La recherche de la paix en héritage

Tekoa, communauté orpheline, pleure son leader spirituel. Visite d’une implantation en deuil.

By MARIE-SARAH SEEBERGER
March 12, 2013 13:04
3 minute read.
Un des fils du Rav Frouman

1303JFR09 521. (photo credit: Ronen Zevulun/ Reuters)

Au coeur du Goush Etzion se niche la petite ville de Tekoa. Il faut une heure depuis Jérusalem pour se rendre dans cette communauté au milieu de nulle part, située entre deux villages arabes.
Sur le chemin : d’autres implantations, mais aussi des panneaux d’avertissement, prévenant les citoyens israéliens du danger à pénétrer dans les zones palestiniennes aux alentours.
Pour entrer à Tekoa, il faut ensuite franchir le portail électrique de sécurité. Il n’y a pas grand monde dans la rue principale. Ici, pas de rues piétonnes ou de centre-ville ; quand on leur pose la question, les habitants ne peuvent s’empêcher de sourire. Et désignent alors une petite supérette où certains font leurs courses pour la semaine.

Les enfants sortent de l’école, courent vers la petite épicerie et font le plein de bonbons avant de rentrer chez eux. Certains portent la kippa, d’autres non. Les fillettes arborent de jolis cartables roses. Tous, religieux ou non, se tiennent par la main. Aucun adulte à l’horizon. Les enfants sont en sécurité, libres de déambuler sur les routes de la ville. Il fait bon vivre à Tekoa. Interrogée, la communauté évoquera un soutien et une entraide mutuelle.
La ville est plongée dans le calme, les véhicules sont rares et les habitants silencieux. Les funérailles du rabbin Frouman ont eu lieu la veille. Une voiture s’arrête, une femme nous demande si nous cherchons la demeure du rav.

Les virages s’enchaînent et la végétation se fait plus dense : le « centre ville » s’éloigne pour laisser place à un aspect un peu plus sauvage de Tekoa. La maison apparaît enfin, entourée d’arbres, de plantes, d’enfants qui courent, les kippot mal ajustées. La porte s’ouvre : « Entrez, soyez les bienvenues ! » La shiva bat son plein.

La famille du rabbin est là, ainsi que ses élèves les plus proches. On nous invite à nous asseoir pour discuter. Les photos sont cachées, le temps s’est arrêté dans cette maison en deuil. La porte qui donne sur le jardin est grande ouverte, un vent léger souffle dans le salon.

« On ne fait pas la paix, on la reçoit ! » 

Mordechaï, un élève du rabbin disparu, s’approche. A 30 ans, il habite dans un kibboutz au nord d’Israël, non loin de Tibériade. Et évoque son maître à penser avec une vraie tendresse : « Je l’ai rencontré dans une autre ville de Judée-Samarie, dans une yeshiva où il venait enseigner quelques jours par semaine. Je l’ai ensuite suivi à Tekoa pour être encore plus proche de lui. C’était un homme aimé de tous, juifs ou laïcs. Des musiciens de Tel-Aviv venaient à ses cours pour jouer et chanter avec lui, c’était des moments magiques… ». Et de poursuivre : « J’ai été son chauffeur pendant plusieurs années, je l’ai accompagné un peu partout dans les territoires pour qu’il rencontre des représentants de l’Autorité palestinienne. Et les gens nous accueillaient toujours avec tellement de gentillesse. Nous étions escortés par la police palestinienne à travers la ville ! ».

Le rav Frouman avait pour habitude de dire que l’Homme ne peut rien faire, il ne peut que recevoir d’en-haut, raconte encore son élève Quand Mordechaï lui demande un jour pourquoi on ne fait pas la paix, il lui répond : « Enfin, on ne fait pas la paix, on la reçoit ! » Concernant Israël et les enjeux politiques du pays, le leader spirituel était avant tout pragmatique. A qui appartient la terre ? Cela ne fait pas grande différence, il importe avant tout de la respecter, répondait Frouman. Il ne voulait pas savoir quelles parcelles appartenaient qui aux Juifs, qui aux Palestiniens. Et se déclarait tout à fait d’accord pour que l’implantation de Tekoa soit restituée comme telle aux Palestiniens, si cela était un jour décidé.

« Il y a avait de l’amour partout autour de lui.
Il enseignait parfois dans les yeshivot, mais c’est chez lui qu’il donnait vraiment ses cours.
On s’asseyait tous autour de la table basse et on apprenait à ses côtés.
Dimanche encore, alors qu’il était inconscient, les élèves se sont réunis et ont étudié ensemble », conclut Mordechaï. 
Que reste-t-il aujourd’hui de son enseignement ? Son fils aîné a l’intention de prendre le relais.


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