Lorin Maazel, la chance au bout du chemin

Le surdoué de la musique aura dirigé de nombreux orchestres et accumulé un répertoire impressionnant. Adieu maestro.

By HÉLÈNE SCHOUMANN
August 7, 2014 09:48
4 minute read.
Lorin Maazel

Lorin Maazel. (photo credit: REUTERS)



Nous ne l’avons pas vu venir cette mort-là. Occupés que nous étions à compter dans le ciel les missiles qui balayaient notre horizon : traces indélébiles frappant notre quotidien de son bruit sourd, comme une cymbale d’un de ses orchestres… Oui, Lorin Maazel aimait le son qu’il mettait au-dessus de tout et plus encore. Lorsque le maestro dirigeait, il bravait tous les dieux de l’Olympe et d’ailleurs… l’orage et tous les éléments naturels les plus violents paraissaient faibles à côté de l’énergie de ce maestro qui aurait dans sa poursuite musicale arrêté, peut-être jusqu’au bruit des roquettes ainsi que leur course folle. Mais voilà, Lorin Maazel s’est éteint le 13 juillet à l’âge de 84 ans. Etait-il conscient les derniers jours de ce qui se passait dans ce pays qu’il aimait tant, regrettant de ne pas parler l’hébreu, lui qui pratiquait sept langues ?

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C’est à Rome que nous avons eu le plaisir de passer une soirée en sa compagnie dans un improbable palais italien, en janvier 2014 il était là, un peu parti déjà, triste et lointain ; oui, ce soir-là, il nous a dit l’essentiel dans ses silences, sa fatigue des trop grandes admirations qu’il suscitait partout et cela dès l’âge de 9 ans où il maniait l’archet de son violon comme personne… Ce soir-là, il aurait déjà voulu peut-être tirer le rideau rouge de ces grandes pièces aux marbres mordorés.

C’était à Paris, il y a longtemps, cette seconde symphonie de Mahler qu’il dirigea fut si éblouissante que le public attendit deux minutes avant d’applaudir à tout rompre tant il avait été hypnotisé par la direction de Maazel dont on disait qu’il était le plus grand spécialiste du compositeur viennois.

Mais dans cette froide soirée romaine les souvenirs de Maazel sont confus, non, il ne s’en souvient plus pas plus qu’il ne veut aborder sa sortie fracassante à Bayreuth qui fut un haut lieu du nazisme pendant la guerre et bien après lorsque sa fondatrice Winifred Wagner, grande amie de Hitler, continua à diriger ce festival… C’est en 1960, Maazel,après un concert, entend de la bouche de la tyrannique directrice la phrase suivante : « il dirige pas mal pour un juif ». La légende raconte qu’il a quitté immédiatement Bayreuth sans y remettre les pieds… Bayreuh encore antisémitite ? Lorin Maazel esquisse de sa belle main un geste vague et ajoute dans son français parfait : « plus maintenant »… On le sent, il n’a pas envie d’être entraîné sur ce terrain-là.

Titan de la musique

Alors on a envie de lui parler de ses parents juifs russes émigrés, sa mère Marion Shulman, chanteuse, son père Lincoln Maazel, aussi acteur, et le grand-père Isaac Maazel, premier violon au Metropolitan Opera de Los Angeles. « Little Lorin », comme on l’appelle, est né à Neuilly-sur-Seine et c’est bien en pays francophone qu’il passe le plus clair de son temps, dans sa belle maison de Monte-Carlo dont il a plus envie de parler que de musique.

Peut-on imaginer qu’à 11 ans Arturo Toscanini l’invite à l’orchestre symphonique de New York, et ce chef italien, un des premiers à diriger en 1937 l’orchestre de Palestine qui deviendra le philharmonique d’Israël, croit en l’énergie fulgurante de cet enfant. A cette époque, est-il à l’égal des Hubermann et Menuhin, un wunderkind qu’on exhibe comme une curiosité, ce qu’avait fait Léopold Mozart avec son fils Amadeus ? L’histoire ne le dit pas, mais en tous les cas, le jeune Maazel poursuit des études de langues et de philosophie avant de se consacrer entièrement à sa carrière de chef d’orchestre.
Enumérer tous les orchestres qu’il a dirigé serait trop long, rappelons que son attachement à la France est dû à son poste à l’orchestre national de France qu’il occupa de 1977 à 1991. Le répertoire de ce titan était sans limite, pourtant dans cette carrière étourdissante, son regret aura été de ne pas succéder à la tête du philharmonique de Berlin après la mort de Karajan… On murmure encore qu’un juif ne peut diriger cet orchestre, par ailleurs les candidats étaient à l’époque Daniel Barenboim, James Levine et Claudio Abbado qui l’a eu. Nous n’aurons pas plus de réponse sur ce point que sur l’épisode de Bayreuth…

Qu’importe, les enregistrements qu’aura laissés Lorin Maazel sont les témoignages les plus parlants de sa qualité incontestable de grand chef qui aima le monde comme le monde l’aimait…
Mondain Maazel ? On lui aura reproché de parader dans des publicités pour une marque de montres prestigieuses… qu’importe… jusqu’au bout il aura dirigé, car le 28 juin 2014, il donna une interprétation magnifique de l’opéra de Puccini Madame Butterfly… Lorin Maazel était plus qu’un homme et il pouvait se targuer d’être de son vivant une légende… On sait déjà que sa lente montée jusqu’à l’orchestre avec son inséparable baguette comme un prolongement de lui-même va laisser un vide irremplaçable. Mais par cette soirée d’hiver, l’homme déjà demi-dieu à tel point qu’il semblait immortel s’éloigne et regarde un instant par la fenêtre… Que voit-il par cette nuit froide sans étoiles dans une Rome pluvieuse ? Peut-être les ombres de ceux qu’il a rejoint, celles de Léonard Bernstein, Georg Solti, Claudio Abbado ou encore Fritz Kreisler qui l’avait auditionné un jour à Vienne à l’âge de cinq ans… mais c’est une une autre histoire.

En tous les cas, le célèbre photographe irlandais Kevin Abosch aura en cette soirée immortalisé sur sa pellicule magique ces moments que nous avons passés avec Lorin Maazel, la chance était avec nous au bout du chemin. 

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