Les femmes Loubavitch quittent leur zone de confort

1700 femmes, émissaires du mouvement Habad à travers le monde, se sont réunies au quartier général Loubavitch international de Crown Heights, à New York, pour la conférence annuelle des « Shlouchos ».

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March 12, 2013 14:03
Les femmes retrouvent des amies perdues de vue

1303JFR18 521. (photo credit: Avec l’aimable autorisation de Kinus.com)

Le vent d’hiver mordant qui souffle dans Kingston Avenue, à Brooklyn, cherche à emporter les chapeaux noirs des hassidim. Et les légions de femmes qui se hâtent vers le centre Oholei Torah, sont obligées de retenir leurs jolies perruques en montant l’escalier extérieur. Elles sont quelque 1 700, toutes émissaires du mouvement Habad à travers le monde, à affluer vers le quartier général international Loubavitch de Crown Heights pour leur congrès annuel. Motif ? La « Conférence internationale des Shlouchos Habad-Loubavitch », ou tout simplement le « Kinous », mot hébreu qui signifie « congrès » ou « rassemblement ».

A l’extérieur, des commerçants ont accroché des banderoles proposant café gratuit et promotions pour attirer les visiteuses dans leurs échoppes, et leur vendre des robes de bébé en velours, du fromage suisse casher ou des perruques à prix imbattable.

Les émissaires, âgées de 20 à 80 ans, sont appelées les « shlouchos », d’après le mot yiddish. Elles viennent de Melbourne et de Moscou, de Miami et de Bombay, de Metoula et de Buenos Aires. Un long week-end de février qui donnera à ces femmes infatigables un peu de répit, loin des responsabilités qu’elles exercent 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, comme professeures, directrices d’écoles, hôtelières, cuisinières, comptables, assistantes sociales, psychologues et mères de famille. Un week-end entier pour se ressourcer.

« Je n’ai rien préparé pour Shabbat. Mon mari m’a dit : “C’est bon, laisse tout, va-t’en !” », relate en riant Henya Federman, mère de six enfants, qui vit depuis sept ans avec sa famille dans les îles Vierges, où elle co-dirige les activités du centre Habad. Quant à Sara Pewzner, émissaire à Saint- Petersbourg, en Russie, elle raconte qu’au moment de partir pour l’aéroport, de bon matin, elle a trouvé tous ses enfants réveillés. « Ils m’ont supplié de ne pas partir, mais je suis venue quand même. Et ils se débrouillent très bien sans moi ! », déclare-t-elle avec un sourire.

Il y a 20 ans, ajoute-t-elle, elle se serait fait plus de souci.

A cette époque post-glasnost, elle avait un bébé et devait se battre, aidée de son mari, pour se loger et manger à sa faim. Depuis, elle a été, dit-elle, largement dédommagée de ces années de privation en voyant à quel point les Juifs étaient avides de cette éducation religieuse dont on les avait privés durant le communisme. « Et aujourd’hui, nous leur prodiguons des cours plus avancés », se félicite-t-elle.

Elle dirige actuellement un séminaire d’histoire juive.

Une partie des diplômés des formations précédentes sont désormais devenus à leur tour des émissaires du judaïsme et des enseignements hassidiques Habad.

Servir le peuple juif, où qu’il soit ! 

Près du vestiaire, on entend parler russe, ou français. Dans les toilettes pour dames, trois émissaires venues d’Israël en réconfortent une quatrième qui souffre du décalage horaire.

Dans le cadre du congrès, on peut écouter les conférences soit en anglais, soit en hébreu. Le buffet d’accueil proposé en guise de petit-déjeuner est somptueux : salade de fruits frais, pain perdu, porridge, beignets maison et yaourts crémeux.

Les femmes retrouvent des amies perdues de vue et sympathisent avec des collègues venues du bout du monde.

