Juifs d’Israël et des Etats-Unis opposés dans les urnes

Très populaire chez les Juifs américains, Barack Obama reste mal perçu par les Israéliens.

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November 6, 2012 13:30
Romney, Obama point at each other during debate

Romney, Obama point at eachother during debate 370. (photo credit: REUTERS/Mike Segar)


Et si Israël était le 51e Etat américain ? Dans cette hypothèse, pas si saugrenue aux yeux de certains, il semble certain qu’il donnerait ses voix au candidat républicain Mitt Romney. Les sondages des cinq derniers mois indiquent en effet que l’Etat hébreu, qui, proportionnellement à sa population, représenterait 13 voix dans le système électoral américain, est du côté des faucons.

“Un Etat rouge”, comme on dit outre-Atlantique. Tout comme le Texas, le Nebraska et l’Indiana. Ce qui contraste fortement avec la tendance générale des Juifs des Etats-Unis.

La semaine dernière, un sondage réalisé par l’Université de Tel-Aviv et l’Institut de démocratie d’Israël montrait qu’interrogés pour savoir : “en termes d’intérêts israéliens, quel est le candidat préférable dans l’élection américaine ?”, 57,2 % des citoyens juifs répondent Romney et seuls 21,5 % citent Obama. Des résultats qui corroborent d’autres enquêtes menées ces derniers mois, dont celle du Jerusalem Post en octobre. Seuls 18 % des Israéliens considéraient Obama pro-israélien, tandis que 28 % le tenaient pour propalestinien.

En août, un autre sondage du Peace Index affichait que pour 40 % des Israéliens, Romney accordait “davantage d’importance à la défense des intérêts nationaux israéliens”, contre 19 % pour Obama. Et en juin, une étude du Centre Sadate-Begin pour les Etudes stratégiques indiquait que 29 % des Israéliens pensaient que Romney défendrait mieux leurs intérêts, contre 22 % pour Obama.

Obama : pourquoi ça ne prend pas ? 

Une chose est donc sûre : durant ses quatre années de mandat, le président Barack Obama n’a pas exactement conquis le coeur des Juifs israéliens. Ce qui ne peut pas être affirmé au sujet de leurs frères américains.

Selon les sondages à la sortie des urnes en 2008, les Juifs américains ont voté à 78 % pour Obama, contre 22 % pour John Mc Cain. Quatre ans plus tard, la popularité du démocrate est toujours très élevée chez les Juifs. Une étude Gallup réalisée entre juin et juillet dernier indique que 64 % des Juifs américains comptaient voter pour Obama et 25 % pour Obama. A la mi-septembre, un sondage de l’American Joint Committee donne 65 % pour Obama, 24 % p o u r Romney et 10 % d’indécis.

L’équipe démocrate était pleinement consciente, durant toute la campagne de l’importance de ce soutien. C’est bien pourquoi le président sortant a rappelé son engagement envers Israël lors du dernier débat entre les candidats sur la politique étrangère. Et d’évoquer une “coopération militaire et avec les services secrets sans précédent” entre Israël et les Etats-Unis. Argument repris dans tous les e-mails et les tribunes portants sur les relations du président avec Israël.

“Oubliez les rumeurs, fiez-vous aux faits”, clament-ils d’une seule voix, “la coopération n’a jamais été aussi élevée”.

Carl Levin, sénateur juif du Michigan et président de la Commission des forces armées, a récemment envoyé une lettre aux électeurs, louant un niveau sans précédent de liens militaires. Et cité le ministre de la Défense Ehoud Barak : “Je dois vous dire honnêtement que l’administration Obama fait plus que tout ce dont j’ai souvenir pour notre sécurité”.

Levin a également rappelé les propos du Premier ministre Binyamin Netanyahou devant l’AIPAC en mai dernier : “Notre coopération au niveau sécuritaire est meilleure que jamais. Le président Obama ne se contente pas de vaines paroles”.

Si le président américain est donc si bon pour la sécurité d’Israël, pourquoi les Israéliens le tiennent-ils si peu dans leur coeur ? Et pourquoi les arguments en sa faveur ne “prennent” pas ? Oz Almog, sociologue à l’Université de Haïfa et auteur de nombreux livres et articles sur la psyché israélienne, pointe du doigt l’émotivité des Israéliens. Il explique : les Israéliens sont émotifs et leurs impressions sont liées à des images et des symboles. Et justement, les images marquantes du mandat d’Obama ont été celles d’un président qui n’a jamais mis les pieds en Israël, en dépit de ses visites en Egypte, en Turquie et en Arabie Saoudite. Qui a manqué de respect au Premier ministre à Washington et qui s’est montré hésitant sur le dossier iranien. Plus encore, ajoute Almog, les médias israéliens sont très israélo-centrés et l’information concernant Obama décrit principalement ses relations avec le pays.

