Les jeux ne sont pas encore faits

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May 21, 2013 12:45

Chacun y va de son pronostic, de sa certitude. Mais tout reste ouvert. Les urnes mobiliseront-elles les électeurs ?




L'Assemblée nationale: nouvel enjeu pour les Français de la 8e.

JFR P14 370. (photo credit: Wikipedia Commons)

Vingt candidats sont en lice pour les législatives de la 8e circonscription. Vingt candidats aux parcours divers et variés, chacun à différents niveaux de notoriété et de crédibilité.

Pour beaucoup, la course met dos à dos indépendants et représentants des grands partis. Une des théories largement répandues ces dernières semaines : les premiers n’auront guère de poids dans une Assemblée peu encline à écouter les voix isolées. Ce à quoi les intéressés rétorquent que les élus des grandes formations seront, eux, muselés par les contingences de leurs familles politiques. Le débat est ouvert.

Une chose est sûre, à quatre jours du vote aux urnes, bien malin celui qui peut prédire l’issue du scrutin. Petit tour d’horizon des principaux acteurs de cette campagne.

La droite, une valeur en perte de vitesse ? 

En tête de liste : Valérie Hoffenberg. La candidate UMP, adoubée de justesse par un parti de droite au sein duquel elle ne compte pas que des amis, arrive au terme d’une campagne quasi sans faute. Peu de couacs pour la protégée de Nicolas Sarkozy, mais dont l’ancien Premier ministre Alain Juppé aurait bien aimé se débarrasser. Il faut dire que cette année, elle n’a pas eu à subir les foudres d’un Philippe Karsenty qui s’était promis lors de la session précédente, « non pas de gagner les élections, mais de la faire perdre », dixit son directeur de campagne.

Pari remporté pour l’avocat neuilléen, puisqu’en 2012, Hoffenberg n’avait pas réellement convaincu les électeurs israéliens – elle était arrivée derrière Philippe Karsenty et Gil Taïeb – pourtant massivement acquis aux couleurs de l’UMP lors des présidentielles. Trop formatée, trop parisienne, voire trop « bourgeoise du 16e » comme on lui reproche parfois, Hoffenberg n’arrive pas à faire décoller sa cote de popularité.

Il lui manquerait ce côté nature, bonhomme, cher au coeur de nos compatriotes qui n’ont pas choisi pour rien cette petite terre décomplexée aux habitudes résolument moyen-orientales. « Elle ne passe pas », résume tout simplement Lucien, de Netanya.

Quant à l’atout UMP, il a perdu de son éclat. Les propos de Nicolas Sarkozy sur le partage de Jérusalem et le vote pour l’entrée de l’Autorité palestinienne à l’Unesco ont marqué les mémoires.

Alors si ce n’est en Israël que Valérie Hoffenberg pourra faire le plein de voix, peut-être aura-t-elle plus de chances en Italie, deuxième plus gros réservoir d’électeurs de la circonscription ? Mais là encore, autre déconvenue, elle sera opposée à son ancien suppléant, Alexandre Bezardin, qui fait désormais cavalier seul en misant sur le vote des Français de La Botte.

Mais rien ne semble perturber la ligne de conduite qu’elle s’est fixée dans une campagne qu’elle veut placer sous le signe de la maîtrise et qu’elle axe dans une critique sans tabou de la gauche. Valérie Hoffenberg privilégie les grands meetings accompagnée des ténors de son parti aux rencontres en petits comités. Grâce à la présence respective de François Coppé à Tel-Aviv et François Fillon à Rome, elle est la seule à avoir mobilisé un si grand nombre d’électeurs – plus de 400 personnes à chaque fois — en une soirée. Christian Estrosi était attendu pour une réunion publique sur le kikar de Netanya, jeudi 23 mai à midi. Il n’est donc pas du tout improbable que la candidate UMP se retrouve au second tour.

Le centre, pourquoi pas… 

L’an dernier, premier scrutin pour les Français de l’étranger, Valérie Hoffenberg s’était retrouvée opposée au second tour à la socialiste Daphna Poznanski. Une finale PS/UMP que beaucoup pensent cette année voir encore se renouveler.