Le café coule à flots et elles peuvent en profiter sans être interrompues par des soeurs qui se disputent, un voyageur qui a trop bu ou des parents qui redoutent de laisser leur petit enfant à la crèche. (Un service de baby-sitting est même organisé pour celles qui ont dû amener leur bébé.) Ces femmes n’ont pas besoin non plus de réciter des bénédictions devant des adolescents affamés ou d’indiquer la prière à faire avant de manger du pain perdu. Ici, chacun connaît les bénédictions et sait l’ampleur des difficultés à affronter jour après jour.

Nechama Kantor est partie en Thaïlande, il y a 20 ans, quand son mari a lu une annonce dans le journal Habad.

Aujourd’hui, plus de 150 000 Israéliens visitent le Royaume de Siam chaque année. Son mari dort avec le téléphone à portée de main, car les urgences peuvent se présenter à tout moment. « Même à l’heure d’Internet », souligne une participante, « rien ne remplace l’énergie d’un vrai contact en face à face ! ».

Chacune des participantes du Kinous s’est engagée – et advienne que pourra ! – à servir le peuple juif, où qu’il soit. Demandez à n’importe laquelle d’entre elles combien de temps elle restera au poste qu’elle occupe, et elle vous répondra « Jusqu’à la venue du messie ! ». Et que personne ne vienne affirmer qu’elles ne sont que de fragiles épouses qui suivent passivement leur mari.

« A côté de chaque Shloucha (émissaire femme) qui réussit, il y a un Shaliach (émissaire homme) », s’exclame le rabbin Moshé Kotlarsky, directeur de la Conférence internationale des émissaires Habad-Loubavitch et vice-président du Merkos L’Inyonei Khinoukh, l’antenne éducative du mouvement, qui sponsorise l’événement.

Chaque émissaire doit s’acquitter de la somme de 36 dollars pour assister à la conférence et payer son voyage. A Crown Heights, la communauté fournit le gîte et le couvert. Quelques Shlouchos, comme Kantor, sont venues avec leurs filles, qui participeront ou prendront part à l’organisation du camp de jour, auront l’occasion de discuter avec des coreligionnaires de leur âge vivant comme elles, isolées dans des endroits où il n’y a pas d’autres familles religieuses. Beaucoup d’entre elles ne vont pas à l’école et apprennent à la maison, via l’Internet, sans jamais rencontrer d’enfants de leur âge.

« Réponses importantes aux questions difficiles » 

C’est à la fois pendant les sessions et lors de conversations informelles que des liens se créent. Des conseillers expérimentés se tiennent à la disposition des participantes pour des consultations individuelles. Les ateliers, quant à eux, permettent d’aborder des sujets concrets comme l’école à la maison ou la manière de s’occuper d’un enfant qui aurait besoin d’une éducation particulière, alors qu’il n’existe pas de telles structures sur place.

Il y a aussi les conversations menées de façon confidentielles, où l’on livre ses problèmes : comment, par exemple, régler des problèmes relationnels au sein de la famille quand la maison est toujours remplie d’étrangers ? Comment supporter la déception quand personne ne se montre intéressé par les programmes que vous organisez ? « Il faut se faire une raison et accepter que votre mari ne soit pas parfait ou que l’un de vos enfants ne s’intéresse pas à la religion », explique une participante. « Cela fait du bien de voir des femmes qui rencontrent les mêmes problèmes que vous et de savoir ce qu’elles font, ou ne font pas, pour y remédier. Oui, nous essayons de donner l’exemple de relations positives et de bonheur familial, mais cela ne veut pas dire que tout est parfait chez nous. C’est tout le contraire, en fait ! Les problèmes sont inévitables et n’importe quelle famille en rencontre sur son chemin. Alors il faut faire avec ! » Beaucoup de conférences et d’ateliers sont ainsi consacrés aux façons d’améliorer les relations de couple quand on travaille 24 heures sur 24. On recommande aux émissaires de ne surtout pas négliger leur conjoint, même si elles sont débordées par ailleurs.

