Relier Israël et la Diaspora

Le président de l’Agence juive, Natan Sharansky, et son directeur général Alan Hoffman s’expriment sur les étapes nécessaires pour la survie du peuple juif.

By
July 9, 2013 15:46
Discours de Nathan Sharansky lors d'une cérémonie commémorative des victimes du massacre de Babi Yar

P6 JFR 370. (photo credit: Sam Sokol)


Natan Sharansky estime que les Juifs ne devraient pas « voir l’antisémitisme comme notre principal allié dans la cause sioniste ». Interviewé par le Jerusalem Post, le directeur de l’Agence juive parcourt les rues de Kiev à bord d’un bus rempli de délégués de l’institution. Une récente réunion des dirigeants s’est en effet tenue dans la capitale ukrainienne en signe de solidarité avec la communauté locale contre le parti d’extrême droite Svoboda.

Sharansky et le directeur général Alan Hoffman s’interrogent aujourd’hui sur les enjeux du renforcement de l’identité juive. Une tâche des plus cruciales, selon eux, pour le peuple juif, tout comme la nécessité de combler le fossé grandissant entre Israël et la Diaspora. « Les gens qui souhaitent vivre aujourd’hui en Ukraine n’ont pas peur de l’antisémitisme », explique-t-il. « Celui qui fait le choix de venir vivre en Israël ne se décide également pas par peur, mais plutôt par conviction, étant lié en général à une éducation et à un engagement juif ».

En fait, résume-t-il, « l’antisémitisme dans le “monde libre” n’est pas un facteur d’aliya ». Hormis dans « quelques îlots » où cela reste un vrai problème. Un rapport récent du Jewish People Policy Institute a souligné que près de la moitié des Juifs de Belgique, France et Hongrie ont parfois considéré l’émigration comme une alternative. Mais l’antisémitisme éloigne à vrai dire plus de Juifs de leur identité, au lieu de provoquer un rapprochement avec leurs racines. Aujourd’hui, la situation est différente de l’époque où Israël et le sionisme constituaient le « principal élément de réponse » à l’antisémitisme, affirme-t-il. « Dans ce “village planétaire” qu’est devenu le monde, la réelle motivation à l’aliya est indubitablement liée au renforcement de l’identité juive ». Pour Sharansky, l’homme contemporain, défini comme « sans identité » peut être attiré par Israël quand il y a démarche de retrouver ses racines, sa famille, un désir de relier le passé au futur. Ce sentiment, enfin, qu’« il existe des choses plus importantes pour lui que la seule survie physique. » « Dans le monde libre où vivent encore une immense majorité des Juifs, ce n’est pas l’antisémitisme qui les encourage à faire leur aliya. C’est la découverte de leur identité, et nous devons chercher de plus en plus les moyens de les aider dans cette quête » affirme-t-il.

La fin de l’aliya de sauvetage 

Ce désir d’inculquer une identité et une éthique juives aux communautés de Diaspora est également la volonté d’Hoffman. L’ancien directeur du département de l’éducation de l’Agence a été promu à son poste actuel de directeur général il y a trois ans. Selon lui, la priorité actuelle de l’Agence du développement communautaire et du renforcement de l’identité n’est pas nécessairement un changement dans la mission fondamentale de son organisation. « Tout d’abord, ce n’est pas une transition vers l’aliya. Ce paradigme, cette manière de voir les choses a déjà changé il y a plus d’une décennie. L’Agence juive a été créée pour faire face aux problèmes les plus urgents et importants auxquels sont confrontés les Juifs du monde », et qui ne peuvent être abordés qu’en « agissant collectivement ».

Parmi les questions que l’Agence juive a traitées, précise-t- il, il y a évidemment la création de l’Etat d’Israël – l’agence ayant servi de gouvernement provisoire pendant la durée du mandat – et l’aliya. Trois millions de Juifs sont arrivés en Israël sous l’égide de l’agence, précise-t-il.

« Exporter » Israël vers les communautés 

C’est pourquoi, en dehors des questions évidentes d’assimilation et de mariages mixtes qui sont une source évidente de préoccupation pour les communautés, l’Agence juive semble avoir trouvé un intérêt dans le renforcement communautaire.

Selon Hoffman et Sharansky, sans un certain niveau d’engagement pour Israël à la base, les jeunes Juifs n’auront tout simplement pas l’élan nécessaire pour rejoindre l’Etat hébreu. « L’aliya est restée constante, mais la chose la plus intéressante est de regarder les données année après année. On note un plus grand pourcentage d’immigrants jeunes qui ont été [impliqués] d’une certaine manière dans une démarche d’engagement envers Israël – ce qui signifie qu’ils ont peut-être participé à des camps d’été ou des programmes spécifiques ».

Le travail de l’Agence juive d’aujourd’hui, note-t-il, est « d’entraîner de plus en plus de jeunes Juifs vers une spirale où nous amènerions Israël à eux dans les lieux où ils vivent, afin de les attirer ensuite dans l’Etat hébreu. » Affirmant qu’il serait présomptueux de la part de l’Agence de subventionner l’éducation juive en Amérique du Nord, Hoffman précise que l’organisation travaille sur la création d’une «échelle d’expérience israélienne et de niveau d’engagement dans les communautés locales. » 

Une centaine de « Shin Shin » 

Citant Toronto, il parle du Canada comme d’un exemple. Hoffman affirme qu’aujourd’hui dans toute synagogue réformée ou conservatrice se trouve un Shin Shin, l’acronyme hébreu pour shnat sherout, année de service civil, où une personne est impliquée dans une année de service communautaire.

100 de ces émissaires sont déjà sur le terrain, mais Hoffman précise que si les obstacles bureaucratiques relatifs à l’ajournement du service militaire pouvaient être surmontés, « nous pourrions avoir quelque 1 000 jeunes Israéliens qui s’engageraient. » Ces jeunes émissaires de l’Agence sont principalement des étudiants « post-lycée » qui bénéficient d’un sursis militaire temporaire. « Il y a une double mission » explique-t-il. « Tout d’abord, ce programme apporte Israël aux jeunes Juifs des communautés réformées et conservatrices... et la fédération a financé ce projet parce qu’elle se considère comme un moyen d’être le centre névralgique de l’engagement envers Israël et la communauté ».

Cependant, au-delà de l’attrait provoqué pour Israël, un tel engagement a également un effet positif sur les émissaires israéliens. « Ces jeunes Israéliens, quand ils reviennent après avoir vécu un an dans le monde juif, sont transformés dans leur relation qu’ils ont avec la diaspora ». « Chaque année, de plus en plus d’études prouvent que les jeunes Israéliens se sentent déconnectés de leurs frères et sœurs en dehors d’Israël », et le programme de l’Agence Juive, conclut-il, est « un pont entre les jeunes Juifs et Israël. Mais ce projet participe aussi à une meilleure connexion entre les jeunes Israéliens et le peuple juif en diaspora ».

 



Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL

Israel Weather
  • 9 - 19
    Beer Sheva
    11 - 18
    Tel Aviv - Yafo
  • 8 - 16
    Jerusalem
    12 - 18
    Haifa
  • 12 - 25
    Elat
    12 - 22
    Tiberias