Les trois commandantes

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December 10, 2013 18:57

Un an plus tard, elles se souviennent. L’opération Pilier de défense vue par trois jeunes femmes qui ont vécu l’expérience en première ligne.




3 jeunes officières qui ont fait leurs preuves : Dana Nahab, Omer Pastel et Aya Guishouri

P14 JFR 370. (photo credit: Tsahal)

Samedi soir, 10 novembre 2012. Omer Pastel, 20 ans, officière de brigade de Tsahal à Gaza, regarde la télévision dans son appartement de Tel-Aviv. Quatre soldats viennent d’être blessés, apprend-elle, dont deux gravement, en patrouillant le long de la barrière de sécurité qui sépare Israël de Gaza, par un missile antitank tiré depuis l’entité palestinienne.


Omer est immédiatement rappelée sur la base de Réim, à quelques kilomètres de Gaza, pour reprendre ses fonctions de chef du centre de commandement opérationnel. Ce centre est chargé de relayer les communications, l’information logistique et les instructions entre les différentes troupes et leurs supérieurs, qui opèrent sur toute la zone. En arrivant sur la base, la jeune femme a déjà compris : après des journées entières d’incessants tirs de roquettes sur les habitants du sud, l’attaque qui a touché les quatre soldats est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. Et de fait, le haut commandement et le ministère de la Défense décident dans la foulée de lancer une offensive contre le Hamas à Gaza, afin d’altérer les capacités d’attaque de l’organisation terroriste tout en protégeant les habitants du sud.


Quatre jours plus tard, le 14 novembre, l’opération nommée Pilier de défense débute avec l’exécution ciblée d’Ahmed Jabari, chef de la branche militaire du Hamas à Gaza, organisateur de plusieurs attentats terroristes contre des civils et des soldats israéliens.


Au cours des 8 jours suivants, Tsahal procédera à de multiples raids, touchant plus de 1 500 sites terroristes ancrés dans la bande de Gaza et réduisant les capacités de tirs de roquettes du Hamas. Récemment, lors d’une cérémonie marquant l’anniversaire de cette opération, le Premier ministre Binyamin Netanyahou a souligné à quel point la sécurité s’était améliorée au sud, avec une baisse de 98 % des attaques de roquettes. C’est, a-t-il estimé, le résultat direct de l’opération Pilier de défense.


Maintenir le moral des troupes


Dans la base de commandement de Réim, deux autres jeunes femmes officiers assistent Omer Pastel durant l’opération Pilier de défense : Aya Guishouri, de Ramat Gan, chargée de la communication pour les troupes opérant du côté nord de Gaza, et Dana Nahab, dont la mission consiste à assurer l’approvisionnement et l’information des soldats postés près du sud de Gaza. Un an après, les trois jeunes officières ont accepté de raconter leurs souvenirs.


« Juste après l’attaque de la jeep, qui s’est déroulée dans une zone appartenant à la juridiction de mon centre de commandement », raconte Aya Guishouri, « il y a eu une grande agitation. Les soldats étaient choqués, et inquiets pour leurs copains qui avaient été blessés. » Déjà, pendant les jours précédant l’incident, précise-t-elle, il régnait une tension intense, car le Hamas plaçait souvent des charges explosives sur le passage des patrouilles le long de la frontière, et aussi parce que Tsahal avait découvert des dizaines de tunnels utilisés par le mouvement islamiste pour faire passer des armes en contrebande et pour tenter d’organiser des attentats dans les villes d’Israël. « Au centre de commandement, l’une de mes tâches était d’empêcher les soldats de perdre leur calme et de leur faire garder le moral, malgré l’attaque de la jeep et les autres incidents ».


