La Judée-Samarie comme vous ne l’avez jamais vue

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December 3, 2013 17:21

La région intensifie ses relations avec l’étranger pour faire entendre la voix de ses habitants à l’international. Et ça marche.




La vallée du Jourdain

P17 JFR 370. (photo credit: Reuters)



Dani Dayan a fort à faire. Lorsqu’il ne mène pas de visites guidées en Israël, cet « ambassadeur » du Conseil des implantations juives de Judée-Samarie sillonne les capitales européennes et les Etats-Unis. Il ne mâche pas non plus ses mots. Malgré les déclarations officielles du président américain sur le Proche-Orient, qui affirment le contraire, il reste persuadé que Barack Obama a su tirer les leçons de ses quatre premières années de mandat, et comprend aujourd’hui que la solution à deux Etats ne mènera pas à la paix.



Pendant plus de cinq ans, Dayan a présidé le Conseil de Yiosh (acronyme de Yehouda veShomron, autrement dit la Judée-Samarie), dans le sillage du désengagement de la bande de Gaza en 2005. Il a largement contribué à reconstruire l’organisation qui peinait à bien des niveaux.



Il vient maintenant de créer un service des relations étrangères du Conseil afin, dit-il, « de combler un vide, car, depuis longtemps, la voix des habitants des implantations ne rencontre plus d’écho sur la scène internationale ».



Dayan est convaincu qu’Obama a, depuis belle lurette, renoncé à l’idée de concessions territoriales de la part d’Israël, via l’évacuation des implantations. Ou que mettre fin à la soi-disant « occupation » serait la seule voie vers la paix. Mais selon lui « même s’ils ne veulent pas l’admettre, tous les pays, gouvernements ou organes de réflexion concernés réalisent que les chances de succès de la solution à deux Etats sur le terrain sont pratiquement nulles ».



Sans kippa, mais avec conviction



Pour Dayan, ce « revirement des mentalités à 180 degrés est apparu au cours des trois dernières années, quand de plus en plus d’instances compétentes estiment que la solution à deux Etats n’est pas viable – et cherchent maintenant des alternatives ».



Il se base pour cela sur le travail qu’il effectue sans relâche, lors de rencontres avec des invités de l’étranger, ministres, députés et autres personnalités, en plus des diplomates en poste en Israël et des membres de la presse étrangère.



Dayan emmène souvent ces personnes influentes visiter toute la Judée-Samarie, sur des circuits ciblés. « Cela nous permet d’aller à leur rencontre pour leur expliquer les positions de Yiosh, tout en les laissant découvrir par eux-mêmes la réalité sur le terrain », précise-t-il.



Le reste du temps, Dayan sillonne les capitales européennes et les Etats-Unis – principalement Washington – pour rencontrer les élus, les groupes de réflexion et les comités de rédaction de journaux afin de présenter sa vision de la paix entre Israël et les Palestiniens.



Dayan, qui ne porte généralement pas de kippa, ne correspond pas à l’image du « colon » type telle qu’elle est véhiculée dans les médias. Une donnée qu’il utilise à son avantage pour influencer ses interlocuteurs. Il parle couramment plusieurs langues, dont l’anglais et l’espagnol, et peut donc sensibiliser les représentants du gouvernement directement, sans avoir recours à un interprète. « De plus », ajoute-t-il « la création d’un département des affaires étrangères offre, pour la première fois, aux habitants des implantations les moyens de communiquer directement avec des gouvernements étrangers pour exprimer et expliciter leurs positions, sans filtres ni intermédiaires ».



C’est grâce à cela, explique Dayan, qu’il a été accueilli à Washington, en juin dernier, lors d’un voyage bien rempli, qui lui aura permis de présenter son point de vue là où aucun autre dirigeant des implantations n’a eu accès jusqu’à présent. Cette visite comprenait également des allocutions devant les principaux membres républicains du Congrès appartenant à la commission des Affaires étrangères, ainsi que devant d’importants groupes de réflexion basés à Washington.



Son prochain voyage a pour destination Madrid, où il aura l’occasion de rencontrer des parlementaires, répondant à l’invitation d’un groupe présidé par l’ancien Premier ministre espagnol José María Aznar.



En plus de lui avoir ouvert des portes en haut lieu, ce changement se fait sentir également dans la volonté « sans précédent », souligne-t-il, des grands médias occidentaux de promouvoir ses positions sur les implantations.


Dayan a ainsi récemment publié des articles d’opinion dans les pages éditoriales de grands journaux prestigieux, tels que le New York Times et The Guardian.


Il a également été l’invité d’une émission populaire sur la BBC, et participé à un débat à l’université d’Oxford, retransmis en direct sur Al Jazeera, la chaîne d’information la plus regardée dans le monde arabe.



« Tout cela a inversé la donne », déclare Dayan. « Aujourd’hui ce sont les médias qui nous courent après pour écouter notre point de vue, et pas le contraire. Le mouvement des implantations a été diabolisé et marginalisé pendant si longtemps… mais désormais les organes de presse admettent que nous faisons intégralement partie du débat »



Le Daily Telegraph et la chaîne américaine MSNBC viennent ainsi de réaliser un reportage complet sur la vie en Judée-Samarie. « Chercher à savoir qui sont réellement les habitants des implantations et ce qu’ils pensent est une démarche nouvelle à laquelle nous n’avons pas été habitués », note-t-il.


