Du noir au blanc

Jusqu’à présent, le gouvernement a très peu aidé les hommes et les femmes qui quittent le monde ultraorthodoxe à s’intégrer dans la société laïque

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May 13, 2014 14:05
Haredim

Haredim. (photo credit: DR)

A première vue, Haïm est un jeune Israélien comme les autres. Sportif et bronzé, il est sur le point de terminer son service militaire et attend avec impatience de partir en Amérique du Sud ou en Asie avec son sac à dos. Il fume en sirotant son cappuccino dans un bar de Tel-Aviv. Dans quelques heures, il ira rejoindre des amis pour la soirée et boira un verre avec eux.
Son passé, en revanche, est loin d’être aussi classique…

Haïm a grandi à Bné Brak dans une famille de neuf enfants. Il a étudié en yeshiva jusqu’à l’âge de 19 ans, puis s’est rendu compte que sa vie n’avait plus de sens pour lui. Il a alors décidé de tout quitter. Pour conserver l’anonymat, il nous a demandé de ne pas citer son nom de famille. « Chez les harédim, tout le monde est identique. On ne peut pas avoir sa propre personnalité et moi, je voulais être libre », explique-t-il. « Un beau jour, j’ai réalisé que je ne connaîtrais jamais le monde et que je ne serais jamais moi-même, et cette idée m’a paru insupportable. Au début, j’ai essayé de la chasser, parce que c’était comme ça et que je ne pouvais rien faire. Mais cela me hantait nuit après nuit, jusqu’au moment où j’ai décidé de sortir de cet univers. »
La métamorphose de Haïm ne s’est pas faite en un jour. Il a commencé par prendre un travail, puis a cessé de prier. Ensuite, il a troqué son costume noir contre des vêtements laïcs et n’a plus porté ni chapeau ni tsitsit.
Ses parents ont très mal réagi et, s’ils ne l’ont pas chassé de la maison, c’est parce qu’il est parti avant. « Parfois, les mots sont inutiles », raconte-t-il. « Il suffit de regarder l’autre pour comprendre. L’expression de ma mère voulait tout dire : elle posait sur moi un regard de haine, le regard qu’elle aurait eu pour l’homme qu’elle détestait le plus au monde, pour un violeur… J’ai compris alors que je ne reviendrais plus jamais en arrière… »
C’était il y a quatre ans. Haïm n’a plus eu aucun contact avec sa famille depuis.

Sortir ou retourner à la question

Si l’histoire de Haïm a longtemps été exceptionnelle dans un pays où la communauté ultraorthodoxe vit recluse, elle illustre à présent une sous-culture qui se développe depuis quelques années : beaucoup de jeunes choisissent de quitter le milieu harédi et perdent leur famille par la même occasion.
Les Israéliens les appellent les « Khozrim be shééla » (« ceux qui retournent à la question »), par opposition aux « Khozrim bé tchouva » (« ceux qui retournent à la réponse, qui désigne les Juifs qui reviennent à la religion), mais eux-mêmes se nomment les « yotsim be shééla », ceux qui « sortent », plutôt que « retournent »…
Le nombre des harédim en Israël s’accroît de façon exponentielle, mais celui des yotsim be shééla augmente avec lui. Selon le Bureau central des statistiques, 12 500 hommes et femmes entre 20 et 40 ans ont quitté la communauté ultraorthodoxe pour devenir un peu moins pratiquants, traditionalistes ou carrément laïcs. Au cours de l’année écoulée, au moins 1 300 Israéliens l’ont fait, et ce chiffre est en augmentation.
Si la question des ultraorthodoxes et de leur rôle dans la société ne cesse d’être débattue et de faire les gros titres, celle des ex-harédim est rarement abordée, peut-être parce que les harédim eux-mêmes sont beaucoup plus nombreux : environ 10 % de la population, soit 800 000 personnes.

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Ceux qui quittent la communauté ultraorthodoxe rencontrent les mêmes problèmes de formation et d’emploi que ceux qui en font encore partie. Elevés sans le moindre enseignement laïc, ils ne possèdent pas les compétences de base nécessaires pour travailler. Cependant, si le gouvernement attribue depuis des années des aides financières généreuses aux harédim qui se lancent dans la vie active, les yotsim, eux, n’ont droit à rien. Jusqu’à présent, l’Etat ne leur a fourni aucun soutien, financier ou autre. Un état de fait qui commence à changer pour la première fois dans l’histoire du pays.

