Droite dans ses bottes

Judy Shalom Nir-Mozes livre le fond de sa pensée sur son métier, le parti politique de son mari et l’Unicef.

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February 12, 2013 14:06
Judy Shalom Nir-Mozes

Judy Shalom Nir-Mozes 370. (photo credit: Wikimedia Commons)


Souriante et détendue. Personnalité mondaine, animatrice radio et télévision et ancien présidente d’Unicef Israël, Judy Shalom Nir-Mozes me fait entrer dans son bureau du 30e étage de la Tour Rogovin à Ramat Gan. Héritière du clan Mozes, propriétaire du journal Yediot Aharonot, et épouse du vice-Premier ministre sortant Silvan Shalom, elle est habillée à la perfection et rayonne de cette confiance qui arrive avec le succès.

Assise sur le canapé de son bureau en parquet de bois, la tête appuyée sur la main, elle évoque son actualité : une nouvelle émission télévisée, « Moadon Hamevakrim » (le Club des critiques). « C’est sur Reshet (Aroutz 2) tous les mercredis et jeudis », explique-t-elle. « On va dans les lieux culturels, on lit des livres, on regarde des films, et puis on donne notre opinion ».

Ils sont 4 critiques. L’une est Arabe, les deux autres votent Meretz. Nir-Mozes, électrice du Likoud, représente donc la droite. Mais quoi qu’il en soit, ses collègues chroniqueurs et elle-même, dit-elle, n’ont pas peur d’exprimer des opinions divergentes, impopulaires et politiquement incorrectes à l’antenne.

« Nous n’avons pas de sponsors », se félicite-t-elle. « Cela nous permet de dire ce que l’on veut ». Un commentaire culturel et social, donc, ce qui fait dire à Judy, pour plaisanter, que de nombreux lieux, en ville, ne voudront plus les accueillir par peur de leurs remarques acérées.

A droite toute 

Alors qu’elle a récemment été au coeur d’une polémique du fait de ses commentaires sur Twitter au sujet de l’opération Pilier de défense dans la bande de Gaza, Nir-Mozes n’a pas toujours fait partie du camp national, politiquement parlant.

Elle se souvient : « la première fois que j’ai voté pour le Likoud, afin d’élire mon mari, Silvan Shalom, le ciel me tombait sur la tête ».

Ancienne gauchiste convaincue, la journaliste voulait soutenir son époux, qu’elle verrait bien à un ministère important lors du prochain gouvernement : la Défense, les Affaires étrangères ou les Finances. Bien que, se remémore-t-elle, ce dernier portefeuille ait valu au couple des expériences peu plaisantes par le passé (Silvan a occupé le poste au cours de la 15e Knesset). « Il y avait des manifestations devant chez nous toutes les semaines », se souvient-elle.

Sa transformation d’électrice réticente du Likoud en une militante parfois controversée du camp nationaliste s’est faite, raconte-elle, lorsqu’elle s’est aperçu des efforts réalisés par les différents gouvernements de droite pour faire des compromis et avancer vers la paix. Dont notamment le désengagement de la bande de Gaza.

En 2005, le retrait unilatéral mené par le Premier ministre Likoud d’alors, Ariel Sharon, a été l’un des votes les plus difficiles de la vie politique du député Silvan Shalom, se remémore aujourd’hui son épouse. « Cela a été un cauchemar pour mon mari de voter en faveur du désengagement, mais, en fin de compte, pour les faibles chances d’avoir la paix, il l’a fait. Aujourd’hui, il le regrette profondément, car il n’en est rien sorti de bon ».

Pour Nir-Mozes, il n’existe, aujourd’hui, pas de partenaire pour faire la paix, que ce soit avec le Hamas ou le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. C’est pourquoi elle est fermement opposée à toute concession. Mais, souligne-t-elle, n’en déplaise à la droite religieuse, s’il existait une vraie chance de parvenir à une résolution du conflit, elle serait prête à céder de vastes parties de territoires. « Mais seulement s’il y avait en face de nous un véritable partenaire avec lequel Israël pourrait négocier en confiance », insisteelle.

« La droite a fait des efforts pour faire la paix. Il y a eu des initiatives dont on parle et d’autres dont on ne parle pas ». « Pour moi », continue-t-elle tout en prenant soin de souligner que son mari n’est pas d’accord avec ce dernier point, « peu importe que l’on donne tout, pour peu que l’on obtienne une vraie paix et que l’on arrête de se battre ».