Si seulement les médias français pouvaient suivre le mouvement et se montrer plus objectifs ! Il semble que, de ce point de vue-là, un long travail reste à faire…



Les deux Etats ont fait long feu



Interrogé sur ce qui l’a convaincu que le président américain a changé son fusil d’épaule, Dayan observe : « Obama reste très passif sur la question. Qu’il laisse le secrétaire d’Etat américain John Kerry prendre part seul aux discussions, sans soutien significatif, indique bien qu’il est conscient que les chances de succès d’un accord de paix durable, basé sur la formule de deux Etats, sont très minces. Il ne veut pas compromettre son legs historique avec cette question ».



Fort de ces nouvelles percées, Dayan ne se laisse pas pour autant griser par le succès. Il sait que le combat n’est pas encore gagné et que tout le monde n’a pas encore changé d’avis, loin s’en faut. Kerry lui-même reste un ardent partisan de la solution à deux Etats.



« Kerry est vraiment très présent en Israël. Mais c’est plus l’obsession du secrétaire d’Etat lui-même que la ligne politique d’Obama », veut croire l’ambassadeur des implantations. « D’autres, comme lui, persistent, s’obstinent sur la solution à deux Etats », concède-t-il, « mais certains commencent également à envisager la possibilité d’un virage à droite ou à gauche, voire même d’un demi-tour. C’est une situation unique qui nous place dans une position d’influence, et nous tentons à peser sur la balance. »



Dayan s’affirme de but en blanc contre la création d’un Etat palestinien. Une position qu’il défend à l’aide de trois arguments majeurs : les liens historiques du peuple juif avec la Judée-Samarie ; la coexistence arabo-juive actuelle dans toute la zone ; les menaces que ferait peser sur la sécurité israélienne, la création d’un « Etat à la botte de l’Iran » aux frontières de la nation juive.



Sur la question de la sécurité, il se fait ainsi fort d’interroger les diplomates qu’il rencontre : « Seriez-vous prêt à envoyer votre fils combattre au sein d’une force internationale afin de défendre Israël contre des attaques de roquettes palestino-iraniennes ? » Une interrogation qui a le mérite de les confronter à la réalité de la solution à deux Etats. Réalité qui obligerait Israël à s’appuyer sur les garanties internationales et les vies de jeunes soldats américains et européens.



L’avenir passera par la Jordanie



Elie Pieprz assiste Dayan dans ses nouvelles fonctions. Immigrant américain originaire de Washington, il a passé des années au Capitole à travailler comme lobbyiste professionnel sur les questions intérieures américaines. Aujourd’hui directeur des affaires extérieures du Conseil des implantations de Judée-Samarie, Pieprz n’était pas directement impliqué dans les questions liées à Israël, au cours de ses années passées dans la capitale américaine. « Mais quand vous travaillez à Washington et que portez une kippa, vous devenez automatiquement ambassadeur des Juifs américains pour tout ce qui touche à l’Etat hébreu », sourit-il.



Les relations étroites qu’il a tissées avec les élus lors de son passage là-bas lui ouvrent aujourd’hui de nouvelles portes dans sa position actuelle de représentant de la Judée-Samarie, et lui permettent d’introduire Dayan plus facilement dans le cénacle. Le rôle de Pieprz est de « rendre la Judée-Samarie accessible au plus grand nombre, par la création d’une plate-forme en anglais et en apportant la logistique nécessaire aux militants sur le terrain ». Il prévoit pour cela le lancement d’un nouveau site internet qui supervisera la production de documents écrits, notamment de travaux universitaires sur la légitimité de Yiosh en vertu du droit international et servira de centre de ressources pour l’organisation de voyages, afin de « transmettre le message que nous essayons de faire passer ».



En fin de compte, si la solution à deux Etats n’est pas la réponse selon eux, quelle est l’alternative proposée par Dayan et Pieprz à ce public hautement influent et réceptif en termes de paix entre Israël et les Palestiniens ?


La résolution du conflit sera régionale et comprendra la Jordanie, répondent-ils en chœur. « Ce sera une résolution fonctionnelle, et non territoriale. Il n’y aura pas de souveraineté étrangère à l’ouest du Jourdain. On ne peut pas accepter cela. Nous devrons concevoir un partage des responsabilités », veut croire Dayan. « Ce partage comprendra la Jordanie, puisqu’Israël n’a pas l’intention de gérer la vie des Palestiniens ». Et d’ajouter, catégorique : « Nous ne partagerons pas la Judée-Samarie, la souveraineté appartiendra à Israël ».


Le représentant reste néanmoins persuadé qu’une paix véritable n’est pas encore à portée de main. La faute aux accords d’Oslo, tacle-t-il.


« Les illusions nées des accords d’Oslo ont été le coup le plus dur jamais porté aux efforts de paix. Oslo a soulevé des espoirs que les Palestiniens ne pourront jamais satisfaire. Pour chaque année écoulée depuis la signature des accords en 1933, il faut ajouter une année supplémentaire pour se débarrasser de toutes les illusions. Je ne vois donc aucun changement possible à la situation actuelle dans les 20 prochaines années ».




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