Livrés à eux-mêmes

A la tête de cette évolution, la députée Adi Kol (de Yesh Atid), qui dirige la commission des pétitions publiques à la Knesset. En novembre dernier, elle a commencé à recevoir des appels au secours et des lettres de jeunes qui avaient quitté le monde harédi. Elle a ainsi appris que sept d’entre eux s’étaient suicidés au cours des 2 dernières années. « “Nous sommes complètement perdus”, me disaient-ils. “Nous n’avons aucune compétence pour travailler, nos familles ne nous parlent plus, nous n’avons pas de communauté à laquelle nous rattacher…” Je crois que c’est là le groupe le plus isolé que j’aie jamais vu », explique Adi Kol, une juriste qui, avant d’entrer à la Knesset l’an dernier, travaillait auprès des populations défavorisées comme les anciens drogués et les femmes battues. « Quand j’ai commencé à rencontrer des yotsim, je me suis aperçue qu’ils étaient complètement exclus et livrés à eux-mêmes », ajoute-t-elle. « J’ai été submergée par la somme des problèmes qu’ils rencontraient. »
Pour commencer, ils doivent surmonter la peur de quitter leur milieu pour entrer dans un monde dont ils ne connaissent rien, un monde qu’on leur a appris à considérer comme rempli de pécheurs et de criminels.

Pour Shmouel Lamdan, 27 ans, cette sortie du monde ultraorthodoxe a duré non moins de 7 ans. « Je savais que je devais le faire, mais il m’a fallu des années pour prendre mon courage à deux mains et y arriver », raconte cet ancien membre de la communauté Neguev de Netivot. Issu d’une famille de 9 enfants, il est parti à l’âge de 24 ans et s’est installé à Ramat Gan. « Je restais juste parce que j’avais honte. Je me sentais coupable. »
Une fois ce pas franchi, le défi est de trouver un nouveau lieu de vie, une communauté prête à les accueillir. Adi Kol a vite compris que le gouvernement devait avant tout aider cette population vulnérable à y parvenir. « Une fois que vous avez décidé de partir », demande-t-elle, « où allez-vous ? Que faites-vous ? Qui appelez-vous ? Vous n’en avez aucune idée. Notre premier objectif a donc été d’ouvrir une sorte de centre pour ces jeunes, similaire aux abris pour femmes battues, où tout est confidentiel. »

Adi Kol constitue alors un groupe de pression à la Knesset, le « Lobby pour ceux qui quittent le monde ultraorthodoxe », qu’elle préside. Elle demande ensuite des subventions au ministre des Finances et président de Yesh Atid, Yaïr Lapid. Ce dernier, qui a bâti sa campagne électorale autour du thème de « charge partagée » pour les harédim, lui garantit la somme de 6 millions de shekels (très faible, comparée aux centaines de millions que le gouvernement verse à la communauté ultraorthodoxe, mais déjà un début). Une partie de cet argent sera consacrée sans attendre à la construction de centres et de refuges d’urgence dans tout le pays. Selon Adi Kol, ceux-ci hébergeront les personnes concernées pendant deux ou trois mois, afin de leur donner le temps de se retourner.

Au même titre que les ultraorthodoxes

Bien que venant de régions différentes, Shmouel et Haïm se sont tous les deux retrouvés à Ramat Gan lorsqu’ils ont quitté leurs parents, tout comme beaucoup d’autres yotsim qui ont découvert l’association Hillel. Cette ONG, qui vient en aide aux ex-harédim depuis plus de 20 ans, est installée à Jérusalem et à Ramat Gan. Elle a été une première étape pour des milliers d’anciens ultraorthodoxes, ou « X-Dos » (jeu de mots en hébreu sur le terme populaire qui désigne les ultraorthodoxes).
Elle a recueilli Shmouel, Haïm et de nombreux autres. Elle prodigue également des conseils, emploie des travailleurs sociaux et des psychologues, propose des cours de formation professionnelle, des bourses pour les universités ou pour passer le baccalauréat et les examens psychométriques, dont les Israéliens ont besoin pour entamer des études supérieures. Car, dans les écoles religieuses qu’ils fréquentent, les enfants harédim n’apprennent aucune des matières nécessaires pour passer ces examens.
Ce n’est pas un problème pour la plupart d’entre eux, dont le premier objectif est d’étudier la Torah, et non d’entrer à l’université ou sur le marché du travail. Mais pour les ex-harédim qui veulent étudier ou apprendre un métier, l’absence d’éducation laïque de base est un obstacle de taille.

