Le prisonnier X : mystère levé

Deux ans après le suicide du prisonnier australien Ben Zygier, le gouvernement israélien est sommé de s’expliquer.

By HERB KEINON ET LAHAV HARKOV
February 19, 2013 12:05
3 minute read.
ABC mock up of Ben Zygier passport.

Ben Zygier passport 370. (photo credit: ABC News)

Trop de discussions au sujet des services de sécurité israéliens pourraient sévèrement porter préjudice à la sécurité du pays. C’est ainsi qu’a réagi le Premier ministre Binyamin Netanyahou dimanche 17 février, lors du conseil ministériel hebdomadaire. L’affaire du prisonnier X agite les médias israéliens et internationaux depuis une dizaine de jours.

Cet immigrant australien, vraisemblablement affilié au Mossad, aurait mis fin à ses jours dans sa cellule israélienne, fin 2010.

Selon les dernières informations à l’heure où nous mettons sous presse, Ben Zygier aurait livré des renseignements sur les activités du Mossad aux services secrets australiens, notamment sur une vaste opération menée en Italie.

Netanyahou a également réitéré sa « confiance totale » dans les services de sécurité du pays d’une part et les autorités légales en charge de l’enquête d’autre part. « Avec cette combinaison du maintien de la sécurité et de la loi, nous assurons du même coup la liberté d’expression », a-t-il dit. « Cependant, la surexposition des activités de renseignements et de sécurité peut nuire, peut-être même sérieusement, à la sécurité d’Israël. La sécurité ne doit pas être négligée, au contraire, vu notre situation géopolitique, elle se doit d’être un des intérêts principaux », a ajouté Netanyahou, en qualifiant cette position d’unique au monde.

« Nous sommes une démocratie exemplaire et nous maintenons les droits civils et judiciaires de chaque individu, pas moins que n’importe quel autre pays », a poursuivi le Premier ministre. « Nous faisons cependant face à plus de menaces et à plus de challenges. C’est pourquoi nous nous devons de maintenir notre niveau de sécurité. » Et Bibi de conclure en demandant à chacun de « laisser les forces de sécurité faire leur travail en paix pour que nous puissions continuer à vivre en sécurité en Israël ».

L’affaire du prisonnier X fait également beaucoup de vagues à Melbourne. Dimanche 17 février, le ministre des Affaires étrangères australien, Bob Carr, annonçait avoir commandé un rapport, sollicitant les contacts consulaires australiens et israéliens et établissant des connexions entre les agences de sécurité des deux pays. « Nous avons aussi demandé la contribution du gouvernement israélien pour ce rapport. » a-t-il précisé. Le ministre souhaite donner à l’Etat hébreu « l’occasion d’expliquer comment une mort si tragique avait pu arriver ».

L’ancien Premier ministre australien, Kevin Rudd s’est, quant à lui, lancé dans une certaine surenchère face à l’actuelle Premier ministre, Julia Gillard en appelant le gouvernement à se montrer inflexible envers Israël pour régler le problème.

Rudd était Premier ministre lors de l’arrestation de Zygier.

Certains membres du gouvernement israéliens ont fait part de leur inquiétude quant à l’impact de cette affaire dans la campagne politique en cours en Australie. Les élections sont fixées à septembre prochain.

Mobilisation à la Knesset 

Toujours dimanche, Aroutz 2 rapportait que des négociations sur la durée de la peine étaient en cours au moment du suicide de Zygier. La chaîne télévisée cite également un haut gradé affirmant que l’Etat hébreu était prêt à accorder une peine de moins de 10 ans à Zygier, si ce dernier acceptait de coopérer et de se taire.

Par ailleurs, les membres de la Knesset ont demandé à ce qu’une commission d’enquête gouvernementale soit ouverte pour faire la lumière sur ce tragique incident.

Il a ensuite été annoncé qu’un groupe de députés allait mener l’investigation. Ouri Ariel, parlementaire d’Habayit Hayehoudi parmi les premiers à demander une enquête, s’est livré au micro de la radio militaire : « Il y a eu faute quelque part. Nous ne comprenons pas ce qui s’est passé.

C’est pourquoi la Knesset doit ouvrir une commission d’enquête. » De son côté, le député Nachman Shaï (Avoda) a demandé au contrôleur d’Etat, Joseph Shapira d’enquêter. « Nous avons commis des erreurs notables dans cette affaire et ce, dans plusieurs domaines : les renseignements, la justice, la scène publique et médiatique, ainsi que le travail parlementaire », a déclaré Shaï. Le député travailliste a prévenu que le gouvernement australien publierait certainement de nouveaux éléments relatifs à l’affaire et qu’Israël se retrouverait bientôt seul face à l’opinion internationale.

« Le temps joue ici un rôle crucial. Je demande donc au contrôleur d’Etat de limiter la durée de l’enquête et de s’engager à publier ses conclusions au plus vite pour que le public puisse trouver des réponses », a conclu Shaï.


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