Les secrets à bien garder

By BEN CASPI
February 19, 2013 12:42

Face au mal, les droits de l’homme et les valeurs morales ne sont pas des armes suffisantes.

4 minute read.



Ben Zygier

Ben Zygier 370. (photo credit: Screen shot ABC News)


Je ne sais pas ce qu’il en est de vous, mais moi, je suis du côté du Mossad. Je croise les doigts pour ses agents, où qu’ils soient dans le monde. Je prie pour que toutes ses opérations réussissent et que tous ceux (personnes ou organisations) dont le but est de détruire l’Etat et les citoyens d’Israël, disparaissent, quel que soit le moyen employé.

Je suis d’abord un Israélien, puis un sioniste et ensuite un journaliste (quant à être juif, oui, je le suis aussi, un juif pour qui le religieux commence et s’arrête à la synagogue). De ce fait, si je tombe sur un scoop – de ceux qui font les titres des journaux internationaux et qui, du jour au lendemain, vous rendent célèbre – dont la divulgation risque de menacer une action du Mossad, comme disons, la destruction du programme nucléaire de l’Iran, je le laisserai passer, sans aucun regret.

Je ne ferai pas non plus affaire avec un journaliste étranger pour publier ce même scoop en citant « des sources étrangères ». Les opérations les plus ahurissantes montées par des agents du Mossad dans le monde n’ont jamais été divulguées et ne le seront jamais, et c’est très bien comme ça.

Tout ne doit pas être public et certains secrets sont bons à garder.

Cela ne fait pas d’Israël un régime tyrannique ou une dictature. Ceci dit, la tentative de préserver les agissements du Mossad n’excuse en rien l’attitude du Premier ministre Binyamin Netanyahou. Sa poursuite des médias israéliens est une menace pour notre démocratie.

Maintenant, nous sommes devant un fait indubitable : une opération du Mossad a mal tourné. Quelqu’un a parlé alors qu’il n’aurait pas dû – ou a trahi son pays. Il reste que la prison a fourni l’occasion à l’ex-agent du Mossad Ben Zygier de se suicider en 2010 et c’est une triste réalité contre laquelle on ne peut pas grand chose.

Il faut parfois se salir les mains

Certes, les circonstances de cet incident doivent être établies, mais à huis clos, loin de la place publique.
Non, ce n’est pas comparable à l’affaire du bus 300, en 1984, où des agents de l’Etat ont commis de graves infractions pénales, puis ont menti et finalement calomnié un officier innocent pour lui faire porter toute la responsabilité.

Si Ben Zygier s’est suicidé (et n’a pas été assassiné), on a affaire à une défaillance opérationnelle. On doit alors recoller les morceaux et tourner la page. Les historiens du futur s’intéresseront sans doute plus à la menace nucléaire iranienne qu’au suicide d’un agent secret.

Observons donc ce qui se passe aux Etats-Unis d’Amérique, notre ami et allié, symbole de la démocratie et de la liberté d’expression. Le président Barack Obama est un libéral éclairé, défenseur des droits de l’homme.

Lors de son premier mandat, il avait déclaré qu’il fermerait la terrible prison de Guantanamo Bay. Dans cet établissement, placé hors de la juridiction américaine, le personnel américain utilisait des méthodes d’interrogation contestées pour obtenir des informations des détenus d’al-Qaïda.

Quelques années plus tard, Obama entame son second mandat et Guantanamo fonctionne toujours.

Obama a visiblement compris qu’à une époque où nombre d’hommes sont prêts à tuer le plus de personnes possible et à lancer de nouvelles attaques terroristes, il faut parfois se salir les mains.

La poursuite américaine d’Oussama Ben Laden l’a prouvé. Les choses ne sont pas toujours comme elles devraient être. Face au mal, on ne peut avoir pour seule arme les droits de l’homme et des valeurs morales. Si les Américains sont arrivés à cette conclusion, qu’en est-il de nous, qui nous trouvons au milieu de cent millions de personnes qui nous haïssent ? Bien que l’on soit à l’ère d’Internet, il y a encore des situations où les secrets d’Etat doivent exister et où la censure militaire doit s’appliquer, même si c’est uniquement sur les médias israéliens. Effectivement les journalistes israéliens ont plus accès aux secrets d’Etat que les journalistes étrangers et si ces derniers en dévoilent, nous, nous ne pouvons nous le permettre.

Après tout, Israël est le seul pays qui continue de lutter pour son existence et son acceptation comme entité légitime dans un monde de plus en plus dangereux.

L’existence de notre pays est plus importante que le droit du public de savoir, que la liberté d’information et que la démocratie. Il faut se souvenir du monde avant la création d’Israël, ce phénix né des cendres des six millions de Juifs.

Alors, même si parfois je me débats un peu contre la censure militaire, je suis d’accord pour dire que si la publication d’un fait spécifique constitue un réel danger pour la sécurité nationale, pour la vie des Israéliens, ou pour les relations étrangères du pays, il est préférable que le secret reste entier.


Related Content

January 16, 2018
Médecins israéliens sans frontières

By MAAYAN HOFFMAN

Israel Weather
  • 8 - 16
    Beer Sheva
    12 - 16
    Tel Aviv - Yafo
  • 8 - 11
    Jerusalem
    11 - 15
    Haifa
  • 11 - 20
    Elat
    11 - 17
    Tiberias