Le grand bâtisseur

By REUVEN ROSENFELDER
March 27, 2013 15:03

L’exposition que le musée d’Israël consacre à Hérode démontre que, pour le roi de Judée, rien n’était impossible.




Pièce centrale de l'exposition : mausolée reconstruit et sarcophage

JFR 270316 521. (photo credit: Elie Posner/The Israel Museum)

Hérode, qui a régné 33 ans sur la Judée (de 37 à 4 avant notre ère), compte parmi les plus grands bâtisseurs de l’Antiquité. Il reçoit actuellement l’hommage qu’il mérite au musée d’Israël, à Jérusalem, avec une grande exposition qui a ouvert ses portes en février dernier.

Aussi étonnant que cela paraisse, une telle exposition n’avait jamais été organisée. Certaines avaient été consacrées à tel ou tel site construit par Hérode, mais aucune, ni en Israël ni ailleurs, n’avait encore proposé de panorama complet de ses réalisations architecturales. Sur ce projet, David Mevorah et Sylvia Rozenberg ont travaillé avec les designers Ido Bruno et Avi Or afin de transformer 900 m2 du musée rénové en un formidable itinéraire pour les visiteurs.

Hérode était un génie pour choisir ses sites, affirme Mevorah, et ses constructions sont partout en Israël. A Jérusalem, le mur occidental est un vestige des murailles d’enceinte du mont du Temple, sur lequel Hérode a bâti le Second Temple. A Massada, sa forteresse se dresse dans le parc national le plus visité du pays. Dans le désert, d’autres attirent de nombreux randonneurs. On lui doit en outre la ville de Césarée, dont le port est une merveille architecturale de l’Antiquité, et le complexe d’hiver de Jéricho, qui serait plus fréquenté si la situation politique était meilleure.

« On dirait que les étoiles se sont conjuguées pour favoriser la réalisation de l’exposition », se félicite le directeur du musée James Snyder. Pour lui, « ce projet était naturel et son importance est considérable ». Voilà pourquoi il se prolongera jusqu’au 5 octobre 2013, soit sur une durée exceptionnelle de 8 mois.

Les « bonnes étoiles » d’Hérode

La première de ces « bonnes étoiles », explique-t-il, a été la découverte, en 2007, du tombeau d’Hérode à l’Hérodion par l’archéologue Ehoud Netzer, au terme de plusieurs dizaines d’années de recherches. Une découverte qui a coïncidé avec le début des vastes travaux de rénovation du musée d’Israël (la deuxième étoile).

Troisième « étoile », poursuit Snyder, le musée disposait du type précis de compétences requises pour les restaurations archéologiques et pour l’organisation spécifique de la visite nécessaires à cette exposition. L’idée était de fournir au visiteur les outils qui lui permettent de comprendre ce qu’il voit sans avoir besoin de guide.

La découverte de Netzer a représenté l’élément déclencheur et l’exposition qui en a résulté est teintée de tristesse.

Alors que sur place, à l’Hérodion, les préparatifs allaient bon train entre Netzer et le musée, l’archéologue a soudain trouvé la mort en octobre 2010 dans un accident, à l’endroit même où il avait mis au jour les vestiges du mausolée d’Hérode. « Toute l’exposition lui est dédiée », explique Mevorah, conservateur du musée d’Israël pour la période du Second Temple, qui a beaucoup travaillé avec l’archéologue.

L’exposition s’organise autour de trois grands thèmes : les divers palais d’Hérode, les relations internationales et le site de l’Hérodion. On pénètre d’abord dans un espace aménagé en une sorte de désert, puis dans la salle du trône du palais d’Hérode à Jéricho.

L’espace royal est le premier des projets de restauration qui sont au coeur de l’exposition, tandis que, pour conclure, viennent deux pièces maîtresses : la loge royale du théâtre construit à l’Hérodion et le monument funéraire lui-même.