Miriam Moskovitz, de Kharkov, en Ukraine, affirme que son époux est formidable, mais n’en assiste pas moins à cette séance de réflexion sur le mariage. Chaque jour, elle se promène une heure avec son mari avant le retour de leurs enfants de l’école. « Nos enfants ne nous ont jamais vus nous embrasser, mais ils savent que nous nous aimons », affirmet- elle.

Elle s’efforce de venir chaque année au congrès, expliquant que « parfois, le fait d’entendre les histoires et les combats des autres apporte une justification à ce que l’on fait ».

Des séances particulières avec des spécialistes sont aussi prévues pour parler de l’infertilité. D’autres traitent de questions modernes, comme les restrictions qu’il faut poser, par exemple quand on enseigne à un groupe d’hommes ou que l’on devient amie avec des membres de la communauté sur Facebook.

Par ailleurs, un atelier remporte un franc succès : « Réponses importantes aux questions difficiles ». Parmi ces questions, figurent le thème de l’homosexualité, par exemple, et celui des conflits entre Torah et science.

Pas de diatribes moralisatrices

Le Kinous est organisé autour de l’anniversaire hébraïque du décès de Haya Moushka Schneerson, l’épouse du grand rabbi de Loubavitch défunt, Menachem Mendel Schneerson.

Après sa mort, il y a 25 ans, les émissaires du Habad et les femmes de Crown Heights ont commencé à se réunir de façon informelle chaque année pour commémorer son souvenir. Puis, sur une suggestion du rebbe, la tradition a été officialisée et adaptée pour répondre aux besoins des Schlouchos.

Nechama Shemtov appartient au comité exécutif, composé de cinq femmes, qui prépare les programmes et organise le Kinous. « Avec les avancées de la technologie et les nombreux sites web qui s’adressent spécifiquement aux Schlouchos, nous passons moins de temps à l’organisation et pouvons porter davantage d’attention à la myriade de problèmes personnels, psychologiques et spirituels qui se posent pour les Schlouchos dans le monde. Nous nous servons des questionnaires remplis par les participantes au précédent Kinous pour savoir ce que les femmes souhaitent aborder. Nous faisons le maximum pour les aider. » Il y a 20 ans que Shemtov a été recrutée dans le comité de coordination de 24 femmes chargé de la conférence.

Avec quelques autres, elle en a pris la tête, avant d’être officiellement nommée responsable par le rabbin Kotlarsky.

Comme souvent chez les Habad, il y a toutes les chances pour qu’elle occupe à vie ce poste d’une importance considérable.

Les ateliers et les groupes de discussion alternent avec les séances où sont diffusés les messages pleins d’inspiration des femmes de terrain. Ainsi, Leah Namdar, l’émissaire de Göteborg, en Suède, vient faire partager son expérience : elle a attaqué le gouvernement suédois en justice pour obtenir l’autorisation d’éduquer ses enfants à la maison.

Son mari et elle avaient fait l’objet d’une inculpation pour refus de scolariser leurs enfants. Le tribunal a tranché en leur faveur, estimant qu’ils étaient des éducateurs compétents et offraient à leur progéniture une alternative satisfaisante à l’école. Outre faire la classe à ses propres enfants, Namdar dirige les écoles juives du pays. Elle s’occupe aussi des cours pour adultes et du bain rituel.

Les conférenciers ne font en revanche pas de diatribes moralisatrices sur la piété ou la pudeur. En revanche, les rabbins et les organisatrices encouragent les femmes à sortir du rang et à prendre la parole. « Si vous n’êtes pas à l’aise lorsqu’il s’agit de parler du mikvé à des femmes, de tenir la main d’un endeuillé, de faire un discours pendant un dîner communautaire, faites-le quand même ! Allez audelà de votre zone de confort ! » disent-ils. « Surmontez vos inhibitions et prenez les commandes ! C’est ce que votre rebbe attend de vous. » 

Le rebbe et la rebbetzin

Une grande photographie de la rebbetzin, une femme avenante coiffé d’un chapeau élégant, orne les salles de conférences. Tous ceux qui l’ont connue vous diront que Mme Schneerson, de President Street, était une femme intelligente qui avait choisi de continuer à avoir sa vie privée, entourée de ses amies venues d’Europe.

