L’avocat de la pègre

Moshé Yohaï, l’avocat de Hagaï Felician, met en lumière les échecs de la police israélienne. Il explique comment son client de l’affaire Bar Noar a finalement été acquitté

By AMIR ZOHAR
July 15, 2014 12:56
Moshé Yohaï, avocat de la pègre

Moshé Yohaï, avocat de la pègre. (photo credit: ARIEL BESOR)

«Une nuit aux alentours de 23 heures, j’étais tranquillement assis dans mon salon à regarder le derby de Manchester, quand j’ai entendu trois fortes explosions suivies d’un bruit différent », se souvient Moshé Yohaï.

« J’ai pensé que c’était probablement des enfants qui jouaient avec des pétards. Puis l’alarme de la voiture de ma femme s’est déclenchée, je suis sorti pour l’arrêter, et suis rentré à la maison. Mais quelque chose me paraissait bizarre, et je suis retourné dehors. C’est alors que j’ai remarqué trois trous de balle sur le côté avant droit de ma voiture.

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J’ai immédiatement appelé la police. Quand ils sont arrivés, ils ont également trouvé un pétard dans le coffre à jouets de mes enfants. Ma femme a alors pris les enfants, a quitté Hod Hasharon pour s’installer chez ses parents, à Petah Tikva. »

Yohaï, 40 ans, est un avocat pénaliste indépendant très respecté dans le milieu. Au cours des dix dernières années, il a représenté de nombreux membres d’organisations criminelles. Il est aussi l’avocat de Hagaï Felician, suspect dans le double assassinat du Bar Noar en 2009. Les coups de feu au Bar Noar, un club de jeunes homosexuels de Tel-Aviv, avaient coûté la vie à Nir Katz, 26 ans, de Givatayim, et à Liz Troubishi, 17 ans, de Holon, et blessé 11 autres personnes.

Dans l’enquête pour trouver le coupable qui a tiré sur la voiture de Yohaï, la police a concentré ses efforts sur les individus en lien avec Zohar Hankishayev, témoin protégé dans l’affaire Bar Noar. Délinquant reconnu, Hankishayev appartient à un groupe de fêtards gays qui se livrent à des activités criminelles, surnommé par la police la « première organisation du crime rose ».

Cette piste a cependant été abandonnée après l’arrestation de deux jeunes délinquantsà Lod, début juin. Selon un haut fonctionnaire du district central de police, Yohaï sait qui est le coupable, mais refuse de déposer une plainte officielle en raison de ses relations d’affaires avec certaines personnes dans le monde du crime.

Un homme tranquille

« Ils pensent que, comme avocat en droit criminel avec des relations, je mène une vie débridée, impliqué dans des affaires louches avec mes clients », déclare Yohaï.

« Les criminels me respectent parce que je sais comment leur parler et que je les traite comme des clients ordinaires. Mais je me place toujours par rapport à eux en tant qu’avocat et je n’ai jamais franchi la ligne. Je suis un père de famille avec une femme et des enfants, qui habite Hod Hasharon. »

Il y a cinq ans, il fait la connaissance de la famille Felician, de Pardess Katz, alors qu’il représente le frère de Hagaï, Yaacov, dans une affaire d’extorsion et de fraude dans le monde du jeu, liée à l’organisation du crime d’Avi Ruhan. L’affaire a éclaté lors de l’assassinat d’Eyal Salhov – ancien personnage de la pègre passé informateur de police.

Hankishayev est un voisin et ami très proche de la famille Felician. Peu de temps avant la vague d’arrestations des associés de Ruhan, Yaacov Felician présente Yohaï à Hankishayev, arrêté pour un crime contre la propriété. L’avocat réussit à tirer Hankishayev d’embarras, et ce dernier engage Yohaï pour représenter son organisation criminelle.

Yohaï et Yaacov Felician sont loin d’imaginer qu’Hankishayev tenterait de vendre aux enquêteurs des indices prouvant que Felician a tué Salhov.

La lumière sur la relation entre Hankishayev et la police a été faite au cours des deux parties de l’émission télévisée Ouvda (Le fait) avec Ilana Dayan. La première partie a été diffusée en 2009. Hankishayev contacte Ouvda depuis la prison et déclare que la police refuse de le croire : selon ses dires, Yaacov Felician est l’assassin de Salhov. Cette information « anonyme » permet de corroborer l’enquête d’Ouvda sur l’échec de la police à découvrir le véritable auteur du meurtre.

La deuxième enquête d’Ouvda se déroule en 2013, quand Hagaï Felician est accusé d’assassinat dans l’affaire Bar Noar. Le journaliste de l’émission, Omri Assenheim, soulève une question qui n’a pas encore été posée jusque-là : pourquoi le témoignage de Hankishayev contre Yaacov Felician dans l’affaire Salhov a-t-il été rejeté en raison du manque de fiabilité du témoin alors que son témoignage contre Hagaï Felician dans l’affaire Bar Noar a été jugé recevable ? La police et le parquet semblent ignorer ce paradoxe, qui jette un doute sur les accusations portées contre Hagaï Felician. Mais la famille de ce dernier se montre optimiste depuis la mise en lumière de ces dernières conclusions.