A l’approche de l’opération, Aya reçoit des instructions. Sans pour autant savoir à quoi exactement ressemblera l’offensive. « Nous ne savions pas ce qui allait se passer. Quand l’opération a débuté, on a eu l’impression de participer à quelque chose dont on avait seulement entendu parler lorsqu’on était petits, pendant la seconde guerre du Liban (en 2006). »


« Ce qui était indispensable dans le rôle que nous devions jouer toutes les trois », continue Aya, « c’était de faire preuve de maturité pour réussir à maintenir l’unité des troupes malgré l’incroyable agitation qui s’était emparée de tout le monde ». Durant ses 12 heures de garde, elle doit en outre se faire une idée globale de la situation sur le terrain et veiller à ce que les soldats positionnés dans la zone dont elle est responsable disposent de tout l’équipement nécessaire pour mener leurs missions à bien.


Dana Nahab affirme pour sa part avoir senti monter la tension durant les 3 semaines qui ont précédé l’opération. Leur rôle leur paraissait d’autant plus ardu, ajoute-t-elle, qu’elles manquaient toutes les trois d’expérience : elles n’avaient été nommées officiers et n’étaient entrées dans leurs fonctions au centre de commandement que trois mois auparavant.


Comme Aya, Dana se souvient à quel point il était difficile de maintenir le calme parmi les recrues dans le centre de commandement : « Il y avait avec nous des filles qui venaient juste de finir leurs classes et qui se retrouvaient tout à coup propulsées dans une salle de commandement où elles devaient prendre part à la gestion d’une guerre. Nous devions les aider à se détendre, tout en faisant en sorte que les soldats restent concentrés sur leurs tâches, alors qu’ils savaient qu’au même moment, les missiles du Hamas atterrissaient dans les villes où vivaient leurs familles. Sans parler de ces mêmes familles qui, inquiètes pour leurs enfants, appelaient le centre de commandement. Bien sûr, on se trouvait sur la base, dans un bâtiment à l’épreuve des tirs, mais on était tout près de Gaza et les roquettes nous tombaient dessus comme s’il en pleuvait. »


« Calmer ceux qui venaient de la bulle Tel-Aviv »


Omer Pastel renchérit : « Oui, ce n’était vraiment pas facile de calmer tout le monde, et en particulier les soldats qui venaient de la bulle de Tel-Aviv ». Pour ces derniers, c’était souvent la première expérience des alertes rouges avec leur lot de stress et d’effroi. Une manière de réaliser le quotidien des habitants du sud du pays, dont c’est la réalité depuis le putsch de Hamas sur la bande de Gaza en 2007. « Et en plus, ils avaient très peur pour leurs familles », visées elles aussi par les missiles qui ont atteint le centre du pays pour la première fois depuis la guerre du Golfe.


Un an plus tard, les trois officières ont le sentiment d’avoir été à la hauteur de la tâche, en dépit de toutes les difficultés. Quant à leur avis politique sur l’opération, elles se refusent à le donner. N’aurait-il pas fallu poursuivre l’offensive, finir par une incursion au sol dans la bande ? En bonnes soldates, elles ne diront rien. Tout juste reconnaîtront-elles qu’elles auraient pu perdre des amis en cas d’opération terrestre.


Elles se disent également satisfaites de la situation actuelle, 13 mois plus tard. « On est dans l’armée pour assurer le calme des citoyens. Et pour les habitants du sud, cela fait des années que cela n’a pas été aussi calme que maintenant », se félicite Aya. Mais la jeune femme ne se leurre pas : le gouvernement Hamas n’étant pas un Etat reconnu, il ne pourrait y avoir un traité de paix valide entre le mouvement islamiste et Israël. En d’autres termes, il faut se tenir prêt en permanence, dans l’éventualité de nouvelles attaques. Omer Pastel partage son avis : « Nous savons très bien qu’il est capital d’être toujours prêts », dit-elle. Avec son vécu de l’an dernier, elle a le sentiment d’être parfaitement préparée. Aya, elle, retiendra une expérience qui lui a permis de « sortir de sa bulle telavivienne ». Un ressenti qu’elle a également pu partager avec ses amis restés chez eux. Elle se sent plus proche aujourd’hui des habitants du sud. «Je comprends ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils doivent encore éprouver en permanence».


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