Les drôles de dames de la technologie

Progressivement, les Israéliennes se font une place dans le high-tech, et apportent savoir-faire et motivation dans le domaine

By TSVI DAHAN
May 21, 2014 13:41
p19 JFR 150

Liat Mordechay Hertanu. (photo credit: 24.ME)

 Que doit faire la « nation start-up » pour se transformer en nation de l’innovation ? C’est précisément la question que se posent à chaque instant les professionnels de la technologie en Israël, pour sans cesse développer créativité et performance.
 Les prouesses et les ambitions du pays ne sont un secret pour personne. Il n’y a qu’à se rappeler l’acquisition de l’application Waze par le géant Google, l’an dernier, pour la modique somme d’un milliard de dollars. Alors, que faut-il faire pour devenir une multinationale israélienne ?
Plusieurs réponses sont possibles. La première serait l’allégement des taxes fiscales aux entreprises qui décident de rester en Israël, pour encourager les institutions éducatives à mettre l’accent sur l’importance des domaines tels que l’ingénierie informatique.
 Et pourtant, une autre ressource inestimable existe, encore largement inexploitée : les femmes.
Si le vieil adage veut que derrière chaque grand homme se cache une femme, vous pouvez être certain que c’est également le cas pour chaque grande entreprise. Elle peut être l’épouse du PDG, discrète et encourageante, patientant dans les coulisses jusqu’aux portes de la gloire. Elle peut aussi être responsable marketing, informant le monde entier du produit révolutionnaire que son entreprise vient de développer. Par contre, elle est trop rarement la PDG ou la fondatrice de la boîte. En fait, on compte moins de 10 % de femmes cadres dans les start-up.
 Heureusement, certaines ont décidé de changer la tendance de ces statistiques. Comme Karin Mayer Rubinstein, directrice générale des Industries de technologie avancée d’Israël, une des plus grandes entreprises de high-tech et sciences de la vie. Ancienne avocate, Mayer Rubinstein, a courageusement renoncé à une carrière juridique stable pour s’orienter vers une vie bien plus mouvementée, au cœur des start-up et de la recherche et du développement (R & D).

Les 3x8 d’une femme


 Interviewée par le Jerusalem Post, Mayer Rubinstein espère que l’année 2014 permettra à plus de femmes d’accéder à des postes de cadres. « Il est tout à fait logique pour l’entreprise d’employer des femmes », explique-t-elle, « c’est une ressource inexploitée, le potentiel est énorme : elles ont à la fois le savoir-faire et la motivation pour réussir ».
 Si les femmes sont hésitantes à viser haut, selon elle, c’est du fait de la difficulté à concilier la rigueur et l’exigence des postes de cadres et une vie de famille qui demande de la disponibilité.
La start-up 24.me donne justement cette possibilité aux employés, hommes ou femmes, d’allier responsabilités domestiques et temps de travail. Bien plus qu’une simple application de mémo, 24.me fonctionne comme un assistant personnel virtuel, à transporter dans sa poche. De l’organisation de la cuisine aux conférences d’appels, l’application intègre absolument tout, en un seul endroit. On y trouve également un lien direct vers un assistant réel si l’on a besoin d’aide. Pas très surprenant donc que son fondateur soit une femme, Liat Mordechay Hertanu.
 Dans ses anciens postes, Mordechay Hertanu éprouvait sans cesse le besoin de faire mieux que ses homologues masculins, au prix d’innombrables heures de travail et quantité de déplacements, tout en essayant de gérer sa vie quotidienne. C’est ainsi que 24.me est née, en même temps que son troisième enfant.
 « Avec la naissance de chacun de mes enfants, venait l’idée de changer de carrière », raconte-t-elle. « Je dis souvent que j’ai trois services : au bureau le matin, le second à la maison et celui du soir, à ma table de travail, de 21 heures aux heures les plus tardives. J’ai très peu de temps pour moi ». Pourtant, la working-girl est loin d’être aigrie. « C’est le prix à payer. Mais le bilan est plein de satisfaction et d’amour ».

Ne pas craindre de prendre des risques


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 DMG Media Group, une société israélienne qui fournit des services de publicité aux annonceurs et éditeurs dans 195 pays, est l’une des entreprises qui conteste activement la présence dominante des hommes dans les sociétés de technologie. « 60 % de notre personnel est composé de femmes qui réussissent à tous les niveaux : gestionnaires de compte, chefs d’équipe, directrices et vice-présidentes », explique Inbar Chap, cofondatrice de la boîte et directrice générale adjointe, avant d’ajouter que la diversité des sexes est aussi importante que la diversité culturelle dans les milieux professionnels.
 Elle note qu’aujourd’hui, réussir sa carrière et sa vie de famille n’est plus de l’ordre du « tout avoir », ce serait plus un choix personnel ou une nécessité financière. Bien plus encore, alors que les femmes ont de plus en plus de responsabilités au sein des entreprises, les hommes s’impliquent davantage dans la vie de famille. « Mon mari et moi travaillons comme des partenaires, à la fois pour élever nos enfants et pour atteindre nos objectifs personnels et professionnels », témoigne Chap.
Dans un autre style, WiShi, abréviation de « Wear It, Share It » (« Portez-le, partagez-le ») est une plateforme personnelle de mode qui utilise les médias sociaux pour permettre aux utilisateurs de s’inspirer des tendances vestimentaires les uns des autres. L’application, dirigée par Liat Kislev et Hila Angel, connaît un véritable succès, le site web américain Business Insider la classant parmi les meilleures start-up israéliennes.
 WiShi préfère employer une majorité de femmes, d’une part, de par leur lien à la mode, de l’autre pour leur efficacité, comme le témoigne Kislev au vu de son expérience personnelle. Pour autant, le chemin est encore long, estime-t-elle, si les femmes veulent rattraper leurs homologues masculins.
« Dans le monde des start-up, la prise de risque est constante », explique-t-elle. « Les hommes ont en général moins peur que les femmes, c’est pour cela que nous les femmes devons cesser de craindre de prendre des risques ».

Une question de temps


 Aujourd’hui, de plus en plus d’initiatives aident les femmes à développer leurs idées, comme le Campus des mamans de Google, Yazamiyot, un groupe de réseau social pour femmes à la tête d’entreprises, ou encore Eva Ventures, fondé par trois femmes, pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin.
 Il existe même des programmes pour jeunes filles, avant leur âge adulte, « Mind the Gap ! » de Google ou « Cracking the Glass Ceiling » de l’Alliance Universelle Israélite, pour encourager les femmes à s’intéresser au monde de la technologie. Ce dernier, lancé par Orit Shulman, aspire à donner les mêmes chances d’égalité dès le plus jeune âge aux filles qui souhaiteraient s’orienter vers ce domaine, en les affiliant notamment à des mentors.
On compte aujourd’hui 25 femmes chefs d’entreprise qui jouent ce rôle de mentors, dont Mordechay  Hertanu.
 D’après Chap, la présence de plus en plus nombreuse des femmes dans l’économie d’Israël est un signe encourageant pour l’avenir. Elle ajoute ainsi que « si une femme comme le Dr Karnit Flug peut arriver à la tête de la Banque d’Israël, alors nous pourrons bientôt voir une femme israélienne à la tête d’une société mondiale. Ce n’est qu’une question de temps. » 


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