Mais en juin 2012, Poznanski avait alors surfé sur la vague rose qui avait déferlé sur la France. Et il faut également rappeler qu’en tant que Franco-israélienne, la candidate PS avait pu engranger quelques centaines de voix en Israël. Ce qui ne sera pas le cas de la socialiste en lice cette année, la Franco-turque Marie-Rose Koro. Et avec un François Hollande aujourd’hui malmené dans les sondages, rien ne permet d’affirmer que la candidate de gauche arrivera à se hisser sur le ring pour le second round.

Au centre, le dernier entré dans la campagne ne passe pas inaperçu. Meyer Habib, le second du Crif, l’homme de la communauté, et surtout le candidat des soutiens. Car la liste est longue des personnalités de France et d’Israël qui ont prêté leurs noms pour ce centriste de l’UDI de Jean-Louis Borloo.

Bibi, d’abord, dont il est l’ami intime depuis 20 ans. Mais aussi les ministres Shalom, Saar, Livnat, Edelstein. Ou encore Naftali Benett et Eli Yshaï. Plus étonnant, la top-model Bar Rafaeli, dont on peut se demander l’implication dans une telle campagne.

En quelques semaines à peine, Meyer Habib a mouillé sa chemise, arpentant allègrement les promenades des villes israéliennes. Il revendique l’atout d’être intronisé par un grand parti, mais par le seul parti qui lui « laissera une totale liberté de parole ». Jean-Louis Borloo lui aurait assuré son soutien pour « la question de Jérusalem, capitale une et indivisible d’Israël ».

Soit. Merci Jean-Louis, mais de là à penser que ce sera suffisant pour faire changer la politique de la France… Peu importe, Meyer Habib « passe », lui. Et convainc. Il s’est déjà taillé une bonne part du lion dans certains quartiers de Jérusalem, où il joue sur la carte religieuse.

Et si Meyer Habib faisait son entrée à l’Assemblée ? Je n’y trouverais rien à redire. Personne ne peut mettre en doute son sionisme, son attachement à Israël, son engagement auprès de la communauté juive de France. L’homme a ses entrées partout, auprès des grands rabbanim, comme à l’Elysée.

Pour avoir siégé au Crif pendant des années, les rouages politiques, les arcanes du pouvoir, il connaît. Meyer Habib est aussi le descendant d’une famille pour qui j’ai une profonde estime. Alors, pourquoi pas lui ? 

L’audace qui agace 

Autre centriste fraîchement encarté : Jonathan-Simon Sellem. Le phénomène JSS. Quel internaute ne connaît pas ce trentenaire, jeune père de famille ? Adepte du web et des réseaux sociaux, il était sans doute l’un des mieux préparés médiatiquement pour se lancer dans la campagne. Car JSS a le sens du buzz, incontestablement. Le site qui porte son nom fait couler de l’encre, ou cliquer la souris. Il n’en est officiellement plus le rédacteur en chef, mais l’outil lui est tout acquis dans cette campagne où Sellem mise sur son – jeune – âge. Ses armes, selon lui : son audace et sa quête de la vérité.

C’est vrai, le candidat membre du Parti libéral démocrate (PLD) ne ménage pas ses efforts pour tenir tête à l’adversité, confronter les détracteurs d’Israël. Lui aussi se dévoue corps et âme à son pays d’adoption même s’il a finalement fait le choix de repartir tenter sa chance en France.

Oui mais voilà, à toujours dégainer plus vite que son ombre, à rarement laisser refroidir le fût de son canon, JSS fatigue.

Le candidat a la gâchette facile et tire à bout portant, sur tout ce qui le dérange. Les hommes ou les idées. Gare à celui qui se met en travers de sa route.

Un justicier malgré lui, en quelque sorte. Israël a besoin d’être défendu, certes. Mais avec justesse, modération et précision. Des qualités dont JSS ne peut pas se prévaloir tant sa faim de victoire lui fait commettre des faux pas. Sondages bidons, vues de vidéos et like achetés en si grand nombre que c’en est bien trop beau pour être vrai. Il en perd autant en crédibilité.

