Pour la France que nous aimons

Allons voter en masse, le 26 mai prochain, pour l’élection du représentant de la 8e circonscription des Français résidant à l’étranger.

By EMILE MOATTI
May 13, 2013 12:01
La signature de Charles de Gaulle.

JFR P10 370. (photo credit: Charles Platiau/Reuters)


Par éducation familiale, j’ai appris à aimer profondément la France des Lumières, que j’ai servie durant la plus longue partie de ma carrière professionnelle : ses valeurs profondes sont celles que préconisent notre Torah et la Bible (donc la spiritualité chrétienne également) – quand elles sont bien comprises évidemment – et le Coran lorsqu’il n’est pas interprété dans une optique de violence. Je suis donc avant tout pour l’amitié sincère entre les peuples de France et d’Israël, et même plus encore : l’affinité naturelle, que nous avons connue autrefois jusqu’à la guerre des Six Jours (et qui s’explique facilement), entre nos cultures pluralistes et hospitalières, m’a toujours fait penser que nous pouvons (ensemble, mais sans confusion), coopérer pleinement pour « réparer » ce qui ne va pas chez nous d’abord, et aussi dans notre vaste monde (ce que l’on appelle, en hébreu, le Tikoun Ha- Olam, la « réparation du monde »). Celui-ci est devenu trop matérialiste, et souffre d’un manque de spiritualité, c’est-àdire d’inspiration positive, constructive et désintéressée.

La société française (on l’a vu durant la seconde guerre mondiale, contre les nazis) a heureusement encore de très grandes et profondes ressources sur le plan de l’éthique.

C’est pourquoi nous devons aider la France à garder sa vocation humaniste et à retrouver son rayonnement.

Né dans une famille juive française d’Algérie, j’avais, durant la majeure partie de ma vie, comme ma famille, soutenu le général de Gaulle et ses partis successifs. Il s’identifiait à la France, par conviction personnelle, et je sais combien il oeuvrait pour qu’elle reste un phare de la civilisation. Non pas par hérédité, mais par son mérite. Il a plusieurs fois risqué sa vie pour la défendre ou pour la préserver de la décadence : notamment après la défaite de 1940 et l’abaissement de Vichy, dans une France à bout de souffle (en raison des énormes sacrifices et des souffrances non cicatrisées de la première guerre mondiale) ; également, après les erreurs tragiques de l’« Algérie française » de tendance colonialiste, au prix de l’abandon, d’une part de ce pays à son destin, et d’autre part de sa population française (en raison du nonrespect des accords d’Evian, dont le Général n’a pas été le responsable). Ma famille d’Algérie a, elle, avec d’autres, injustement et très chèrement payé le prix de cette politique.

L’ignorance de de Gaulle face aux juifs 

Mon seul reproche important, à l’égard de la politique du Général, a été, hélas, son ignorance et son incompréhension tragique des motivations et de la vocation du peuple juif, peuple de croyants qui se veulent au service du Dieu d’Abraham, le Dieu-UN de l’humanité tout entière, le Dieu de tous les êtres humains.

Il y a un mystère : comment un chrétien éclairé comme lui, pratiquant affirmé de son catholicisme, n’a pas été capable de comprendre le peuple juif dans son aspiration millénaire à renaître sur sa terre d’origine, avant tout pour ne plus souffrir de l’antisémitisme, encore virulent (surtout après la destitution injuste du capitaine Dreyfus, qui a profondément divisé les Français). De Gaulle a étonné beaucoup de monde, y compris au sein de ses admirateurs, et même de sa propre famille, en raison de la phrase ambiguë qu’il a prononcée fin 1967 pour décrire le peuple juif comme un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ».

Pour ma part, juif revenu jeune à la pratique traditionnelle, je ne me reconnais pas du tout dans ce raccourci erroné.

Je verrais donc plutôt, dans la déclaration du Général, l’influence des préjugés de classe de son père, professeur dans l’enseignement confessionnel privé catholique, qu’il vénérait beaucoup. Et qui, déclara-t-il-il, l’aurait éduqué sur le plan religieux, dans le cadre d’un catholicisme classique rigide (de droite à cette époque), royaliste et antirépublicain.

Lui a été un courageux héros démocrate, qui a rallié très tôt le camp de la République, et a su fédérer merveilleusement dans la Résistance de nombreuses personnalités, y compris juives, pour défendre et rétablir la France éternelle dans ses droits.

Soutenir la France 

Comment pouvait-il demander à Israël, alors petit pays menacé de disparition, de ne pas se défendre luimême face aux agressions constantes subies de la part des pays arabes voisins coalisés, acharnés à le détruire immédiatement après la proposition de l’ONU de créer deux Etats indépendants en Terre Sainte, l’un juif et l’autre arabe ? Seuls les juifs avaient accepté alors la proposition équitable et équilibrée de l’ONU, ce qui explique encore en partie la situation instable actuelle, non définitivement réglée.

La politique gaulliste, non démocratique, a continué à s’efforcer d’éloigner le peuple de France de son allié objectif et naturel : le peuple juif, et donc le peuple israélien. Et souvent d’une façon secrète ou non franche, et sans scrupules (en imposant un embargo pour ne pas livrer à Israël des armes indispensables, de surcroît déjà payées, qui seront finalement cédées à la Libye arabe, alliée de nos voisins et ennemis du Moyen-Orient).

C’est donc aujourd’hui un devoir pour les Israéliens de rebâtir, de leur côté, les liens naturels et spontanés qui nous liaient à la France des grands principes, avant la politique personnelle du général de Gaulle, rancunière, tandis que la France populaire nous avait toujours aimés et soutenus au nom de nos valeurs communes. D’où la reconnaissance éternelle que nous devons à celle-ci.

Notre devoir est, en retour, de soutenir cette France que nous aimons, de toute notre force. Car elle aura probablement besoin de nous pour lutter contre les dangers qui la menacent et nous menacent aussi, comme le terrorisme. Et nous aurons besoin d’elle.

Votons tous, massivement, français et binationaux d’Israël, juifs et non-juifs, le 26 mai prochain. C’est là, plus que jamais, un devoir citoyen. Ne laissons pas passer bêtement cette chance d’avoir un député français et juif, pour des retrouvailles confiantes avec le peuple de France.

L’auteur est un ancien élève de l’Ecole polytechnique, chevalier de l’ordre du Mérite national (Jérusalem, 1971), chevalier de la Légion d’honneur (Paris, 2004) et récipiendaire de la médaille « Kavod Ve-Avoda » (Honneur et Travail) du Keren HaYesod (Appel unifié pour Israël).


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