Le complexe de l’Hérodion fait partie du réseau national des sites archéologiques. Il se trouve à 10 minutes de route du quartier de Har Homa, au sud de Jérusalem. Il est associé à un incident crucial de la vie tumultueuse d’Hérode : en 40 avant notre ère, alors qu’il n’est pas encore ce dirigeant tout-puissant affilié à Rome, Hérode trompe la vigilance des troupes parthes à la faveur de la nuit et gagne Massada, où il met sa famille à l’abri. L’historien Flavius Josèphe, principale source dont nous disposons pour connaître la vie d’Hérode, raconte que, durant cette fuite, l’attelage de sa mère, Cypros, se renverse en haut d’une colline, non loin de la ville. Cypros frôle la mort et Hérode, abattu, envisage le suicide. Il se reprend toutefois et réussit à échapper à ses ennemis, mais le lieu de l’accident gardera pour lui une signification profonde.

Il y construira par la suite une superbe forteresse associée à un palais d’été pour lui-même et sa cour. Aujourd’hui encore, l’Hérodion reste bien visible, en face de Bethléem.

La colère des combattants juifs 

Quelques années avant sa mort, Hérode choisit ce lieu pour édifier un magnifique mausolée haut de 25 mètres sur la colline artificielle qui donne à l’Hérodion sa remarquable forme de taupinière géante. Mevorah évoque avec admiration les milliers de tonnes de terre et de graviers qu’il a fallu amener là pour former cette colline. Durant les 70 premières années, le tombeau devait se voir de très loin.

Mais au cours de leur grande révolte contre les Romains, les combattants juifs s’emparent de l’Hérodion. Pour manifester leur colère contre Rome, ils s’en prennent au symbole de son représentant avec une violence inégalée. Ils réduisent le sarcophage en miettes et détruisent le tombeau. Voilà pourquoi le travail de restauration en vue de l’exposition a été si ardu. Il a fallu réassembler une multitude de fragments avec une méticulosité extrême, soit non moins de 3 années de travail.

« Tout ou presque est passé entre les mains de notre équipe de restaurateurs », explique Rozenberg, l’autre conservateur du musée, spécialiste pour sa part de l’époque classique.

« Un travail énorme, une sorte de puzzle gigantesque à reconstituer pièce par pièce. » Parmi les exemples de ces recompositions, figurent le très complexe sol de Jéricho ou la laborieuse reconstitution d’une superbe peinture murale de l’Hérodion à partir de minuscules fragments de plâtre.

Par ailleurs, d’énormes pierres prélevées sur le site des fouilles ont dû être rassemblées au musée sur un sol renforcé afin de recréer la partie supérieure du tombeau d’Hérode. « Quand Netzer a fait cette découverte », raconte Rozenberg, « il a dessiné la structure du tombeau telle qu’il se le représentait lui-même. Mais la reconstitution concrète nous a contraints à procéder à certaines rectifications. » 

Le mystère du tombeau d’Hérode

 Flavius Josèphe, qui s’est beaucoup intéressé au roi de Judée, a décrit la spectaculaire procession des funérailles entre le palais de Jéricho, où Hérode s’est éteint, et l’Hérodion, en lisière du désert de Judée. Là, le roi avait préparé bien à l’avance le monument qui devait glorifier sa mémoire.

Dans l’exposition, le « dernier voyage » fait référence à ces funérailles.

Contrairement à son habitude, Flavius Josèphe se montre très peu précis sur la localisation du tombeau. Ehoud Netzer, professeur d’archéologie à l’université Hébraïque de Jérusalem, a entrepris des fouilles sur l’Hérodion dans les années 1970 dans l’espoir de le localiser, mais sans succès.

« Il y a 35 ans », raconte Mevorah, « il est arrivé à moins d’un mètre du socle du tombeau. Mais il l’a manqué. » Netzer a d’abord étudié l’architecture au Technion, à Haïfa.

Son diplôme en poche, il a rejoint le meilleur archéologue de l’époque, Yigael Yadin, sur le fameux site de fouilles de Massada. Sur les conseils de Yadin, il a ensuite étudié l’archéologie à Jérusalem, obtenant un doctorat qui allait lancer une remarquable carrière consacrée à l’exploration et à l’interprétation des sites hérodiens, en particulier celui de Jéricho, où il a mis au jour un impressionnant complexe royal, et l’Hérodion. Il a vite fait autorité sur l’époque d’Hérode.