Car JSS n’a pas que des amis, loin de là. On l’aime ou on le déteste. Il enchante ou il irrite. Ses statuts Facebook sont en général très suivis, mais dans l’univers journalistique dont il se revendique, et une certaine part de l’opinion publique israélienne, Sellem ne jouit pas d’une réputation très professionnelle. « Parce qu’il dérange », estime-t-il. Et c’est reparti pour une nouvelle théorie du complot… S’il veut un jour nous représenter à l’Assemblée, il faudrait d’abord que Jonathan-Simon Sellem calme ses ardeurs et commence par accepter la critique. Pour l’heure, difficile de faire la part des choses entre l’engouement qu’il suscite sur la toile et la réalité du terrain. Sera-t-il plébiscité ou boudé par les électeurs ? Encore quelques jours de suspens.

Le coup de coeur 

Un mot sur Ghislain Allon, indépendant venu de loin, qui a décidé de tenter sa chance dans une campagne où il s’est également invité sur le tard. Trop intelligent pour réellement croire à la victoire, Allon a vraisemblablement saisi là l’occasion de se placer sur le devant de la scène pour offrir une vitrine à ses velléités politiques israéliennes. Car l’homme a d’autres ambitions : la création d’un parti francophone en Israël dont il a déjà dévoilé le nom, « Hazak ». Un petit tour de piste électorale pour se faire la main ? Enfin, at last but not least, comme disent nos amis anglophones, David Shapira. Un autre indépendant qui pourrait créer la surprise. Sa campagne ? Il la gère d’une main de maître, sans fausse note ni coup d’éclat ostentatoire.

Il l’a voulu propre, et l’a bâtie en ce sens. Post-doctorant en histoire, enseignant en études bibliques, éducateur, juriste, Shapira a toutes les cartes en main pour mener un débat d’idées avec tous ceux qui voudront se frotter à ses connaissances d’Israël et du monde juif.

Ce qu’on lui reproche ? Son passé. Car il a eu le culot de changer de vie, voilà quelques années. De tourner le dos au yishouv de Bet-El, de retirer la kippa et de divorcer. Autant d’initiatives bien mal perçues dans certaines communautés religieuses francophones aux idées parfois étriquées. Mais se cherche-t-on un rav ou veut-on élire un député ? Ses choix, il les assume, en toute intégrité. Sa place à l’Assemblée, il la voit comme une évidence. Ses armes ? l’humour et l’esprit qui le caractérisent et lui permettent de frayer avec tout un chacun. Mais aussi sa franchise et sa pugnacité. Une franchise teintée de naïveté qui peut justement se retourner contre lui, parce qu’il renonce au discours politicien et à la langue de bois et se bat sans les paillettes et la poudre aux yeux qui aveuglent les moins avertis.

En clair, Shapira est un discret qui mérite à être connu. Le Franco-israélien que je serai fière de voir siéger à l’Assemblée pour me représenter.

Alors à ceux qui disent que le choix est cornélien parmi toute cette pléthore de prétendants à l’hémicycle qui vont se faire de l’ombre les uns aux autres, je pense, au contraire que le vote est évident. A vous de faire le bon choix. 

La 8e circonscription : chiffres clés 

Elle est établie suite au redécoupage des circonscriptions législatives françaises survenu en 2010 sous le mandat de Nicolas Sarkozy qui voulait « permettre aux Français vivant à l’étranger d’élire des députés, pour une représentation de ces Français dans nos institutions égale à celle des Français vivant en France », et sur l’initiative d’Alain Marleix, alors secrétaire d’Etat aux Collectivités territoriales.

Elle couvre les pays suivants : Italie (Saint-Marin comprise) : 46 987 (français inscrits au 31/12/2012) Saint Siège-Vatican : 0 Grèce : 10 916 Malte : 542 Turquie : 7 367 Chypre : 1 372 Israël (Jérusalem comprise) : 76 734 Soit un total de 122 070 français inscrits, sur les 1 611 054 répartis partout dans le monde.

Source : ministère des Affaires étrangères – Direction des Français de l’étranger et de l’administration consulaire.
(janvier 2013)


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By NATHALIE BLAU

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