N’en déplaise à l’Unicef… 

La journaliste se fait moins douce et calme lorsque le sujet de sa turbulente relation avec l’Unicef (fonds pour les enfants des Nations unies) arrive dans la conversation. Nommée pour représenter l’agence onusienne en Israël en octobre dernier, elle cause la consternation au sein de sa direction dès le mois de novembre. Motif : ses commentaires sur les réseaux sociaux concernant la guerre menée par l’Etat hébreu contre les attaques de roquettes du Hamas.

Dans son premier post, elle écrit : « Je place la vie humaine au-dessus de tout. Mais comment peut-on faire la paix avec ceux qui sont nourris à la haine d’Israël dès leur naissance ? Comment peut-on faire la paix avec ceux qui nous haïssent instinctivement ? Je serais prête à faire la paix à n’importe quel prix. Mais il n’y a pas de partenaire en face. J’aurais préféré me tromper là-dessus ».

Dans un second post, Nir-Mozes écrit espérer que le Premier ministre Binyamin Netanyahou « continue l’opération jusqu’à ce que le dernier terroriste soit assassiné à Gaza ».

Puis elle appelle l’armée israélienne à « détruire Gaza si les hommes du Hamas ne cessent de tirer ». Et explique que si le peuple palestinien en souffre, peut-être se révoltera-t-il contre le Hamas.

Enfin, accusant le mouvement islamiste de faire du mal aux enfants de Gaza, elle écrit : « nous serions heureux si les enfants étaient évacués. Il est temps de mettre un terme aux abus d’enfants palestiniens ».

Des propos qui déplaisent à l’Unicef, qui demande alors à la branche israélienne de l’agence de lui retirer sa position. Elle prend les devants et démissionne. A ses yeux, l’organisme est clairement « anti-Israël ». De plus, elle se dit très déçue que le bureau israélien ne se soit « pas battu pour exiger de choisir qui doit diriger Unicef Israël. En particulier, lorsqu’il s’agit de l’épouse du vice-Premier ministre de leur pays. Je pense que le siège n’a pas à interférer et n’a pas à nous dire ce que nous pouvons ou pas écrire sur Facebook, parce que mes posts reflétaient l’opinion de nombreux Israéliens ».

Pas de jouets pour Sdérot 

A ses yeux, les sentiments anti-israéliens de l’agence se sont notamment manifestés lors de son initiative de faire apporter des jouets aux enfants de Sdérot, lors de l’opération militaire.

« J’ai amené des jouets aux enfants de Sdérot et j’ai dit que je le ferai au nom de l’Unicef. C’était une façon pour moi de faire parler de l’organisme. Sur le chemin, je reçois un appel et m’entends dire que l’Unicef ne souhaite pas que j’apporte des jouets à ces pauvres enfants dans les abris antibombes.

“Vous ne pouvez pas vous servir du nom de l’Unicef”, me dit-on. Je demande pourquoi. Les responsables de Genève me répondent qu’il me fallait l’accord d’Unicef Jérusalemest pour apporter des jouets aux enfants de Sdérot. C’est complètement dingue. Et le bureau de Jérusalem-est a dit non ».

« Cela a constitué un signal d’alarme très important pour moi, mais j’ai décidé de passer outre. Et ensuite, j’ai posté ces statuts sur le Hamas. J’ai écrit qu’Israël devrait tuer les tueurs. Je n’ai pas dit que nous devrions tuer les civils. Je n’ai pas dit que nous devrions tuer les enfants. J’ai dit que nous devrions tuer les tueurs de Gaza. J’ai écrit que nous devrions tuer ceux qui nous tuent et rendent la vie de leurs propres enfants misérable. Voilà ce que j’ai écrit ».

Revenant à sa nouvelle émission, Nir-Mozes évoque Lucy Harish, l’une de ses co-présentatrices. Ancienne star d’Aroutz 10, Harish est l’une des rares Arabes israéliennes originaires de Dimona qui aspire un jour à travailler pour CNN, s’enthousiasme Judy. Et d’expliquer qu’elle souhaite propulser Lucy sur le devant de la scène israélienne afin de l’aider à réaliser son rêve.

Certes, leurs opinions politiques divergent parfois, et la jeune femme est aussi libre et directe que peuvent l’être les tweets de Nir-Mozes elle-même. Mais elle sait qu’elle participe à une télévision de qualité et, ainsi, à la vitalité démocratique du pays. Un succès dont Nir- Mozes est fière.


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