L’olive, une huile juteuse ?

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December 11, 2012 13:20

A l’occasion de Hanouka, zoom sur la bataille des petits producteurs d’huile d’olive contre les importations à bas prix.




Workers harvest olives.

Olive orchad 521. (photo credit: Ariel Zilber)


Ilan Gour est en homme en croisade. Editeur du populaire magazine de cuisine Al Hashoulhan (Sur la table), il évoque avec passion le sort des petits et moyens producteurs d’huile d’olive en Israël.

Ancien journaliste et correspondant pour la radio militaire, il reçoit dans son bureau d’un paisible quartier du nord de Tel-Aviv. Son message aux consommateurs qui cherchent à acheter l’huile la moins chère dans les chaînes de supermarchés est simple : sans y mettre le prix, pas de qualité. «L’huile est l’un des produits les plus contrefaits au monde», explique Gour. « Le marché est inondé au niveau mondial par la mauvaise qualité, et la plupart du temps, ce que les gens achètent n’est pas vraiment de l’huile d’olive ».

Le spécialiste ne mâche pas ses mots. Il accuse les grands producteurs de tromper les consommateurs en prétendant que les produits alignés dans les supermarchés sont de facture locale, alors que, dans sa majorité, la matière première est importée de l’étranger. Acheter une bouteille d’huile « israélienne » revient donc à acquérir une contrefaçon dont la mise en bouteille et l’acheminement n’ont été supervisés en aucune façon.

« Lorsque les Américains font leurs courses et trouvent de ‘l’huile d’olive italienne’, le produit qu’ils achètent n’est pas fabriqué en Italie », continue-t-il. « Le même phénomène a lieu ici, avec cette supposée huile israélienne.

L’envahissement du marché par des huiles qui sont de pauvre qualité, voire constituent une parfaite duperie en l’absence totale d’une supervision, mène à une double situation : d’un côté, les prix de l’huile d’olive baissent, du fait de la compétition, et de l’autre la demande augmente. Du coup, les petits producteurs sont coincés et sont obligés de détruire leurs vergers. Parfois, ils sont même obligés de vendre leur huile à un prix inférieur aux coûts de production ».

Contrefaçon et falsification

Selon les enquêtes menées par les ministères de l’Agriculture et de la Santé, la moitié de l’huile d’olive consommée par les Israéliens est contrefaite, et le reste est de moindre de qualité, attendu que ses composants perdent de leur valeur en étant acheminés sur de longues distances maritimes par hautes températures.

Pour Gour, la falsification de l’huile d’olive, considérée comme un problème mondial, a également atteint l’Etat hébreu, touchant les petits et moyens producteurs de plein fouet. Ce qui l’a poussé à fonder l’Association de l’huile d’olive, un consortium de 20 agriculteurs indépendants, qui n’ont pas les moyens financiers de défendre leurs produits auprès d’un grand public avide de bas prix.

« Le plus grand problème des petits producteurs, c’est le marketing », pointe-t-il. « Les grandes chaînes alimentaires ne vendent pas d’huile de qualité parce qu’elles peuvent importer une marchandise moins chère et la vendre à profit ».

Le journaliste souhaite que sa nouvelle organisation serve de pont entre les petits producteurs et le consommateur. « La plupart des petits producteurs ne font pas parvenir leurs produits jusqu’aux étagères des supermarchés », déploret- il. « Le producteur moyen qui fait pousser ses oliviers en Galilée dispose d’un super produit, mais personne n’en entend parler. C’est très dur de gagner de l’argent dans cette industrie. Je ne comprends pas pourquoi les médias n’en parlent pas ; l’agriculture n’intéresse plus personne aujourd’hui. Les producteurs d’huile d’olive ont les mêmes problèmes que tous les agriculteurs : ils luttent pour joindre les deux bouts et ils sont désespérés ».

« Si je ne finis pas l’année dans le rouge, je suis content » 

Shimon Paz confirme les propos de Gour. Ses grandsparents, des pionniers survivants de la Shoah, sont arrivés de Hongrie pour fonder le moshav de Kfar Shmouel. Paz fabrique de l’huile d’olive depuis 12 ans, après 30 ans de bons et loyaux services dans la police des frontières.

« Une fois à la retraite, je cherchais une activité et je me suis donc lancé dans la production d’huile d’olive », explique-t-il. « Mon premier objectif était de préserver le terrain que je possédais dans le moshav, et il fallait que j’investisse dans la propriété. J’ai donc décidé de planter une oliveraie. Nous n’avions pas prévu de fabriquer de l’huile, mais c’est lentement devenu une entreprise de taille moyenne. Nous nous sommes pris au jeu et avons investi beaucoup d’argent dans les équipements nécessaires », continue Paz.

« Cela nous a demandé des centaines de milliers de shekels, et je n’amortirai jamais l’investissement. Je vais vous dire : je me contente de couvrir les frais annuels. Chaque année, les frais de production reviennent à 200 000, voire 250 000 shekels ».