L’aide apportée par Hillel est certes très estimable, mais une association à but non lucratif qui n’emploie que des bénévoles ou presque et dépend entièrement de dons ne peut pas aller plus loin.
« Nous avons plus besoin d’aide que les harédim », affirme Shmouel, qui a suivi un programme pré-universitaire et achève aujourd’hui sa première année d’université grâce à Hillel. « Quand on est ultraorthodoxe en Israël, on reçoit beaucoup de soutien de la part de la famille, de la communauté et du gouvernement. »
Si l’Etat fournit de l’aide aux harédim pour trouver du travail ou étudier, il doit en faire autant pour les yotsim, estime Adi Kol. « Ils ont besoin des mêmes choses que les harédim, puisqu’ils rencontrent les mêmes problèmes », explique-t-elle. « Si on donne aux harédim la possibilité de passer leur bac ou de faire des études universitaires, pourquoi en priverait-on les yotsim ? Ceux-ci n’ont pas l’éducation de base, et nous voulons qu’ils aient un diplôme, nous voulons qu’ils contribuent à l’économie du pays. »

Quand l’armée joue le jeu

Jusqu’à présent, elle a obtenu une coopération totale des ministères compétents – Affaires sociales, Education et Logement –, ainsi que de l’armée. En fait, dit-elle, c’est Tsahal qui s’est montrée la plus coopérative, puisqu’elle a commencé à traiter les yotsim comme des cas particuliers qui entrent dans le cadre du programme de Soldat isolé. Et les jeunes gens qui quittent le monde harédi s’engagent souvent dans l’armée, même s’ils ont grandi dans le mépris de cette institution.
Ainsi, en quittant son milieu, Haïm a éprouvé l’envie de rendre au pays ce qu’il lui a prodigué : « Des milliers de gens se sont battus pour me permettre de grandir et de vivre », dit-il, « Je veux donc donner ces trois années de ma vie à tous les gens qui ont eux-mêmes donné trois ans de leur vie pour moi. »

Après avoir perdu sa propre famille en décidant de devenir laïc, Haïm a gagné une famille d’adoption pendant son service militaire en tant que soldat isolé, chez qui il passe du temps, au kibboutz, lorsqu’il rentre de l’armée le week-end ou pour les fêtes. A présent, alors que son service militaire s’achève dans quelques mois, l’armée lui offre une formation pour pouvoir passer son baccalauréat, dont il aura besoin par la suite. « Je n’ai pas passé mon bac parce que j’étais dans un établissement ultraorthodoxe », explique-t-il. « Là-bas, on n’apprenait rien pour le bac, on ne faisait qu’étudier la Torah et le Tanakh (la Bible). Alors aujourd’hui, je fais des maths, de l’hébreu, de l’anglais et de l’instruction civique. Ensuite, je pourrai trouver du travail, parce que je pourrai dire que j’ai mon bac. »

Un seul ministère n’a pas voulu reconnaître les yotsim comme un groupe spécifique nécessitant de l’aide : celui de l’Economie, dirigé par Naftali Bennett, chef du parti national-religieux HaBayit HaYehoudi. Bennett a rejeté la demande d’Adi Kol de laisser les ex-harédim suivre les cours organisés par le ministère pour les harédim – formations en technologie et en programmation, aide pour chercher du travail ou rédiger un CV, lui répondant par lettre que ces cours étaient destinés aux harédim. « Il y a un budget pour les harédim », explique Shira Kaveh, porte-parole de Bennett, « et il ne concerne qu’eux, parce qu’il s’agit d’un tout nouveau programme. »
Le ministère de l’Economie prévoit toutefois d’autres budgets de formation à l’intention d’autres groupes. Pour les harédim, c’est un programme ponctuel de 500 millions de shekels étalé sur cinq ans. On ne peut donc en faire profiter les yotsim, mais le ministère de l’Economie peut les aider autrement de multiples façons.
Le ministère ne dispose pas de budget spécifique pour les ex-harédim, mais avec les millions de shekels de budget destinés à d’autres groupes de population que les harédim, Adi Kol espère pouvoir trouver des solutions avec le ministre Bennett. En attendant, d’autres options s’offrent à elle.

Le temps de la reconnaissance

Dans le domaine des yotsim, l’association Hillel possède un professionnalisme et une longue expérience. C’est donc à elle que sera confié le nouveau budget de l’Etat, ce qui lui permettra de développer ses services de conseil et d’assistance à la recherche d’emploi et à l’éducation qu’elle propose depuis vingt ans.
Yael Harel, qui y travaille comme bénévole depuis 4 ans, se réjouit de voir le gouvernement s’intéresser aux ex-harédim, mais reste sceptique. « Il est temps que l’Etat commence à prendre la responsabilité de tous ses citoyens », estime-t-elle, « et pas seulement des harédim. Je veux bien lui accorder le bénéfice du doute, mais tant que nous n’avons pas vu l’argent, permettez-moi de ne pas y croire… »