Ainsi, les Israéliens connaissent mal les positions du démocrate sur l’avortement, la haute-technologie et une diversité de sujets qui pourraient le rendre plus sympathique. Les médias se concentrent uniquement sur le rapport d’Obama à Israël, et encore de façon assez simpliste, complète le spécialiste.

Ce qui donne l’impression générale d’une dégradation des relations bilatérales sous sa présidence.

Une histoire de psyché 

Mais, alors que les Israéliens jugent Obama uniquement sur son rapport à l’Etat hébreu, les Juifs américains l’apprécient pour son positionnement sur d’autres questions.

Comme le montre le sondage réalisé par l’American Joint Committee en septembre, Israël est seulement la 4e raison du soutien au démocrate par cette catégorie de la population. Loin derrière l’économie, les soins de santé et l’avortement.

Cet écart entre les perceptions s’explique également par un élargissement des différences entre les Américains et les Israéliens au fil des années, explique Almog. “Nous ne sommes pas synchro”, pointe-il. L’opinion sur le président Obama n’en est que la preuve supplémentaire.

Tamar Hermann, codirectrice du Peace Index et directrice académique du département des sondages au Centre Guttman pour l’Institut de démocratie en Israël, avance une autre explication. A ses yeux, le fait qu’Obama ait oeuvré pour la sécurité d’Israël ne trouve pas forcément d’écho chez les Israéliens car ce n’est pas sur ce critère qu’ils jugent un président américain. “Aujourd’hui, la coopération sécuritaire avec les Egyptiens est très bonne. Est-ce que les Israéliens pensent pour autant que le président Morsi aime Israël ? La réponse est évidente”. De plus, ajoute-elle, ce n’est pas parce que quelques experts - israéliens ou américains - affirment que la coopération est sans précédent, que les Israéliens tiennent l’affirmation pour vraie.

En dehors de son discours devant l’AIPAC, Netanyahou ne vante pas souvent les mérites du président Obama. Et Bibi influence largement l’opinion israélienne, explique la spécialiste.

Enfin, la mentalité conservatrice de Romney n’est pas seulement plus proche de celle de Netanyahou, elle correspond mieux à l’opinion israélienne des dernières années. “La gauche n’est pas très populaire de nos jours”, lance-t-elle. “En conséquence, les politiciens proches de l’idéologie de gauche, comme Obama, ne sont pas très populaires.”

Raanan Gissin, ancien porte-parole d’Ariel Sharon et détenteur d’un doctorat en sciences politiques de l’Université de Syracuse, avance encore une dernière hypothèse : l’absence de popularité d’Obama parmi les Israéliens s’explique par le psychisme juif.

“Les Juifs sont toujours à l’affût d’une relation chaleureuse”, souligne-t-il. “C’est à cause de notre histoire. Nous voulons être aimés parce que nous avons toujours été haïs et décriés.”

Et d’expliquer que l’ancien président égyptien Amouar el- Sadate l’avait bien compris : il s’était rendu compte qu’en faisant quelques gestes symboliques, tels que visiter Jérusalem, les Israéliens “fondaient comme neige au soleil et cédaient sur tout”.

Mais, poursuit le politologue, à la minute “où quelqu’un ne nous couvre pas d’affection, nous pensons qu’il nous haït.

Nous voyons les choses en termes de ‘avec nous ou contre nous’, noir ou blanc, amour ou haine. Il n’y a pas de juste milieu”.

L’absence d’unité entre les Juifs d’Israël et d’Amérique à ce sujet paraît donc d’autant plus surprenante au regard de l’éternelle question : “Est-il bon pour nous ?” Mais, souligne Gissin, tandis qu’Obama n’a pas fait preuve de la chaleur tant désirée envers les Israéliens, il a su se montrer proche des Juifs américains en tenant des Seders de Pessah à la Maison Blanche et en nommant des Juifs à des postes-clefs de son administration.

Lors de son déplacement au Caire en mai 2009, le président Obama n’est pas venu à Jérusalem. Cependant, sur le chemin de retour vers Washington, il a fait un arrêt au camp de Buchenwald en compagnie d’Elie Wiesel. Une visite hautement symbolique qui a beaucoup touché les Juifs américains.

Mais qui est presque passé inaperçue en Israël, occupé à décortiquer l’absence du président sur son sol.

Les fans d’Obama argueront qu’Obama est président des Etats- Unis et non d’Israël. Et qu’en conséquence il n’a pas à cajoler les Israéliens. Un argument difficilement contestable, mais il n’en reste pas moins que cette réalité explique pourquoi les citoyens de l’Etat juif répètent, sondage après sondage, qu’ils préfèrent Romney.


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