Selon Gour, l’histoire de Paz est typiquement celle de l’agriculteur israélien moyen qui ne peut tout simplement pas concurrencer les prix de la marchandise importée de l’étranger. « En dehors de l’investissement initial, il y a des dépenses inévitables », continue Paz. « Je me considère chanceux de pouvoir payer les factures d’eau. Si je ne finis pas l’année dans le rouge, je suis content. Les coûts de production sont très élevés. L’eau est chère, le travail aussi, tout. Cela me coûte entre 16 et 20 shekels de produire un litre d’huile, avant même la mise en bouteille et la taxe sur la valeur ajoutée. Comparez cela aux 20 shekels que coûte une huile importée au supermarché », lance-t-il.

« Si je vends mon huile à moins de 35 à 30 shekels, je perds de l’argent. Maintenant, lorsque le consommateur moyen va au supermarché et voit la bouteille à 20, ou 25 shekels, il se dit : ‘Shimon est fou ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Pourquoi devrais-je payer 40 shekels pour une bouteille d’huile, quand je peux en avoir une pour bien moins cher ?’ C’est notre problème », conclut-il.

Les producteurs se voient donc obligés de vendre leurs huiles de haute qualité aux grandes chaînes telles que Yad Mordechaï ou Zeta, qui procèdent ensuite à un mélange. Un procédé qui, selon Gour, compromet l’intégrité et la qualité du produit original. « Je ne fabriquerai jamais une huile contrefaite ou de mauvaise qualité », jure Paz. « Je préfère mettre la clef sous la porte que de me résoudre à ce que font 80 % des producteurs ».

Concurrence étrangère 

Parmi les cibles privilégiées de Gour : Zeta, une presse d’olive établie en Galilée, filiale de la compagnie de thé Wissotzy. Zeta a saisi la Cour suprême, en vain, afin que l’Etat augmente les quotas autorisés d’huile importée dans le produit final, en raison de la pénurie d’huile d’olive locale Et d’avancer que le manque de matières premières et les mesures protectionnistes du gouvernement font que le consommateur israélien paye davantage sa bouteille d’huile que ses homologues des autres pays avancés.

Pressé de répondre aux accusations de Gour, Bentsi Elisha, directeur de Zeta, se déclare outré. Et accuse le puissant lobby agricole et le protectionnisme gouvernemental du coût élevé de la mise en bouteille en Israël, ce qui force Zeta à avoir recours aux matières premières venues de l’étranger.

« Gour ne fait que colporter de fausses informations », dit-il depuis ses bureaux en Galilée. « Il se contente de répéter les allégations du ministère de l’Agriculture. Le ministère a présenté sa propre version dans la pétition que nous avons déposée à la Cour, mais personne n’en a vérifié la véracité, et le magistrat ne l’a pas validée ».

Elisha a envisagé de poursuivre Gour pour diffamation, car un droit de réponse dans les colonnes d’Al Hashoulhan ne lui a pas été offert. Il repousse fermement les accusations qui le considèrent notamment responsable de l’appauvrissement de l’agriculture israélienne. Même s’il reconnaît que Zeta importe bien des composants de l’étranger pour sa production d’huile d’olive.

« Zeta fabrique l’une des meilleures huiles d’olive en Israël depuis 20 ans », note-t-il. « Nous nous battons depuis longtemps contre l’industrie agricole locale car, à nos yeux, les producteurs manipulent les prix et imposent leurs tarifs au marché, en exploitant les consommateurs. Notre situation est difficile : les chaînes de supermarchés importent des bouteilles d’huile à bas prix, et nous avons du mal à suivre.

C’est pourquoi nous avons saisi la Cour suprême : l’industrie agricole refuse de baisser ses prix. Je suis le deuxième plus grand acheteur d’huile du pays », rappelle le dirigeant, dont la société se trouve juste derrière Yad Mordechaï.

« Nous achetons l’huile de nombreux producteurs, ici en Israël. Mettons que nous les mélangions. Pourquoi est-ce important ? Que suis-je censé faire ? Donner un rapport détaillé de lieux de provenance de mes huiles ? Cela n’a pas de sens. Je ne veux pas tomber dans ce piège de ‘l’huile d’olive israélienne’ », poursuit-il.

« Tout ce que je dirai ne satisfera pas ceux qui s’empressent d’écouter Ilan Gour. Ce sont les chaînes alimentaires qui importent l’huile étrangère. Il y a beaucoup de marques, et cela nous force à baisser les prix pour que nous puissions survivre. En conséquence, nous perdons de l’argent. Je ne vois vraiment pas de quoi il parle », lance Elisha. Avant de conclure : « En tant que grande entreprise, nous avons bien d’autres soucis que les petits et moyens producteurs. On ne joue pas dans la même cour, vous savez ».


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