L’une des participantes se souvient que la rebbetzin réservait un jour par semaine à des visites de musée et qu’elle travaillait à la bibliothèque. Et tandis que tout le monde acquiesçait aux paroles du rebbe, elle-même se permettait de le contredire et d’engager un sain dialogue avec lui. Elle lui offrait par ailleurs le soutien et la liberté nécessaire pour lui permettre de beaucoup travailler et de se dévouer au peuple juif. Le couple n’a pas eu d’enfants.

Au cours du banquet du Kinous, une émissaire d’Angleterre évoque avec émotion la relation personnelle qu’elle entretenait avec la rebbetzin. Toutefois, aussi grande soit l’admiration que les femmes portaient à cette dernière (et beaucoup d’entre elles ont donné son prénom à leur fille), c’est surtout de leurs rencontres avec le rebbe que les participantes parlent avec émotion et admiration. Toutes ont été inspirées par la passion qu’il mettait à servir le peuple juif et c’est généralement ce qui les a incitées à dédier également leur vie à ce dernier. Elles racontent des histoires personnelles qui illustrent ce mystérieux don qu’il possédait et qui lui permettait de savoir ce qui était bon pour chaque être, ainsi que sa prescience pour anticiper les besoins du peuple juif dans son ensemble.

« Même aux funérailles de la rebbetzin », avoue Miriam Moscovitz, « nous regardions tous le visage du rebbe et nous pensions davantage à sa souffrance qu’à la disparition de la rebbetzin. La plupart d’entre nous ont choisi un modèle d’implication différent de ce que faisait cette dernière. » 

Le rabbi Schneerson, un féministe avant l’heure ?

 Aucune des émissaires que j’ai interrogées n’a émis l’idée que le rebbe puisse être encore en vie. Il faut dire que le Kinous reflète la position du principal courant du mouvement Habad, qui ne pense pas, contrairement à la branche messianique extrémiste, que le rebbe se cacherait quelque part afin de revenir bientôt pour être le messie. En fait, le messianisme Habad est surtout en vogue en Israël, où le mouvement a en outre adopté des pratiques sexistes que l’on ne trouve pas dans le courant principal.

Le message du rebbe aux femmes ? Selon Susan Handelman, professeure à l’université Bar-Ilan, qui l’a bien connu et qui a écrit d’importants articles sur Habad et le féminisme, le rabbi Schneerson pensait que chaque génération, en s’éloignant du Sinaï, se rapprochait de la rédemption finale et de la venue du messie. « Et nous pourrions donc dire que nous avons mérité, nous les femmes, un meilleur accès à l’étude de la Torah, précisément en raison de cette proximité : cela fait partie de la préparation pour la rédemption, dont nous avons ainsi un avant-goût », explique Handelman.

Cette perspective, ajoute-t-elle, vient en parallèle avec la réinterprétation qu’il a faite de l’obligation halakhique pour les femmes d’étudier la Torah. Au sein du Habad, ses encouragements dans ce sens ont grandement augmenté la participation du public féminin aux activités du mouvement.

