Futur brillant

Yvel, la célèbre marque de joaillerie, a créé à Jérusalem une école spécialement dédiée à la communauté éthiopienne.

By MARTIN ALARGENT
November 5, 2013 14:48
4 minute read.
Pour la marque de joaillerie, succès rime avec solidarité

P22 JFR 370. (photo credit: Martin Alargent)

Nouveau départ. 9 mois que Wiltaw a intégré l’école « Megemeria », ouverte il y a 2 ans par le groupe Yvel. 9 mois que « sa vie a changé ». Cet Ethiopien de 44 ans, arrivé en Israël il y a 13 ans, s’est découvert une réelle passion pour la joaillerie. Cette formation, ce n’est donc pas seulement une façon de s’assurer un avenir et de mieux subvenir aux besoins de sa famille, c’est aussi un rêve qui se réalise…


Et aussi un sentiment de satisfaction. Car sur plus de 300 demandes, seules 21 candidatures sont finalement retenues chaque année par l’établissement. Les critères de sélection sont variés : motivation, aptitudes manuelles ou encore les raisons qui ont motivé l’aliya. « Pour moi, cela a été une grande opportunité, je suis vraiment heureux. Cela apporte un réel espoir dans ma vie », confie Wiltaw.


Cet ancien employé de garage est fier de son nouveau statut social et peut dorénavant laisser libre cours à son ambition. L’accompagnement de l’école crée également une réelle différence dans sa vie, précise-t-il. Les étudiants sont en effet suivis par un membre de l’établissement dans leurs démarches administratives et bénéficient d’activités d’intégration à la société israélienne.


Dans l’atelier, Wiltaw est loin de se douter qu’il travaille pour des clients de renom comme Scarlett Johansson, Katy Perry, Selena Gomez ou encore Rihanna. Car la marque israélienne a ses adeptes dans le monde entier. Créée à Jérusalem en 1986, la maison de joaillerie s’est d’abord spécialisée dans les perles. C’est seulement depuis 3 ans qu’elle a commencé à se diversifier et travailler les pierres précieuses : du saphir à l’opale en passant par le rubis, le diamant, l’améthyste ou l’émeraude.


Fabriquées à Jérusalem, les collections, toutes composées de pièces uniques, sont exportées dans le monde entier. L’entreprise possède actuellement 650 magasins à travers la planète.


Au-delà du luxe, la philanthropie


Cependant, pour Isaac et Orna Levy, les fondateurs d’Yvel, succès rime aussi avec solidarité. « Nous aimons les perles, mais avant tout, nous aimons les gens ! », est l’un des slogans de leur compagnie. Ainsi, depuis 2 ans, ils ont décidé de partager leur success story avec les plus démunis.


Et se sont naturellement dirigés vers la communauté éthiopienne, qui connaît un réel problème d’intégration au sein de l’Etat hébreu, en particulier du fait du fossé culturel et sociologique qui existe entre les sociétés éthiopiennes et israéliennes.


Le niveau d’éducation et d’études est, la plupart du temps, faible ou inexistant. Rare donc, pour ses ressortissants d’accéder à des professions valorisantes offrant un avenir serein. Le père d’Isaac Levy ayant lui-même beaucoup souffert lors de son aliya d’Argentine en 1960, il est naturel pour la compagnie de tendre la main aux populations immigrées défavorisées.


Megemeria a vu le jour en 2011. L’école est réservée aux Falashas. Pendant 1 an, Yvel les initie aux secrets de la profession, de la fabrication au design en passant par la vente et la gestion d’entreprise. Mais pas seulement. Les étudiants bénéficient aussi de cours d’hébreu, de géographie et d’histoire d’Israël. Objectif : leur donner toutes les cartes en main pour ne plus dépendre des aides sociales et faire vivre leurs familles.


Bien souvent, ce sont déjà des chefs de famille qui se lancent dans la formation. L’école, érigée sous forme d’association à but non lucratif, verse 4 000 shekels par mois à ses étudiants afin qu’ils puissent s’y investir complètement.


Sur les 21 élèves de chaque promotion, 5 sont recrutés par Yvel. Les autres reçoivent un diplôme reconnu par l’Etat d’Israël, qui leur permet de postuler dans la branche. Mais ils ont aussi la possibilité d’intégrer l’entreprise des étudiants, qui porte le même nom que l’école, Megemeria : le joaillier met locaux et matériaux à disposition des 16 diplômés qui n’auront pas intégré les rangs de son entreprise et gèrent alors leur propre structure indépendante. Les matières utilisées sont moins nobles qu’à la maison mère et les prix ne sont pas comparables, mais il s’agit là d’un réel tremplin pour les élèves. L’occasion de faire ses armes en assumant d’importantes responsabilités et accumulant de l’expérience.


L’histoire éthiopienne revisitée


Les employés fraîchement formés sont totalement libres de leurs réalisations. Aucune norme ou obligation n’est imposée. Les bijoux griffés Megemeria s’inspirent donc de la culture judéo-éthiopienne et rappellent l’histoire de ces peuples d’Afrique qui ont su conserver, à travers les siècles, leurs traditions juives.


Une façon pour cette communauté de ne pas oublier d’où elle vient, tout en rappelant ses origines aux générations futures, elle, qui descend de la de la reine de Saba et du roi Salomon… Il est écrit (I Rois X, 2) : « La reine de Saba arriva à Jérusalem avec une suite très nombreuse, des chameaux chargés d’aromates, d’or en très grande quantité et de pierres précieuses ».


Le nom de Megemeria n’a pas été choisi par hasard. Il signifie « genèse » ou « nouveau départ » en amharique. Ou quand la richesse ancestrale est revisitée au présent… Une belle histoire d’intégration qui s’écrit.



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