Et, de fait, les subventions sont attribuées sous condition : Hillel recevra 2 millions de shekels du gouvernement pour l’année à venir, à la condition qu’elle récolte au préalable de son côté la même somme auprès de ses donateurs.
Pour Harel toutefois – et pour les yotsim eux-mêmes – ce n’est pas tant le financement qui importe que la reconnaissance. « Le principal, c’est qu’on nous donne un lieu pour nous rencontrer et pour être ensemble », dit Shmouel. « Qu’on nous donne une légitimité. Ici, tout ce que je fais est bien. A la maison, c’était l’inverse. Tout ce que je pensais était condamnable. »
« On reconnaît enfin qu’il existe une chose qui s’appelle les “yotsim”. Le pays comprend enfin qu’il existe un groupe de gens qui ne bénéficient d’aucune aide, qui se retrouvent coupés de leur famille et qui, dans le fond, n’ont personne pour les soutenir. Quand on est nouvel immigrant et que l’on arrive d’un autre pays, on reçoit de l’aide et des subventions pour trouver du travail et un logement. Ces jeunes-là, eux, sont comme de nouveaux immigrants, sauf que c’est un autre monde qu’ils viennent et qu’ils ne reçoivent aucune aide de l’Etat. »

Un glissement inévitable ?

Avant le gouvernement actuel, explique Kol, il ne fallait pas compter sur une quelconque aide de l’Etat pour cette population. D’abord parce que le problème n’intéressait personne, ensuite en raison du poids des harédim dans les précédentes coalitions gouvernementales.
« Quand les yotsim ont été invités à venir exposer leurs problèmes à la Knesset, il y a quelques mois, ils redoutaient d’y aller par crainte des députés harédim », explique Adi Kol. « Finalement, le jour de la réunion, il n’y en a eu qu’un, qui a cherché à évacuer le problème en disant qu’il n’existait pas. » Si l’on tente d’empêcher le gouvernement d’aider cette communauté, estime-t-elle, c’est par crainte de voir de plus en plus de jeunes harédim quitter leur communauté, et affaiblir par là-même le judaïsme en Israël. Après tout, de nombreux ex-harédim sont passés d’une pratique religieuse très stricte à un total athéisme. »

Avec internet et les médias sociaux, qui ouvrent de nouvelles fenêtres sur le monde laïc, mais aussi l’accroissement probable du nombre de harédim qui feront leur service militaire à l’avenir, le glissement du monde ultraorthodoxe au monde laïc pourrait bien se révéler irrésistible. « Je ne tiens pas spécialement à ce que ces jeunes quittent leur milieu », précise Adi Kol. « Je veux juste qu’ils sachent qu’ils ont le choix. Je veux qu’ils puissent prendre ce genre de décision en toute liberté. Quand un laïc décide de devenir harédi, la communauté ultraorthodoxe l’accueille à bras ouverts. Je veux qu’il en soit de même dans l’autre sens. »

Pour aider les ex-harédim dans leur transition vers la société israélienne, elle souhaite, entre autres, favoriser les interactions avec de jeunes laïcs à travers des activités communes. Elle a déjà commencé en mettant en place de petits groupes qu’elle nomme « Etudiants pour le dialogue », qui se retrouvent autour de dîners de shabbat auxquels elle-même participe.
Certes, ceux qui ont trouvé un refuge dans les centres créés par Hillel se félicitent d’avoir bénéficié de ce soutien indispensable, mais il n’en reste pas moins que ce groupe peut devenir un nouveau cocon, dans lequel on court le risque de remplacer une communauté isolée par une autre.

S’habituer à sa nouvelle identité

Aujourd’hui, Haïm habite dans un appartement de Tel-Aviv avec trois colocataires. Il a cessé d’assister aux réunions et aux événements organisés par Hillel. « Je n’y vais plus », dit-il, « parce que les gens qu’on y rencontre vivent dans le passé, et moi, j’ai envie de me tourner vers l’avenir. »

Quant à Shmouel, il vit avec sa petite amie, rencontrée dès son premier mois au centre Hillel. Il continue à s’y rendre une fois par semaine, pour des réunions, des conférences, des ateliers ou d’autres événements. Il rend aussi service en effectuant de petites réparations d’informatique pour l’organisation, puisqu’il est désormais étudiant en ingénierie. Même s’il a quitté le monde harédi depuis déjà 3 ans, il a encore du mal à s’habituer à sa nouvelle identité et voir des gens qui comprennent ce qu’il traverse lui fait du bien.
« Quand je me regarde dans la glace, j’entends parfois dans ma tête des voix négatives qui me disent que ce n’est pas à ça que je suis censé ressembler, que je suis censé avoir des enfants et étudier la Torah toute la journée », raconte-t-il. « Mais ma vie a tout de même plus de sens maintenant, parce que je réfléchis quand je fais des choses, je n’agis pas comme j’agis, juste parce que j’y suis obligé. Ce que je veux aujourd’hui, c’est être heureux et rendre les autres heureux. » 

Pour toute information sur l’association Hillel :  
http://www.hillel.org.il/


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