Shifra Aviva « Vivi » Deren travaillait sur les campus de la Nouvelle-Angleterre, aux Etats-Unis, dans les années 1970, grande époque du féminisme. Elle estimait alors que le problème, avec le féminisme, était qu’il n’était pas assez radical. « Le principe fondamental, à l’époque, était : “Ce que vous pouvez faire, nous pouvons le faire encore mieux”, mais cela ne remettait pas en question ce que la société respecte, ni les raisons pour lesquelles elle respecte ceci ou cela. Notre société mesure la réussite d’une personne à ses succès professionnels, à l’argent qu’elle gagne, à sa puissance, etc. Le féminisme disait que les femmes étaient défavorisées dans ces domaines. Nous, en tant qu’éducateurs juifs (l’essence même du rôle de parent), nous estimons que ce que nous faisons pour la génération suivante est la seule vraie mesure de ce que nous sommes. Ce sont tous nos enfants, et nous sommes tous des parents. C’est cette vérité qu’il faut garder comme référence, que l’on soit un homme ou une femme. » 

Au-delà de la souffrance 

Deren est enseignante, conférencière et fondatrice de l’école maternelle Gan Yaledim, à Stamford, dans le Connecticut, qui a été couronnée par un prix d’excellence. En décembre, son mari et elle ont été appelés à Newtown pour réconforter la famille de Noah Pozner, tuée dans la fusillade de l’école primaire Sandy Hook.

« Je savais pourquoi on avait fait appel à nous », raconte Deren. « Ce n’était pas seulement parce que mon mari est un rabbin attentionné et plein de compassion, toujours prompt à soutenir les gens qui souffrent. Non, on nous avait appelés en tant que parents endeuillés nous-mêmes, en tant que personnes qui avaient subi plusieurs deuils d’enfants, parce que nous aurions peut-être davantage à offrir que d’autres… ne serait-ce que pour apporter la preuve que l’on peut encore respirer après avoir été privé de souffle… » Sur les 8 enfants qu’ont eus les Deren, 4 étaient porteurs du syndrome de Bloom, anomalie génétique caractérisée par un retard de croissance et une prédisposition aux cancers.
Trois d’entre eux sont décédés et la quatrième, une fille, a récemment reçu une greffe de poumon.

« Face aux tragédies, mon rôle d’émissaire devient vital pour moi », affirme Deren. Elle se souvient du jour où elle est rentrée de l’enterrement de son enfant de six ans. « Ce jour-là, j’aurais pu me noyer dans le chagrin. Dans la pièce, il y avait des dizaines d’amis de notre communauté, des personnes qui nous étaient chères et qui étaient venues pour nous apporter du réconfort, mais personne ne pouvait prononcer un seul mot. Alors, mon mari et moi avons fait ce que nous faisions toujours pour communiquer avec les autres, nous sommes allés au-delà des questions et de la souffrance pour tenter d’explorer les valeurs fondamentales de la Torah. Même si, dans mon esprit, je savais de quoi il était question, je ne pense pas que mon coeur aurait été réceptif à tout cela s’il ne s’était pas agi de partager avec les autres. Et je crois que j’ai vraiment été celle qui en a tiré le plus grand bienfait. » 

De mère en fille

 En 1955, le rebbe a parlé de l’importance pour les femmes d’étudier la Torah et de bien connaître le judaïsme, surtout les domaines qui touchent à leur vie quotidienne.
« J’avais entendu parler de ce discours », raconte Rivka Sharfstein, désormais âgée de 81 ans. « Mais c’est un rabbin Loubavitch de passage qui est venu me répéter les enseignements du rebbe. Il a ensuite voulu savoir ce que j’allais faire. Il s’est assis à côté de moi et m’a écoutée tיlיphoner א 5 connaissances pour leur proposer de crיer un groupe d’étude. A chaque fois, j’étudiais d’abord avec mon mari, de sorte que j’avais toujours un chapitre d’avance. Il y avait très peu de femmes assez instruites pour enseigner à un haut niveau à l’époque. » Outre l’étude personnelle et l’enseignement, Sharfstein et son mari ont dirigé une école, crיי une יcole maternelle avec les mיthodes progressistes du système Montessori et travaillé avec des étudiants sur les campus de Cincinnati, y compris avec un groupe d’élèves du Hebrew Union College, qui forme des rabbins libéraux.

Ces élèves venaient prendre des cours chez eux, avec les encouragements du rebbe.

