le flux de l’air traité. On amène le matériel logistique : toilettes, douches, manchons de climatisation et matériel médical.
« Un container de 24 tonnes de matériel médical est en place », poursuit Bossel. « Celui-ci peut ensuite être dispatché à chaque étage, au besoin. Nous possédons également un système de communication interne déployé uniquement en temps de guerre pour permettre les échanges entre le personnel médical. »

La transformation du parking en hôpital prend jusqu’à 72 heures.

L’hôpital peut fonctionner en autonomie 72 heures sans approvisionnement supplémentaire. En cas de coupure d’électricité, si l’hôpital doit utiliser le générateur, ce dernier possède suffisamment de carburant pour fonctionner trois jours.
Un réservoir d’eau est également à disposition, qui doit être rempli à nouveau après 72 heures.
La plupart des bâtiments du complexe hospitalier sont interconnectés et permettent l’accès à l’hôpital souterrain en cas d’urgence. L’hôpital Rappaport pour enfants est situé directement au-dessus du parking, ce qui permet aux ascenseurs de l’immeuble de se rendre directement aux niveaux -2 et -3. Pour les enfants trop faibles pour être déplacés, les trois étages inférieurs de l’hôpital pédiatriques sont blindés.

De futurs projets prévoient le renforcement de bâtiments accueillant les patients incapables de se déplacer, comme ceux des services de cardiologie et d’oncologie.

La construction d’une tour de recherche biomédicale permettant la collaboration d’équipes de médecins du Rambam, du Technion (l’Institut de technologie israélien) et d’autres institutions est également au programme des développements futurs.
L’investissement massif dans l’hôpital d’urgence Rambam en termes financiers (le coût du projet se situe aux alentours de 500 millions de shekels), en termes d’ingéniosité et de souci du bien-être des citoyens du pays est impressionnant, voire même touchant.

Reste le fervent espoir que le parking restera à tout jamais un parking, et que sa métamorphose en hôpital ne devra jamais être mise en œuvre.


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