Un Moshé chasse l’autre

« Yaacov m’a raconté que sa famille est allée voir le rabbin Alkrief de Bnei Brak et lui a donné une liste d’avocats qu’ils envisageaient d’engager pour représenter Hagaï. Le nom du procureur Moshé Sherman et le mien figuraient sur la liste. Yaacov se souvient des mots du rabbin : “Moshé sauvera Hagaï !” et aussi “Un Moshé partira et un second viendra. Pas le vieux Moshé, mais le nouveau”. Voilà comment j’ai fini par travailler sur l’affaire Bar Noar. »

Au fil des ans, Yohaï a représenté les membres des familles Ruhan, Hariri-Ayat, Alperon, Miyara et Domrani – tous les grands noms de la pègre israélienne. Il défend actuellement un client de l’organisation criminelle de la famille Musli dans une affaire de meurtre.

Dans sa jeunesse, Yohai a servi dans une unité de combat secrète dans l’armée israélienne.
« Pendant trois ans, j’ai navigué entre le Liban, Gaza et la Judée-Samarie. Je rentrais chez moi seulement une fois par mois environ », confie-t-il.

Après avoir terminé son service militaire, il étudie la criminologie à l’université Bar-Ilan. « Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours été fasciné par le monde du crime. Je voulais comprendre comment fonctionne l’esprit des criminels. J’adorais lire tout ce qui avait trait à Shmaya Angel (une grande figure de la pègre) et sa bande. »

Il dit avoir longtemps hésité avant d’accepter l’affaire Bar Noar. « Je voyais que tout le pays était contre Hagaï Felician, et il semblait que l’affaire était claire et nette. En tant qu’avocat de la défense, je craignais de perdre l’affaire. Cela m’aurait donné une mauvaise réputation. Mais d’un autre côté, j’étais stimulé par le défi. J’ai consulté plusieurs juges, avocats et criminels. Jusqu’à ce que je me décide, la seule chose à laquelle je pensais jour et nuit était : vais-je réussir à faire acquitter Hagaï Felician ? »

Pas les preuves nécessaires

En fin de compte, se souvient-il, deux choses ont fait pencher la balance. « La première c’est qu’à chaque rencontre avec Hagaï, il ne cessait de me répéter : ‘‘Moshe, je ne peux pas croire ce qui m’arrive, je n’ai rien fait”. Si Hagaï avait admis devant moi qu’il était coupable et m’avait décrit ce qui s’était passé, je ne pense pas que j’aurais pris l’affaire. Deuxièmement, quelque chose me gênait sur la façon dont la police avait arrêté Hagaï et les autres aussi vite, soi-disant par souci de la sécurité du témoin protégé. Nous savons maintenant que c’était fabriqué de toutes pièces : le témoin n’a jamais été menacé. A un moment donné, les enquêteurs m’ont avoué n’avoir pas eu le temps de rassembler les preuves nécessaires, et qu’ils étaient loin d’avoir un dossier solide. »

« Après avoir terminé de consulter toutes les pièces du dossier et réalisé combien d’erreurs et d’oublis avaient été commis par la police, j’ai finalement décidé de me charger de l’affaire. Je n’arrivais pas à croire qu’il s’agissait là du cas modèle de la police israélienne. Même si à ce moment-là Hagaï avait craqué et tout avoué, je n’aurais pas pu ajouter foi à ses dires. »

« Une préoccupation nouvelle commençait cependant à me trotter dans la tête », poursuit-il. « Alors, je savais que ce cas n’était pas une cause perdue, je commençais à m’inquiéter de ce qui se passerait si je ne remportais pas ce procès. Néanmoins, à partir du moment où j’ai pris l’affaire en main, j’ai décidé d’afficher un sentiment de confiance : nous allions gagner. »

Quant à savoir pourquoi la police a refusé de prendre en considération les antécédents du témoin protégé, Yohaï répond : « Nous traversons des heures ténébreuses : la police est au courant de tous les mensonges, intrigues et manipulations, mais décide de garder cette information confidentielle. Ils ne croient pas que le public a le droit de savoir quoi que ce soit. »

En plein dans le mille

Le commandant de l’unité centrale, Gadi Eshed, a déclaré à son personnel et au procureur : « Nous avons mis en plein dans le mille ! C’est l’histoire incroyable d’un mineur qui s’est fait violer et d’un groupe de punks homosexuels de Pardess Katz qui voulaient se venger. Bingo ! » Alors, sans même prendre la peine de vérifier aucune des informations, le ministre de la Sécurité publique a automatiquement signé le certificat de confidentialité qui faisait l’impasse sur le passé dudit témoin.

« Alors, dites-moi », insiste-t-il, « pourquoi pensent-ils que l’avocat d’un accusé dans une affaire de meurtre ne devrait pas avoir accès à ces documents ? Etait-ce normal que ce soit Omri Assenheim de Ouvda qui me fasse passer ces informations ? Que serait-il arrivé si Hankishayev n’avait pas parlé avec Assenheim ? Pourquoi compter sur un témoin aussi peu fiable, en premier lieu, puis aggraver la situation en conservant ces renseignements sans en informer ni la défense ni le tribunal ? »

Selon Yohaï, « c’est justement à cause d’erreurs comme celles de l’affaire Bar Noar que nous devons immédiatement mettre un terme à cette législation de la confidentialité du renseignement. C’est une loi catastrophique qui pourrait maintenir Israël à l’âge des ténèbres. Hagaï Felician a seulement 20 ans, et il risquait une double peine de prison à perpétuité plus encore 100 ans. Ce n’est pas rien à l’aune d’une vie. » 

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