Au Kinous, Sharfstein a emmené son arrière-petite-fille, Freida Raskin, 24 ans, émissaire à Aspen Hill, dans le Maryland. L’une des grandes réussites du mouvement Habad est d’avoir su créer la prochaine génération de leaders juifs au sein de ses propres familles. Freida Raskin, cinquième de six enfants, affirme avoir toujours voulu oeuvrer pour servir le peuple juif.

Toutefois, contrairement à beaucoup d’autres, elle est d’un naturel timide. « Je ne me vois pas prendre la parole devant tout le monde pendant l’une de ces sessions, et encore moins tenir une maison Habad sur un campus », dit-elle. « Je suis bien contente qu’il existe d’autres façons de se rendre utile ! » Son époux propose pour les vacances différents types d’activités de loisirs, comme des ateliers de fabrication de chofars. Freida se charge donc de toute la logistique ; c’est elle, par exemple, qui commande les tךtes de mouton sur e-Bay.

Quand, en novembre 2011, il a pris la parole à la Convention annuelle des hommes Loubavitch, le Grand rabbin d’Angleterre Jonathan Sacks a dit du rabbi de Loubavitch : « Un bon leader est un leader qui a des adeptes, mais un leader d’exception, lui, est celui qui suscite d’autres vocations de leaders. » Chacun sait que c’est à la mère que revient la tâche d’élever les enfants dans le judaïsme. Toutefois, personne n’a pu me dire comment ces femmes Habad réussissent l’exploit de transmettre non seulement le judaïsme, mais aussi le courage et l’enthousiasme de servir le peuple juif. Combien existe-t-il de mouvements au monde dans lesquels il y a plus de candidats que de postes disponibles pour des gens prêts à renoncer au confort et à la prospérité et à s’engager toute une vie durant ? 

Le dimanche du Super Bowl… 

Kinous se conclut par le grand banquet du dimanche aprèsmidi à l’hôtel Hilton de New York, auquel participent plus de 2 700 émissaires et leurs invitées, avec pour thème : « Les femmes aux avant-postes ». On rend hommage aux émissaires dיcיdיes dans l’annיe, on souligne que l’on a renforcי les mesures de sיcuritי autour des familles en poste א travers le monde, pour les protיger des menaces croissantes.

Le principal discours est prononcé cette année par Chanie Baron, émissaire à Colombia, dans le Maryland. Si l’on en croit l’oratrice, elle était à son arrivée « une adorable petite jeune fille de 18 ans, pétillante et très élégante ». Les secrets du succès de Chanie, affirme-t-elle, « c’est le kouglof, le désordre et l’amour inconditionnel » qui règnent à sa table de Shabbat.

Chanie Baron, elle, explique qu’elle a eu la vocation à l’âge de cinq ans, lors d’une visite au rebbe. Ce jour-là, ce dernier a demandé à sa maman si toutes ses filles allumaient les bougies de Shabbat. Seulement les grandes, a répondu la mère. « Et pas celle-ci ? » a interrogé le rebbe en désignant Chanie. « Ce n’est pas une kleine, une petite ; c’est une groïsse, une grande ! » Chanie Baron, qui est aujourd’hui grand-mère, se remémore les paroles du rebbe chaque fois qu’elle rencontre des difficultés qui lui paraissent insurmontables.

Selon la tradition, le Kinous s’achève par l’énumération des lieux où est implanté le Habad. Les 5 émissaires qui en lisent la longue liste sont en poste à Montréal, Johannesburg, Ho Chi Minh Ville, Melbourne et Pau.

A un client du Hilton qui demande qui sont toutes ces femmes exubérantes réunies dans la salle de banquet, le rabbin Kotlorsky s’efforce de donner des explications.

Lorsqu’il achève de lui exploser ce qu’est une rebbetzin, le client s’étonne et interroge : « Et cela ne vous pose pas de problème de faire ça le dimanche du Super Bowl ? »


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