Sa persévérance finira par payer, avec la découverte du tombeau. Grâce à son regard d’architecte, il comprend que celui-ci était en fait un imposant monument de 3 étages. Le dernier étage a aujourd’hui été reconstitué pour l’exposition.

La restauration comprend quatre des sept magnifiques urnes utilisées comme ornementations à l’intérieur du tombeau.

Dans la préparation de l’exposition, explique Mevorah, l’équipe a ramené à l’existence une série d’objets brisés il y a de nombreux siècles.

Selon toute vraisemblance, le mini-théâtre de style romain également mis à jour à l’Hérodion a été construit en prévision de la visite de Marcus Agrippa en Judée, en l’an 15 avant notre ère. Agrippa, proche conseiller de l’empereur Auguste, était précisément le type de personnage qu’Hérode souhaitait impressionner. Creusé à flanc de colline, le théâtre semicirculaire de 400 places était surmonté d’une loge royale très originale, vaste pièce surplombant la scène. C’est là que le roi recevait ses invités privilégiés. L’équipe des fouilles a eu la surprise d’y découvrir tout un mur de plâtre recouvert d’une peinture réalisée selon la technique « a secco ».

Un travail de stabilisation a d’abord été effectué sur place, puis l’oeuvre a été transportée par fragments dans les laboratoires du musée pour une restauration complexe. La loge royale que l’on peut voir dans l’exposition comporte ainsi une magnifique peinture murale représentant une scène bucolique.

Hérode, une personnalité noire

On a décrit Hérode comme un personnage mégalomane, cruel, meurtrier (il a fait assassiner sa propre femme Mariamne et trois de ses fils), fourbe, flagorneur (vis-à-vis des Romains haut placés), et la liste ne s’arrête pas là ! Tout en admirant ses projets monumentaux, Flavius Josèphe le dépeint comme une personnalité noire et insiste sur la dépravation dans laquelle il a plongé durant sa maladie, alors qu’il approchait de la mort.

L’Evangile selon saint Matthieu nous apprend que, par crainte d’être détrôné, il a donné l’ordre d’assassiner tous les garçons de moins de deux ans nés à Bethléem, après avoir entendu parler d’un nouveau « roi des Juifs » qui serait né dans cette ville. Le Talmud, quant à lui, ne voit dans cet Edomite converti qu’un sombre agent de la Rome honnie.

« Il a souffert de difficultés de communication », estime Mevorah. « Mais c’était une personnalité très complexe et un homme incroyablement talentueux. » Plus l’équipe progressait dans son travail, plus elle était à même d’apprécier l’immensité de l’oeuvre qu’il a accomplie.

L’approche choisie par le musée repose sur la vision d’Hérode qu’avait Netzer. Dans son ouvrage sur l’architecture hérodienne, celui-ci souligne que l’empire romain traversait à cette époque une période de calme relatif que l’on devait à la politique administrative et économique d’Hérode.

Pour Snyder, Hérode n’était qu’un gouverneur régional dans le vaste contexte de l’empire romain, mais il a mené sa barque avec un immense talent diplomatique sur de très nombreuses années. Il a su créer un climat qui a permis l’épanouissement de la culture juive durant toute la période du Second Temple.

Des pièces archéologiques venues de musées du monde entier illustrent les contacts qu’entretenait Hérode avec de nombreux pays. Ce roi cultivait ses innombrables relations, notamment parmi l’élite de Rome, et c’est son habileté à les manipuler qui lui a permis de régner aussi longtemps. Ainsi, l’exposition présente, par exemple, la tête de Livia, épouse de l’empereur Auguste. Hérode se faisait par ailleurs livrer les meilleures spécialités culinaires du monde entier et les vins les plus fins, afin d’agrémenter la vie à la cour.

Des films d’animation aident le visiteur à comprendre les constructions présentées. Quelle qu’ait pu être la personnalité d’Hérode, ses réalisations restent exceptionnelles, que ce soient les aqueducs dignes de son modèle romain ou le célèbre palais qui se dresse sur le rocher de Massada. Il est clair que, pour ce grand bâtisseur, rien n’était impossible.


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